20 Février 2026
Des années que je n’avais pas revu Les Keufs de et avec Josiane Balasko. Cette comédie dont j’avais peu de souvenirs me rappelle un certain âge d’or de la comédie française. Grâce à Rimini Editions, Les Keufs a enfin droit à une sortie Blu-ray digne de ce nom dans une collection Josiane Balasko enrichie également de l’excellent Signes extérieurs de richesse.
Ca parle de quoi ?
Inspectrice de police, Mireille Molyneux traque sans relâche les proxénètes en se faisant passer pour une prostituée. Elle finit par arrêter Charlie, un souteneur violent. Mais elle ignore qu’elle a été accusée de corruption : depuis, deux inspecteurs de la police des polices sont chargés de la surveiller jour et nuit.
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Sorti en 1987, Les Keufs est le deuxième long métrage réalisé par Josiane Balasko. Avec cette comédie policière très marquée par son époque, la cinéaste s’attaque à un terrain hybride : celui du polar urbain teinté d’humour populaire. Presque quarante ans plus tard, le film reste un objet curieux dans le paysage du cinéma français des années 80. Ni totalement réussi, ni franchement raté, il reflète surtout la personnalité de sa réalisatrice : excessive, engagée et sans filtre. Dans Les Keufs, Balasko incarne Mireille Molyneux, inspectrice de police adepte des infiltrations en milieu interlope. Déguisements outranciers, énergie débordante et franc-parler constituent l’ADN du personnage.
Le film s’inscrit pleinement dans l’ambiance parisienne de la fin des années 80 : vestes aux épaules larges, couleurs criardes, musique synthétique et rythme effréné. On sent une volonté de capter l’air du temps. La France de cette période oscille entre liberté héritée des décennies précédentes et crispations sécuritaires naissantes. À travers son héroïne, Balasko met en scène une femme qui refuse de se laisser enfermer dans un univers masculin dominé par les codes virils. Mireille avance sans demander la permission, quitte à en faire trop. Sur le papier, le scénario adopte la structure d’une enquête policière classique, avec un duo de flics aux tempéraments opposés.
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L’influence du buddy-movie américain se devine, mais l’ensemble reste profondément ancré dans une tradition hexagonale populaire et parisienne. L’intrigue, cependant, demeure assez mince. Elle sert davantage de prétexte aux situations comiques et aux échanges musclés qu’à un véritable suspense. On suit l’histoire sans difficulté, mais sans réelle surprise. C’est sans doute là la principale faiblesse du film : le volet policier manque d’épaisseur, et l’humour ne suffit pas toujours à compenser cette légèreté narrative. Si Les Keufs mérite d’être vu, c’est avant tout pour ses comédiens. La complicité entre Josiane Balasko et Isaach de Bankolé fonctionne indéniablement.
De Bankolé apporte une forme de calme et de retenue qui contraste avec l’exubérance de Balasko. Leur dynamique donne au film ses meilleurs moments. Autre présence marquante : Ticky Holgado, fidèle à son registre de personnage maladroit et attachant. Mais la véritable surprise reste Jean-Pierre Léaud dans le rôle d’un commissaire fantasque. Son interprétation divisera sans doute : certains y verront un numéro hilarant, d’autres une performance trop appuyée. Personnellement, je trouve qu’il apporte une touche d’absurde bienvenue, même si le trait est parfois forcé. Là où le film devient plus discutable, c’est dans sa dimension engagée.
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Balasko aborde des thèmes lourds : racisme, prostitution, drogue, marginalité, corruption. L’intention est louable, et l’on sent une réelle volonté de dénoncer certaines dérives sociales. Cependant, le traitement manque parfois de subtilité. Les messages sont martelés avec insistance, au risque de paraître répétitifs. Certaines scènes frôlent la caricature, notamment dans la représentation des comportements racistes, présentés de manière très démonstrative. À vouloir frapper fort, le film perd en finesse. Cela dit, il faut reconnaître à Balasko un courage certain : elle ne cherche pas à édulcorer son propos. Elle assume un ton frontal, parfois excessif, mais cohérent avec son tempérament artistique.
