20 Avril 2026
On ne va pas se raconter d'histoires : avec Alter Ego, TF1 tente une nouvelle fois de nous accrocher avec la recette du duo que tout oppose. C’est un classique, presque une valeur sûre de la télé française, mais encore faut-il que le courant passe entre les personnages et que les intrigues tiennent la route. Malheureusement, après six épisodes, on reste un peu sur notre faim. La série donne cette impression frustrante de rester en surface sans jamais oser plonger dans le vif du sujet. L’aventure commence avec Joseph Batista. C’est le flic un peu bourru qui revient à Marseille après avoir passé des années à Paris. On comprend vite que son retour n'est pas qu'une question de mutation.
Joseph Batista, flic taiseux et humaniste, est de retour à Marseille après trente ans d’une brillante carrière à Paris. Il a une bonne raison de revenir : il vient d’apprendre qu’il avait une fille et un petit-fils qu’il n’a jamais vus. Lyna, devenue juge d’instruction, est bien décidée à lui faire payer son absence. De son côté, Samy Kaddourian, avocat brillant mais bordélique à la charge mentale XXL puisqu’il élève seul ses trois enfants, défend les suspects que Batista veut coffrer. Ce pot de colle hypersensible et ce flic trop fier pour montrer ses émotions, ne vont cesser de se croiser sur des affaires criminelles, chacun dans son camp mais luttant tous les deux pour rendre la Justice. Ils vont se découvrir, se disputer, et peu à peu, s’adorer... jusqu'à constater qu’ils ont peut-être trouvé leur alter ego.
Il y a cette envie, un peu maladroite, de renouer avec sa fille qui est juge d’instruction. C’est typiquement le genre de sous-intrigue qui devrait nous toucher et donner de l’épaisseur au personnage. Sauf que dans la réalité de la série, cet aspect passe complètement au second plan. On nous le rappelle de temps en temps, mais ça manque de chair et de vrais moments d'émotion. C’est dommage, car c’est souvent là que se joue l’attachement du spectateur. Face au mutisme de Batista, on découvre Samy Kaddourian. Lui, c’est l’avocat pénaliste qui ne tient pas en place. Il parle vite, il gère ses dossiers entre deux crises familiales avec ses trois gosses, et il essaie de garder la tête hors de l'eau.
Le contraste est évident, peut-être même un peu trop. On sent que les scénaristes ont voulu forcer le trait pour que l'étincelle jaillisse, mais tout cela reste très balisé. Les interactions entre le flic rigide et l'avocat débordé sont assez prévisibles. On sourit parfois, mais on n’est jamais vraiment surpris par leurs joutes verbales. Le cœur de la série, c’est cette confrontation permanente entre la vision policière et celle de la défense. Sur le papier, c’est passionnant. On pourrait avoir des débats moraux, des tensions sur la manière de rendre justice. Pourtant, le schéma devient vite répétitif. On assiste un peu toujours à la même danse : ils se croisent sur une affaire, ils s'écharpent sur la procédure, et ils finissent par collaborer.
Les enquêtes elles-mêmes n'aident pas vraiment à relever le niveau. Elles suivent un chemin tout tracé, sans ces fameux rebondissements qui nous font dire « je ne l’avais pas vu venir ». Les résolutions tombent un peu trop facilement, et sur une saison de seulement six épisodes, on ressent parfois des longueurs. C’est paradoxal, mais on a parfois l’impression que les intrigues sont étirées pour remplir le temps, alors qu’un format plus nerveux aurait sans doute mieux servi le propos. On aurait aussi aimé que Marseille soit un personnage à part entière. La cité phocéenne a une identité tellement forte qu'elle devrait transpirer à l'écran. Ici, elle n'est qu'un décor sympa.
On reconnaît les lieux, on profite de la lumière, mais l'ambiance ne prend pas vraiment. On est loin de la noirceur ou de l'énergie que d'autres séries ont su capter dans cette ville. C'est un peu le problème global d'Alter Ego : tout est propre, tout est en place, mais il manque cette petite flamme, cette prise de risque qui fait qu'on attend l'épisode suivant avec impatience. Les personnages secondaires, bien qu'honnêtes dans leur jeu, restent aussi très en retrait. Ils font le job, mais ils ne parviennent pas à créer un univers riche autour du binôme principal. Au final, la série reste dans une zone de confort assez évidente. Elle ne bouscule pas les codes du genre policier et se contente de réciter une leçon bien apprise.
Les dialogues sont efficaces mais sans génie, et l'évolution de la relation entre Batista et Kaddourian suit une courbe que l'on connaît déjà par cœur. On passe de l'agacement à une estime mutuelle sans passer par des étapes qui nous marqueraient vraiment. Pour une première saison, c’est un peu juste. Le duo fonctionne grâce au talent des acteurs, mais le scénario ne leur donne pas assez de matière pour vraiment briller. Alter Ego se laisse regarder, c'est un divertissement correct pour une soirée canapé, mais elle risque de s'effacer assez vite de nos mémoires.
Dans un paysage audiovisuel où la concurrence est rude, notamment sur le créneau du polar, il faudra muscler sérieusement l'écriture si une suite voit le jour. Pour l'instant, c'est une proposition qui manque de caractère pour vraiment s'imposer sur la durée.
Note : 3.5/10. En bref, malgré l’énergie de son duo flic-avocat, cette première saison d'Alter Ego s’enlise dans des enquêtes trop prévisibles et une mise en scène qui manque de relief. La série se contente de réciter les classiques du genre sans jamais exploiter le potentiel émotionnel de ses personnages ou le décor marseillais.
Disponible sur TF1+
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