8 Août 2026
La course des animaux (Corrida dòs Bichos) // De Ernesto Solis, Rodrigo Pesavento et Fernando Meirelles. Avec Matheus Abreu, Rodrigo Santoro et Ísis Valverde.
Quand le cinéma brésilien s’attaque au thriller dystopique, il ne fait pas les choses à moitié. Avec La course des animaux (titre original : Corrida dos Bichos), on plonge immédiatement dans une société fracturée où les élites ont transformé la détresse humaine en divertissement télévisé. Le pitch rappellera forcément des classiques du genre comme Le Prix du danger, La Mort en direct, Running Man ou, plus récemment, le phénomène Squid Game et la saga Hunger Games. Le terrain est connu, mais le film s’appuie sur une vraie personnalité visuelle et une énergie constante qui lui évitent de tomber dans le simple copier-coller.
Dans un Rio de Janeiro futuriste, un jeune chef de la résistance doit participer à une compétition mortelle de parkour afin de sauver sa sœur.
L'action se déroule dans un futur proche où Rio de Janeiro a perdu son visage de carte postale. La baie de Guanabara s'est complètement asséchée, laissant place à un univers aride et étouffant. C’est dans ce décor urbain défiguré qu'est organisée une compétition clandestine d'une violence inouïe. Le principe est d'une simplicité redoutable : des pauvres courent pour leur survie, pendant que des riches confortablement installés parient sur leur vie. Au milieu de cet engrenage mortel, nous suivons Mano, incarné par Matheus Abreu. S'il s'engage dans cette course absurde, ce n'est pas par appât du gain, mais pour sauver sa sœur Dalva, jouée par Thainá Duarte.
La règle est cruelle : pour entrer sur la piste, chaque participant doit mettre la vie d'un proche en garantie. Le ton est donné tout de suite, et le film installe une urgence dramatique qui fonctionne dès les premières minutes. Ce qui distingue La course des animaux des productions hollywoodiennes habituelles, c'est justement son identité brésilienne. Le réalisateur exploite à merveille la géographie de Rio de Janeiro. Les favelas labyrinthiques, les ruelles escarpées et ces grands espaces asséchés deviennent de véritables personnages du récit. La ville n'est pas un simple arrière-plan numérique générique, c'est un territoire vivant, rugueux et menaçant. Cette immersion apporte une crédibilité bienvenue à la fable sociale. Sur le plan de la mise en scène, le contrat est rempli lors des phases de course.
La caméra colle aux baskets des coureurs, épouse leurs mouvements et capte le moindre souffle court. Le montage serré et la photographie de Gustavo Hadba insufflent une belle nervosité à l'ensemble. On ressent physiquement la poussière, la chaleur et l'épuisement des participants. Quand le film garde le pied sur l'accélérateur, le spectacle s'avère franchement efficace. Le problème surgit dès que l'action ralentit et que le film cherche à développer ses thèmes. Avec plus de deux heures au compteur, la structure montre rapidement ses limites. La succession des épreuves finit par créer une forme de répétition, et l'on se dit qu'un découpage plus resserré aurait grandement bénéficié à la tension globale.
Retirer au moins une séquence de course aurait permis d'éviter cette impression de piétinement au milieu du récit. Côté écriture, le long-métrage peine à dépasser le stade des intentions. Le scénario veut embrasser de nombreux sujets lourds : la domination économique, la corruption politique, l'exploitation de la pauvreté ou encore la marchandisation de la violence. Pourtant, l'ensemble reste souvent en surface. On comprend très vite le message dénoncé, mais la trajectoire des personnages manque de nuance pour apporter un réel impact émotionnel. Le parcours de Mano illustre bien ce manque de finition. Son dilemme moral : faut-il s'insérer dans un système corrompu pour espérer le détruire ou refuser le jeu au risque de tout perdre ? est une excellente piste dramatique.
Malheureusement, le film reste indécis sur la direction à prendre et ne pousse pas sa réflexion jusqu'au bout. Même constat pour sa relation avec Nadine, sa sponsor issue des quartiers huppés interprétée par Isis Valverde. Ce duo entre deux mondes opposés portait un beau potentiel de tension, mais leurs échanges manquent de temps et de matière pour devenir mémorables. Incapable de trancher clairement entre le pur film d'action, le thriller futuriste et la charge politique, La course des animaux navigue en permanence entre plusieurs eaux. Le sous-texte politique perd un peu de sa hargne au profit des cascades et des poursuites.
Note : 5/10. En bref, malgré ces faiblesses d'écriture, Corrida dos Bichos reste une proposition intéressante pour les amateurs de dystopies mouvementées. J apprécie sa réalisation physique, loin des effets visuels synthétiques qui alourdissent souvent le genre, ainsi que sa façon d'investir le décor urbain de Rio. C'est un divertissement honnête, spectaculaire et bien emballé, mais qui manque du coffre nécessaire pour marquer durablement les esprits. Un bon moment de cinéma d'action qui aurait mérité d'être un peu plus resserré et mieux écrit sur le fond.
Sorti le 7 août 2026 directement sur Amazon Prime Video
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