Visuellement, Les Keufs affiche une identité forte. Les costumes extravagants rappellent le goût de Balasko pour la démesure, déjà perceptible dans Nuit d'ivresse. Les couleurs sont vives, les décors urbains nerveux, et la mise en scène dynamique. Certaines séquences d’action sont efficaces, et l’ensemble bénéficie d’une réalisation propre, parfois même élégante pour une comédie populaire de l’époque. L’ambiance 80’s est parfaitement restituée, ce qui donne aujourd’hui au film un charme rétro indéniable. Côté musique, elle trahit son âge, mais l’ouverture sur la chanson « Ménilmontant » de Charles Trenet apporte une note nostalgique touchante. Ce moment musical contraste joliment avec le ton plus brut du reste du film.
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Au final, Les Keufs n’est probablement pas le sommet de la filmographie de Josiane Balasko. L’humour manque parfois de finesse, l’intrigue policière reste superficielle et l’aspect dénonciateur peut sembler appuyé. Pourtant, le film conserve une énergie communicative et une sincérité qui le rendent sympathique. C’est une œuvre profondément ancrée dans son époque, avec ses excès et ses maladresses. Elle témoigne d’un cinéma populaire français qui osait mélanger comédie et sujets graves, sans toujours trouver le bon équilibre. Pour ma part, je retiens surtout les performances d’acteurs et cette atmosphère typiquement parisienne des années 80. Les Keufs n’est pas indispensable, mais il mérite d’être redécouvert comme un témoignage singulier d’un cinéma engagé, imparfait et vibrant.
Et le Blu-ray ?
Bonne nouvelle pour les amateurs de comédies françaises des années 80 : Les Keufs revient enfin en Blu-ray grâce à Rimini Éditions. Le film réalisé par Josiane Balasko n’était plus facilement trouvable depuis longtemps, et cette nouvelle édition permet de le (re)découvrir dans de bien meilleures conditions que l’ancien DVD. Globalement, l’image est agréable. Le film est propre, les couleurs sont correctes et l’ensemble reste stable. On voit que le travail a été fait pour proposer quelque chose de net et regardable sur un écran moderne. Cela dit, tout n’est pas parfait. L’image paraît parfois un peu trop lisse, comme si elle avait été légèrement “adoucie”.
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Certains plans manquent de précision et on sent que le matériel d’origine a ses limites. Rien de catastrophique, mais on aurait aimé un peu plus de relief et de détails. Malgré cela, le visionnage reste confortable et largement supérieur à ce qu’on pouvait avoir auparavant. Du côté du son, la piste française en DTS-HD 2.0 fait le travail. Les dialogues sont clairs, ce qui est essentiel pour un film où les échanges et les répliques ont une grande importance. On entend bien les voix, sans grésillement ni défaut gênant. La musique et les ambiances sont bien intégrées, même si l’ensemble reste assez simple. Ce n’est pas spectaculaire, mais ce n’est pas ce qu’on demande à ce type de film.
Le rendu est propre et fidèle à l’esprit des années 80. Petit regret en revanche : l’absence de sous-titres pour les personnes sourdes ou malentendantes. En supplément, on trouve une interview d’environ quinze minutes avec Josiane Balasko. Elle revient sur la création du film, explique qu’elle ne devait pas forcément le réaliser au départ et parle du choix des acteurs, notamment de Jean-Pierre Léaud. Ce n’est pas très long, mais c’est intéressant d’avoir son regard avec le recul des années. Cette édition Blu-ray de Les Keufs n’est pas parfaite, mais elle reste aujourd’hui la meilleure façon de voir le film chez soi. L’image est correcte, le son solide, et le petit bonus apporte un vrai plus.
Caractéristiques techniques
LES KEUFS (1987)
Durée : 1H37 - Langues : Français Dual Mono
Son : DTS HD (Blu-Ray) et Dolby Audio (DVD)
Supplément Blu-Ray et DVD : Interview de Josiane Balasko (15 min.)
Prix public conseillé : 19,99 € le Blu-Ray et 14,99 € le DVD
Egalement disponibles dans la même collection chez Rimini Editions : Signes extérieurs de richesse avec Claude Brasseur, Les hommes préfèrent les grosses avec Daniel Auteuil, Sac de noeuds avec Isabelle Huppert, Ma vie est un enfer avec Daniel Auteuil et Nuit d’ivresse avec Thierry Lhermitte.
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