18 Mars 2026
Six jours, ce printemps-là // De Joachim Lafosse. Avec Eye Haïdara, Jules Waringo et Leonis Pinero Müller.
Avec Six jours, ce printemps-là, Joachim Lafosse revient à un cinéma plus intime, presque minimaliste. Inspiré d’un souvenir d’enfance, le film suit une mère divorcée, ses deux enfants et un compagnon de passage, installés sans autorisation dans une grande maison sur les hauteurs de Saint-Tropez. Une situation de départ qui pourrait faire naître une vraie tension. Mais ici, tout repose sur l’attente… et elle finit par tourner un peu à vide. Dès les premières scènes, le cadre est posé : une villa lumineuse, la mer en toile de fond, et cette impression constante que quelque chose ne tourne pas rond. Cette famille n’est pas vraiment à sa place.
Malgré les difficultés, Sana tente d’offrir à ses jumeaux des vacances de printemps. Comme son projet tombe à l’eau, elle décide avec eux de séjourner sur la côte d’Azur dans la villa luxueuse de son ex belle-famille. En cachette. Six jours de soleil qui marqueront la fin de l’insouciance.
Elle s’installe, profite du décor, tente de faire comme si tout était normal. Pourtant, une gêne s’installe rapidement. Le spectateur comprend que cette parenthèse est fragile, presque illégitime. Joachim Lafosse joue clairement la carte de la tension diffuse. Il ne cherche pas à créer des rebondissements, ni à structurer son récit autour d’événements marquants. Au contraire, il filme l’attente, le quotidien, les petits gestes. Les journées s’enchaînent entre sorties à la plage, repas improvisés et soirées à la bougie pour éviter d’attirer l’attention. Sur le papier, cette approche peut intriguer. Dans les faits, elle demande une vraie implication… qui n’est pas toujours récompensée.
Le film donne souvent l’impression qu’il ne se passe pas grand-chose. Ce n’est pas forcément un défaut en soi, mais ici, le récit peine à compenser ce manque d’action par une vraie intensité émotionnelle. L’observation prend le dessus, au point de créer une certaine distance. Il devient difficile de s’attacher pleinement à ces personnages, pourtant au cœur du film. Sana, la mère incarnée par Eye Haïdara, porte pourtant une grande partie du récit. Son personnage tente de maintenir une forme d’équilibre pour ses enfants, malgré une situation précaire. Elle veut offrir quelques jours de vacances, un semblant de normalité après une séparation compliquée.
Cette idée fonctionne, et l’actrice apporte une certaine justesse dans son interprétation. Il y a chez elle une fatigue, une retenue, quelque chose de contenu qui correspond bien au personnage. Mais là encore, le film reste en surface. Il suggère beaucoup, sans toujours approfondir. Le déclassement social, le sentiment d’illégitimité, les difficultés liées à la séparation… tous ces thèmes sont présents, mais ils restent souvent à l’état d’esquisses. Le film semble tourner autour de ces sujets sans jamais vraiment les creuser. Le choix de filmer très près des visages renforce cette impression d’intimité, mais il peut aussi créer une certaine confusion visuelle. Certaines scènes paraissent presque floues, comme si le film cherchait à capter quelque chose d’insaisissable sans y parvenir totalement.
Cette proximité constante finit par devenir un peu étouffante, sans pour autant renforcer l’émotion. Le rythme, volontairement lent, est sans doute l’élément le plus clivant. Le temps s’étire, les scènes s’enchaînent sans réelle progression, et une forme de répétition s’installe. Les allers-retours à la plage, les moments de silence, les petites tensions du quotidien… tout cela finit par donner une impression de stagnation. Le film avance, mais sans véritable direction. Il y avait pourtant une promesse intéressante dans cette situation de départ : une occupation illégale, une peur d’être découvert, une tension sociale sous-jacente. Mais le film choisit de ne jamais exploiter pleinement ces éléments.
Il reste constamment en retrait, comme s’il refusait de basculer vers quelque chose de plus frontal. Cette retenue permanente donne parfois l’impression que le film se freine lui-même. Comme s’il avait peur d’en faire trop, au point de ne pas en faire assez. Résultat : certaines scènes, qui auraient pu être marquantes, passent presque inaperçues. Les enfants, eux, restent en arrière-plan. Ils sont présents, évidemment, mais leur point de vue est peu développé. Ils deviennent presque des silhouettes, alors qu’ils auraient pu apporter une autre lecture de cette situation. Leur relation avec leur mère, pourtant centrale, manque d’épaisseur. Visuellement, le contraste entre la beauté du lieu et la fragilité de la situation est intéressant.
Cette grande maison, symbole d’un certain confort, devient presque un décor trompeur. Derrière les paysages ensoleillés, il y a une réalité plus dure. Mais là encore, le film n’exploite pas totalement ce contraste. La musique, discrète, accompagne le récit sans jamais vraiment s’imposer. Elle souligne certains moments, mais ne suffit pas à créer une véritable montée en émotion. Comme le reste du film, elle reste en retrait. Ce qui ressort finalement, c’est une forme de frustration. Six jours, ce printemps-là n’est pas un film désagréable, mais il laisse une impression d’inachevé. Il y a une intention claire, une envie de capter quelque chose de fragile, de presque invisible. Mais cette approche atteint vite ses limites.
Note : 4/10. En bref, Joachim Lafosse propose un cinéma de l’observation, très retenu, presque figé. Une parenthèse qui aurait pu être tendue, mais qui reste surtout silencieuse. Une expérience qui laisse plus d’idées que de souvenirs.
Sorti le 12 novembre 2025 au cinéma - Disponible en VOD
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