20 Mars 2026
Brides // De Nadia Fall. Avec Ebada Hassan, Safiyya Ingar et Yusra Warsama.
Avec Brides, la réalisatrice Nadia Fall s’attaque à un sujet délicat : celui de ces jeunes femmes occidentales parties rejoindre l’État islamique au milieu des années 2010. Plutôt que de livrer un film frontal ou explicatif, elle choisit un angle plus intime, presque fragile, en suivant deux adolescentes perdues entre colère, solitude et besoin d’appartenance. Le résultat donne un film à la fois dérangeant et touchant, qui laisse une impression durable. L’histoire se concentre sur Doe et Muna, deux amies vivant dans une petite ville britannique. Leur quotidien est marqué par un sentiment d’exclusion.
Deux adolescentes en quête de liberté, d'amitié et d'appartenance fuient leur vie au Royaume-Uni avec un plan dangereux : partir pour la Syrie.
Doe, d’origine somalienne, est plutôt discrète, observatrice, souvent enfermée dans ses pensées. Muna, à l’inverse, réagit à tout avec colère et défi, notamment face au racisme qu’elle subit au quotidien. Entre les remarques à l’école, les tensions familiales et une impression de ne jamais vraiment trouver sa place, les deux jeunes filles finissent par prendre une décision radicale : partir. Direction Istanbul, première étape avant la frontière syrienne. Leur objectif reste flou pendant une bonne partie du film, mais l’idée d’un départ vers une vie différente, presque idéalisée, s’impose rapidement. Ce choix, présenté sans grand discours, s’inscrit comme une fuite autant qu’une quête.
Ce qui frappe d’emblée, c’est la manière dont Brides refuse le jugement facile. Le film ne cherche pas à excuser ni à condamner. Il observe. Il tente de comprendre ce qui pousse ces adolescentes à franchir un tel cap. Ce regard donne au récit une forme d’humanité, parfois inconfortable, mais nécessaire. Le duo principal porte largement le film. Ebada Hassan incarne Doe avec beaucoup de retenue. Son jeu passe par des silences, des regards, des hésitations. En face, Safiyya Ingar propose une Muna plus explosive, presque imprévisible. Ce contraste fonctionne bien, même si l’équilibre entre les deux personnages n’est pas toujours parfait. Le film s’attarde davantage sur l’intériorité de Doe, ce qui peut laisser Muna un peu en retrait sur certains aspects.
La relation entre les deux reste pourtant le cœur du récit. Entre complicité, tensions et dépendance, elle évolue au fil du voyage. Certaines scènes laissent apparaître une forme d’innocence, notamment à travers des souvenirs de leur rencontre ou de leur vie avant le départ. Ces moments apportent une émotion simple, presque fragile, qui contraste avec la direction qu’elles prennent. La structure du film repose en partie sur des retours en arrière. Ces fragments du passé viennent éclairer leur présent, expliquer certaines blessures, certaines décisions. L’idée est intéressante, mais le montage peut parfois déstabiliser. Les transitions ne sont pas toujours fluides, et cela casse légèrement le rythme du récit.
Pourtant, ces souvenirs restent essentiels pour comprendre ce qui se joue en profondeur. Le voyage en lui-même constitue une autre dimension du film. De l’Angleterre à Istanbul, puis vers une zone de plus en plus incertaine, chaque étape marque une évolution dans leur état d’esprit. Les rencontres qu’elles font sur la route, souvent brèves, montrent différentes facettes du monde qu’elles cherchent à rejoindre. Cela nourrit leur réflexion, même si le film ne développe pas toujours ces pistes. Visuellement, Brides s’appuie sur des décors contrastés. La grisaille du quotidien laisse place à une ville comme Istanbul, plus vivante, mais aussi plus chaotique. Ce changement de décor accompagne bien la bascule intérieure des personnages.
La caméra reste souvent proche des visages, comme pour capter au plus près leurs doutes et leurs émotions. Le film adopte un ton particulier, oscillant entre moments légers et tension plus sourde. Certaines scènes apportent un humour discret, presque inattendu, qui évite au récit de devenir trop lourd. Mais cette légèreté reste fragile, constamment menacée par ce que l’on sait ou devine de leur destination. Un des points intéressants de Brides, c’est sa manière d’aborder la question de l’identité. Les deux adolescentes sont prises entre plusieurs mondes : leur culture d’origine, leur vie en Angleterre, et cette vision idéalisée d’un ailleurs.
Ce tiraillement se ressent dans leurs choix, dans leurs discussions, dans leurs silences aussi. Le film aborde également la question de l’influence, notamment à travers des discours indirects ou des promesses entendues ailleurs. Sans jamais entrer dans un discours explicatif, il montre comment certaines idées peuvent séduire des jeunes en perte de repères. Là encore, le traitement reste subtil. Tout n’est pas parfaitement maîtrisé. Le rythme connaît quelques creux, notamment dans la partie centrale du voyage. Certaines scènes semblent s’étirer sans apporter de véritable évolution. De la même manière, certaines questions restent en suspens, comme si le film refusait volontairement d’y répondre.
Mais c’est aussi ce qui fait sa singularité. Brides ne donne pas toutes les clés. Il laisse une part d’incertitude, parfois frustrante, mais cohérente avec le sujet. Après tout, les motivations de ces jeunes filles ne peuvent pas être résumées simplement. Le dernier acte apporte une tonalité plus sombre. Sans tout dévoiler, il suggère un décalage entre les attentes et la réalité. Cette confrontation, traitée avec retenue, laisse une impression assez forte.
Note : 6/10. En bref, Brides est un film qui prend son temps et qui préfère observer plutôt que démontrer. Ce choix peut désarçonner, mais il permet aussi de proposer un regard différent sur un sujet souvent traité de manière plus frontale. Entre récit initiatique et drame contemporain, le film trace un chemin imparfait mais sincère.
Prochainement en France en SVOD
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