23 Février 2026
Portobello // Saison 1. Episode 1. 28 Million Viewers.
Diffusée sur HBO Max et mise en scène par Marco Bellocchio, la série Portobello s’ouvre sur un premier épisode qui installe d’emblée un climat trouble, entre lumière des plateaux télé et opacité des bureaux judiciaires. Inspirée d’une affaire réelle ayant marqué l’Italie des années 1980, cette entrée en matière s’attache à la chute brutale d’un animateur adulé, dont la notoriété devient soudain un fardeau. Ce lancement ne cherche pas l’effet spectaculaire : il préfère montrer comment une mécanique institutionnelle peut s’emballer à partir de presque rien. L’épisode 1 de la saison 1 se concentre sur la figure d’Enzo Tortora, présentateur vedette d’une émission de variétés suivie par des millions de téléspectateurs.
L'histoire vraie d'Enzo Tortora, célèbre animateur de télévision italien, connu entre autres pour "Portobello", un jeu programmé, à partir de 1977, en prime time sur la Rai. En 1985, Tortora est accusé, par plusieurs anciens mafieux devenus informateurs et témoins à charge, d'appartenir à un syndicat du crime napolitain dédié au trafic de drogue. Après avoir été condamné - en plus d'avoir enduré un long procès - à dix ans de prison et avoir passé un certain temps derrière les barreaux, la condamnation de Tortora fut finalement annulée par la Cour suprême italienne en 1987, sous le contexte que l'animateur avait été victime de juges et de procureurs corrompus. L'affaire, très médiatisée, est considérée comme l'une des erreurs judiciaires les plus flagrantes de l'histoire italienne.
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Chaque semaine, le programme rassemble un public hétéroclite devant un décor évoquant un marché populaire. Téléphone en direct, séquences musicales, échanges avec les invités : tout concourt à créer un espace familier, presque rassurant. Parmi les éléments insolites de l’émission figure un perroquet nommé Ramon, dont le silence obstiné devient un ressort discret mais révélateur de l’absurdité ambiante. Ce cadre léger contraste avec la trame judiciaire qui se met progressivement en place. Dans une prison napolitaine, un détenu proche de la Camorra décide d’attirer l’attention de l’animateur.
Un envoi anodin – des objets artisanaux destinés à être présentés à l’antenne – sert de point de départ à une série d’interprétations douteuses. Face aux enquêteurs, un secrétaire lié au milieu mafieux choisit d’impliquer Tortora pour alléger sa propre situation. À partir de là, le récit montre comment une déclaration intéressée peut devenir un élément à charge, repris, amplifié, puis présenté comme une évidence. Ce premier épisode adopte une construction alternée. D’un côté, l’image lisse d’un homme de télévision, habitué aux projecteurs et aux applaudissements. De l’autre, les couloirs austères d’un système judiciaire prêt à donner crédit à des accusations fragiles. Cette opposition nourrit une tension constante.
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Il ne s’agit pas seulement d’un drame individuel : le scénario esquisse le portrait d’une société où la célébrité, la politique et la criminalité organisée se croisent sans jamais se dissoudre complètement l’une dans l’autre. La mise en scène privilégie une approche sobre. Les scènes de plateau sont filmées avec une certaine distance, comme si la caméra observait un rituel bien huilé. Les séquences liées à l’enquête, elles, adoptent un ton plus sec, presque clinique. Ce contraste renforce l’impression de basculement progressif. Rien n’explose, rien ne s’effondre en un instant. Le glissement se fait par petites touches, jusqu’à ce que l’absurdité de la situation apparaisse au grand jour.
L’interprétation de Fabrizio Gifuni contribue largement à la crédibilité de l’ensemble. Son Tortora n’est ni héroïsé ni ridiculisé. Il incarne un professionnel sûr de son rôle public, déstabilisé par un engrenage qui le dépasse. Les moments d’interrogatoire révèlent un homme qui tente de comprendre ce qui lui arrive, oscillant entre indignation et incrédulité. Cette retenue évite le pathos et permet au spectateur de mesurer la violence symbolique de l’accusation. Un aspect marquant de cet épisode tient à la manière dont il interroge la notion de vérité. Les témoignages semblent fragiles, parfois contradictoires, mais trouvent pourtant une place dans le dossier. Le récit met en lumière la facilité avec laquelle une rumeur peut se transformer en soupçon officiel.
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Le terme de “théâtre de l’absurde” n’est pas employé à la légère : certaines situations frôlent l’ironie tragique, notamment lorsque des éléments insignifiants sont interprétés comme des codes criminels. Le rythme peut surprendre. Certaines scènes prennent le temps de s’installer, au risque de paraître étirées. Toutefois, cette lenteur participe à la sensation d’étouffement. L’attente, les silences, les regards échangés dans les bureaux administratifs composent un tableau où l’angoisse naît moins de l’action que de l’incertitude. L’épisode ne cherche pas à accumuler les rebondissements ; il préfère détailler les rouages d’une procédure qui semble suivre son cours indépendamment des faits.
L’arrestation constitue un moment clé de cette première partie. L’image d’un présentateur menotté, entouré de caméras, résume le brouillage entre sphère médiatique et sphère judiciaire. Celui qui animait le divertissement du vendredi soir devient sujet de reportage. La frontière entre information et spectacle se révèle fragile. Cette scène ne verse pas dans le sensationnalisme, mais elle souligne la rapidité avec laquelle une réputation peut être ébranlée. D’un point de vue thématique, ce début de série aborde la question de la responsabilité institutionnelle. Il ne s’agit pas seulement de désigner des coupables individuels, mais d’observer un système qui accepte des raccourcis.
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L’Italie des années 1980 sert de toile de fond, avec ses tensions politiques et son rapport complexe au crime organisé. Toutefois, l’épisode évite le discours appuyé. Les éléments historiques sont suggérés à travers les dialogues et le contexte, sans didactisme excessif. En se concentrant uniquement sur l’épisode 1, il apparaît que Portobello choisit une entrée en matière mesurée. Le récit pose les bases d’un drame judiciaire sans chercher à tout dévoiler immédiatement. L’intérêt réside dans cette montée progressive du doute. À mesure que les accusations prennent forme, une question persiste : comment une société peut-elle accorder autant de poids à des paroles fragiles ?
Note : 6/10. En bref, ce premier chapitre fonctionne, moins par l’ampleur des événements que par leur caractère plausible. Il montre qu’un parcours public reconnu ne protège pas nécessairement contre l’arbitraire.
Disponible sur HBO max
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