Critique Ciné : Nirvanna the Band the Show the Movie (2026, direct to SVOD)

Critique Ciné : Nirvanna the Band the Show the Movie (2026, direct to SVOD)

Nirvanna the Band the Show the Movie // De Matt Johnson (V). Avec Matt Johnson (V), Jay McCarroll et Ben Petrie.

 

Prendre une série culte, confidentielle mais adorée par une poignée de fans, et la catapulter sur grand écran : le pari était risqué. Avec Nirvanna the Band the Show the Movie, Matt Johnson reprend l'univers barré qu'il affine depuis des années avec son compère Jay McCarrol. Le résultat est un objet cinématographique difficile à ranger dans un tiroir. C'est à la fois un faux documentaire tourné à l'arrache, une comédie de science-fiction, un hommage déguisé aux années 80 et une déclaration d'amour un peu brute à la ville de Toronto. Tout ne vole pas toujours très haut, mais le film dégage une énergie si communicative qu'on finit par fermer les yeux sur ses ratés.

 

Lorsque leur plan pour réserver un spectacle tourne mal, Matt et Jay voyagent accidentellement dans le passé jusqu’en 2008.

 

Dès le départ, le ton est donné sans détour. On retrouve Matt et Jay, deux musiciens un peu paumés qui n'ont qu'une seule idée en tête : décrocher un concert au Rivoli, une salle mythique de Toronto. Pour y arriver, ils sont capables d'échafauder les plans les plus délirants, les plus complexes et les plus dangereux. Le détail qui tue ? L'idée toute simple d'aller voir le patron et de lui demander poliment une date ne leur traverse jamais l'esprit. C'est toute l'essence du film qui réside dans cette absurdité de départ. Nos deux protagonistes vivent complètement en dehors de la réalité. Leur quotidien n'est qu'une suite de ratés, de quiproquos et d'idées bancales qui semblent émerger spontanément au détour d'une discussion. 

 

Cette fraîcheur donne au récit un côté spontané très agréable. On a l'impression d'assister à une longue improvisation où tout peut basculer d'une minute à l'autre. Sur la forme, la réalisation opte pour une esthétique très brute. La caméra suit les héros dans la rue, au milieu de vrais passants qui ne comprennent absolument pas ce qui est en train de se passer. Par moments, on croirait regarder un enchaînement de caméras cachées particulièrement bien ficelées. Ce style guérilla apporte une vraie crédibilité aux situations les plus surréalistes. On se surprit plusieurs fois à se demander comment l'équipe a réussi à tourner certaines scènes sans se faire embarquer par la police ou bloquer par la sécurité. 

 

C'est du cinéma artisanal dans ce qu'il a de plus vivifiant : les contraintes du budget deviennent le moteur de la création. Côté scénario, ne cherchez pas une structure classique en trois actes, vous risquez d'être déçus. Ce qui commence comme une simple galère de musiciens bifurque soudainement vers un hommage assumé à Retour vers le futur. Propulsés en 2008 suite à un twist complètement improbable, Matt et Jay multiplient les clins d'œil à la pop culture sans jamais faire baisser la cadence. Cette bascule fantastique apporte un vrai coup de fouet au récit. Mais au-delà de la vanne pure et dure, le film laisse poindre une sincérité assez inattendue. 

 

Sous les gags d'adolescents tardifs se cache une petite touche de nostalgie sur les années qui filent, les ambitions qu'on refuse de lâcher et ces amitiés de jeunesse qui tiennent le coup malgré l'épreuve du temps. Le film reste évidemment drôle, mais il gagne une épaisseur émotionnelle bienvenue dans sa dernière partie. La force tranquille de cette aventure, c'est vraiment le duo d'acteurs. Matt incarne le moteur hyperactif, toujours prêt à embarquer tout le monde dans ses délires, tandis que Jay joue le rôle du pote plus posé, dépassé par les événements mais toujours fidèle au poste. Leur complicité saute aux yeux et apporte énormément d'humanité au récit. Même quand un gag tombe à plat ou tire un peu trop en longueur, leur alchimie suffit à maintenir l'intérêt.

 

Il faut quand même prévenir : l'humour ne plaira pas à tout le monde. On est sur un comique de l'absurde très poussé, rythmé par des dialogues mitraillettes et des moments de malaise volontaires. Si vous n'accrochez pas à ce genre de délire, vous risquez de trouver le temps long et les personnages assez horripilants. Le film accuse d'ailleurs quelques coups de mou. Le rythme est tellement effréné que l'épuisement guette parfois. Certaines séquences auraient gagné à être un peu plus resserrées, et le passage d'une idée à une autre se fait parfois au détriment de la cohérence globale. C'est le prix à payer pour un projet qui privilégie la générosité sur la rigueur. Visuellement, le long-métrage réserve quelques belles surprises. 

 

Derrière l'aspect vidéo amateur se cachent des effets visuels étonnamment propres et bien intégrés. Le contraste entre le côté bricolé des prises de vues réelles et l'ambition de certaines scènes truquées fonctionne particulièrement bien. Le film a de la gueule, sans jamais chercher à singer les blockbusters américains. Enfin, Nirvanna the Band the Show the Movie est une vraie lettre d'amour à Toronto. La ville n'est pas un simple décor, c'est un personnage à part entière avec ses lieux emblématiques et ses références locales. Même si l'on ne saisit pas toutes les subtilités canadiennes, cette ancrage territorial donne une vraie personnalité au projet.

 

Note : 5.5/10. En bref, Matt Johnson livre une comédie foutraque, imparfaite mais profondément généreuse. Plutôt que de repasser derrière une recette éprouvée, il préfère balancer toutes ses idées à l'écran, qu'elles soient géniales ou bancales. Derrière le souk apparent se cache une comédie touchante sur l'amitié et le temps qui passe. Si vous acceptez de vous laisser porter par ce ton si particulier, vous passerez un moment de cinéma à la fois absurde, drôle et étrangement attachant.

Prochainement en France en SVOD

 

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