2 Mars 2026
Avec Tout simplement fan, disponible sur Prime Video, Éric et Ramzy reviennent à un format qui mise sur le piège à grande échelle. La saison 1 compte six épisodes et repose sur une idée simple : faire croire à l’un de leurs admirateurs qu’il participe au tournage d’une nouvelle série consacrée à Zorro, en Espagne. Derrière cette promesse, tout est fabriqué. Les techniciens, les comédiens, la production : chaque détail est scénarisé. Une seule personne ignore la supercherie. Le principe pourrait sembler familier, tant le prank fait désormais partie du paysage audiovisuel. Pourtant, la série tente de pousser le concept plus loin en l’étirant sur plusieurs jours et en l’inscrivant dans un faux tournage ambitieux.
L’enjeu annoncé est clair : déterminer qui est le plus grand fan du duo, avec à la clé une récompense de 20 000 euros. Mais très vite, l’émission révèle son véritable moteur : observer la réaction d’un homme plongé dans une fiction qu’il croit réelle. La force de la saison tient d’abord à son dispositif. Quarante caméras dissimulées, des centaines de figurants, des comédiens reconnus venus jouer leur propre rôle ou des versions décalées d’eux-mêmes : la production ne lésine pas sur les moyens. Parmi les complices figurent Laurent Lafitte, Hafid Benamar, Niels Schneider, Youssef Hajdi, Jean-Pascal Zadi, Laura Felpin, Melha Bedia et Marc Labrèche.
Leur présence donne de la crédibilité à l’ensemble et participe à brouiller les repères. L’idée de situer le prank sur un tournage fictif apporte une dimension visuelle plus soignée que dans beaucoup d’émissions du même genre. Les scènes de plateau, les répétitions, les essais costumes : tout contribue à créer l’illusion d’un projet d’envergure. La réalisation exploite pleinement ce décor, multipliant les angles et les gros plans pour capter les réactions du fan piégé. Le feuilletonnage sur six épisodes renforce la tension. Chaque volet ajoute un nouvel obstacle, une nouvelle situation improbable. Le spectateur sait que tout est faux, mais attend le moment où le doute s’installera chez la victime.
Cette attente devient presque le véritable suspense de la série. Au centre de ce dispositif se trouve Boris, présenté comme l’un des plus grands admirateurs d’Éric et Ramzy. La saison repose entièrement sur sa crédulité, sa patience et sa capacité à encaisser des situations parfois humiliantes. Il tente de bien faire, cherche à comprendre les tensions entre acteurs, se montre conciliant lorsque la production semble vaciller. Certaines séquences mettent en avant son sens de l’observation : un détail l’interpelle, une incohérence surgit. Pourtant, l’accumulation d’éléments plausibles finit par l’emporter. La fatigue, l’excitation et la pression du jeu contribuent à entretenir l’illusion.
Sur la durée, la série montre à quel point un environnement cohérent peut rendre crédible l’invraisemblable. Boris apparaît attachant. Son envie de plaire et de participer à l’aventure le rend humain. C’est aussi ce qui rend certaines scènes plus difficiles à regarder. Le rire naît souvent de son malaise ou de ses hésitations. La question se pose alors : jusqu’où peut aller le divertissement lorsqu’il repose sur la mise en difficulté d’une seule personne ? Le duo Éric et Ramzy conserve son style : échanges rapides, absurdité assumée, conflits exagérés. Ramzy, notamment, s’illustre dans des séquences où il feint de se brouiller avec la production. Ce jeu d’acteur contribue à renforcer la crédibilité du faux tournage.
La voix-off du duo encadre l’ensemble et rappelle régulièrement qu’il s’agit d’une construction. Cependant, sur six épisodes, la mécanique montre parfois ses limites. Certaines scènes s’étirent, d’autres reposent sur une répétition du même ressort : placer Boris dans une situation inconfortable et observer sa réaction. L’attente d’un moment vraiment marquant se fait sentir. Le final apporte une forme de libération, mais le chemin pour y parvenir comporte des longueurs. La comparaison avec d’autres créateurs de pranks, comme Greg Guillotin, vient naturellement à l’esprit. Là où certains misent sur l’excès et l’accumulation de rebondissements, Tout simplement fan choisit une progression plus étalée.
Cette approche peut séduire par son ambition, mais elle exige une attention constante pour maintenir l’intérêt. Il serait difficile de nier le soin apporté à la production. Les décors, la figuration, la coordination des comédiens : tout témoigne d’un travail important en amont. Le prank sort ainsi du cadre habituel de la caméra cachée improvisée. L’émission adopte une forme proche de la fiction, avec une écriture précise et des arcs narratifs pensés sur la durée. La “salle sans caméras”, censée offrir un espace de confidence aux participants, devient un lieu stratégique. Elle permet d’observer Boris dans des moments où il pense pouvoir relâcher la pression.
Ces séquences donnent un aperçu plus intime de ses doutes et de ses interrogations. Elles rappellent aussi que la frontière entre jeu et manipulation reste fine. Le faux jeu visant à désigner “le plus grand fan” ajoute une couche supplémentaire. Il crée une rivalité artificielle et justifie les épreuves imposées. Cette structure contribue à rythmer la saison, même si l’issue semble écrite d’avance. À l’issue des six épisodes, le sentiment demeure partagé. L’idée de départ intrigue et la mise en œuvre impressionne par son ampleur. Certaines séquences fonctionnent réellement, notamment lorsque l’absurde prend le dessus et que les acteurs jouent avec les codes du tournage.
Pourtant, la série repose presque exclusivement sur la résistance d’un seul individu face à un dispositif massif. Cette disproportion peut gêner. Le rire, parfois, laisse place à un léger malaise. La récompense financière et la révélation finale cherchent à compenser la pression subie, mais elles ne suffisent pas toujours à effacer l’impression d’acharnement. Tout simplement fan s’inscrit dans une tendance où le divertissement se nourrit de la frontière entre réalité et fiction. La saison 1 propose une expérience ambitieuse, structurée et techniquement aboutie. Elle interroge aussi sur la place accordée à la cible du prank et sur la nature du rire recherché.
Note : 5/10. En bref, cette première saison ne manque ni d’idées ni de moyens. Elle laisse néanmoins l’impression qu’un équilibre reste à trouver entre concept spectaculaire et dimension humaine. Le format sériel ouvre des perspectives intéressantes pour la suite, à condition de renouveler les ressorts et de ne pas s’appuyer uniquement sur la crédulité d’un fan sincère.
Disponible sur Amazon Prime Video
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