8 Février 2026
Après une première saison qui peinait à s’émanciper de l’ombre de Tim Allen et de ses précédents succès télévisés, Shifting Gears revient avec une saison 2 de 13 épisodes qui cherche visiblement à corriger certaines de ses limites. L’intention est perceptible dès les premiers épisodes : moins d’oppositions frontales, davantage de place laissée aux émotions et une volonté d’élargir les trajectoires des personnages. Pour autant, cette évolution reste mesurée, parfois même trop prudente, comme si la série hésitait encore à rompre avec une formule bien installée.
L’axe central demeure Matt Parker. Le personnage évolue légèrement, non pas par un changement radical de tempérament, mais par une exposition plus directe de sa fragilité. Là où la saison 1 utilisait le deuil comme un simple contexte dramatique, la saison 2 l’intègre davantage dans la narration. Certaines scènes prennent le temps de montrer Matt seul, confronté à l’absence, sans immédiatement chercher à désamorcer l’émotion par une blague. Ces moments fonctionnent plutôt bien, car ils donnent enfin de l’épaisseur à un personnage qui, jusque-là, semblait souvent figé dans une posture familière. Cette approche plus introspective n’efface toutefois pas totalement les automatismes de la série.
Matt reste souvent ramené à ses réflexes habituels, notamment dans des dialogues qui s’appuient encore sur des oppositions de valeurs très marquées. La différence tient surtout dans le dosage : la saison 2 insiste moins sur la provocation et davantage sur les conséquences émotionnelles de ces frictions. Ce n’est pas une révolution, mais une inflexion qui rend certains échanges plus crédibles. Riley bénéficie également d’un traitement plus nuancé. Kat Dennings continue d’apporter une sensibilité intéressante à son personnage, notamment lorsqu’il est question de reconstruction personnelle. La saison 2 explore davantage ses hésitations, ses doutes et ses contradictions, sans la réduire systématiquement à un rôle de contrepoint idéologique face à son père.
Cette évolution permet à certaines scènes familiales de gagner en sincérité, même si l’écriture a parfois tendance à s’éparpiller. Les intrigues autour de la vie sentimentale de Riley occupent une place importante cette saison. Elles offrent des situations parfois plus légères, parfois plus inconfortables, mais elles ont le mérite de sortir le personnage de la simple dynamique père-fille. En revanche, l’accumulation de pistes narratives donne parfois l’impression que la série hésite sur la direction à suivre, préférant multiplier les possibilités plutôt que d’en développer une pleinement. Les personnages secondaires profitent d’un temps d’écran un peu mieux réparti, sans pour autant être tous réellement approfondis.
Certains gagnent en consistance grâce à des scènes plus intimistes ou à des interactions moins fonctionnelles. D’autres restent cantonnés à des rôles utilitaires, servant avant tout à relancer une intrigue ou à déclencher une situation comique. Cette inégalité rappelle les limites déjà visibles en saison 1 : Shifting Gears semble encore avoir du mal à penser son univers comme un ensemble cohérent plutôt que comme une succession de duos et de confrontations. L’un des aspects les plus frustrants de cette saison 2 réside dans son rythme. Sur 13 épisodes, la série alterne entre des moments plutôt bien écrits et des passages plus mécaniques.
Le milieu de saison souffre particulièrement de cette irrégularité, avec des épisodes qui enchaînent plusieurs intrigues sans leur laisser le temps de s’installer. Certaines idées intéressantes sont introduites puis rapidement mises de côté, ce qui empêche l’ensemble de gagner en profondeur. L’humour, quant à lui, reste fidèle à l’ADN de la série. Il repose sur des situations familières, des répliques attendues et un comique de contraste générationnel. Si certains échanges fonctionnent grâce à l’alchimie entre les acteurs, d’autres donnent l’impression de recycler des schémas déjà exploités en saison 1. La présence constante du rire enregistré accentue parfois cette impression de décalage, notamment dans des scènes qui auraient gagné à rester plus sobres.
La saison 2 tente pourtant d’introduire une tonalité plus douce, presque mélancolique par moments. Cette intention se heurte souvent à la structure très codifiée de la sitcom classique, qui impose un retour rapide à la légèreté. Ce tiraillement empêche la série d’aller au bout de ses ambitions narratives. Lorsqu’elle accepte de ralentir et de laisser ses personnages exister en dehors de la punchline, Shifting Gears devient plus intéressante. Le dernier épisode illustre bien cette ambivalence. Il ouvre plusieurs perspectives narratives tout en donnant le sentiment que certaines décisions ont été prises dans la précipitation.
Plutôt que de conclure les arcs de manière organique, la série préfère provoquer des ruptures ou des départs qui manquent parfois de préparation émotionnelle. Cela crée une attente, mais aussi une forme de frustration, comme si la saison s’arrêtait avant d’avoir réellement trouvé son équilibre. Au final, cette saison 2 apparaît comme une progression par rapport à une première année très rigide, sans pour autant transformer fondamentalement la série. Shifting Gears semble plus consciente de ses faiblesses et tente de les corriger, mais reste encore prisonnière de son héritage. L’ombre de Tim Allen demeure omniprésente, même lorsque l’écriture cherche à s’en détacher.
La série gagne en humanité, mais peine toujours à affirmer une identité propre. Elle fonctionne mieux lorsqu’elle se concentre sur les relations intimes et les silences que lorsqu’elle s’accroche à des ressorts comiques datés. Cette saison 2 montre qu’une évolution est possible, à condition d’oser aller plus loin et de faire confiance à ses personnages plutôt qu’à une formule éprouvée.
Note : 4.5/10. En bref, une saison plus posée et plus attentive à ses personnages, mais encore trop inégale pour pleinement convaincre.
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