Critique Ciné : Ceux qui comptent (2026)

Critique Ciné : Ceux qui comptent (2026)

Ceux qui comptent // De Jean-Baptiste Leonetti. Avec Sandrine Kiberlain, Pierre Lottin et Louise Labeque.

 

Avec Ceux qui comptent, le réalisateur propose une comédie dramatique française qui repose avant tout sur une rencontre improbable. D’un côté, une mère débordée, pleine d’énergie, qui élève seule ses enfants. De l’autre, un homme solitaire, un peu à la marge, pas franchement bavard et encore moins sociable. L’idée fonctionne : deux opposés, un choc de tempéraments, et forcément quelque chose à raconter. Mais finalement, le résultat est plus contrasté. Le film démarre comme une comédie sociale assez légère. Les premières scènes installent une ambiance presque chaleureuse, avec quelques situations qui cherchent le sourire sans trop forcer. 

 

Rose et Jean n’ont rien en commun. Rose est une force de la nature qui affronte tous ses problèmes avec une désarmante joie de vivre. Elle campe avec ses 3 enfants à l’étage de l’hôtel de famille qui ne leur appartient plus, et non, ils ne sont pas pauvres, ils sont fauchés. C’est temporaire. Jean est un homme solitaire et taciturne qui a fini par enfouir son grand cœur sous des couches de pudeur et de résignation. Quand il arrive malgré lui dans cette famille hors norme, il va très vite devenir indispensable. Qu’attendaient-ils avant de se rencontrer ? Sans doute plus rien. Et pourtant, ensemble, tout va devenir possible.

 

Le personnage de Rose, cette mère qui se bat comme elle peut pour maintenir un équilibre fragile, donne immédiatement le ton. Elle parle beaucoup, agit vite, déborde d’émotions. En face, Jean incarne l’inverse : peu de mots, beaucoup de silences, une présence presque fermée. Ce duo mal assorti constitue clairement le cœur du film. Et c’est là que Ceux qui comptent trouve ses meilleurs moments. Il y a quelque chose de crédible dans cette dynamique, dans cette manière de faire cohabiter deux visions du monde. Le contraste fonctionne, parfois même de façon touchante. Certaines scènes arrivent à capter une vraie sincérité, notamment dans les regards ou les non-dits.

 

Mais assez vite, le film change de ton. La comédie laisse progressivement place à quelque chose de plus lourd, plus appuyé. Et c’est là que le projet commence à vaciller. Le passage du léger au dramatique ne se fait pas toujours naturellement. Au lieu d’accompagner cette transition en douceur, le récit semble forcer l’émotion, comme s’il fallait absolument aller chercher les larmes. Le scénario suit une trajectoire assez classique. Une rencontre, des tensions, un rapprochement, puis une bascule vers un drame plus marqué. Rien de vraiment surprenant dans la construction. Le problème, c’est que cette mécanique devient rapidement visible. L’histoire donne parfois l’impression de cocher des cases plutôt que de laisser les situations évoluer librement.

 

Côté personnages, le constat est un peu similaire. Rose est attachante par moments, mais son côté très expressif peut aussi devenir fatigant. Jean, lui, reste souvent enfermé dans son rôle de type taiseux au cœur tendre. L’alchimie existe, mais elle manque parfois de nuances. Les seconds rôles, notamment les enfants, apportent un peu de relief, mais sans vraiment changer la donne. Ce qui sauve en grande partie le film, c’est l’interprétation. Le duo principal tient la route, même quand le scénario s’emballe. Il y a un vrai engagement dans le jeu, une volonté de donner de la matière à des personnages qui, sur le papier, restent assez simples. Certaines scènes fonctionnent uniquement grâce à cette implication.

 

Sur le fond, Ceux qui comptent aborde des thèmes assez classiques : la famille, la résilience, la solitude, le besoin de s’en sortir malgré les obstacles. Le regard porté sur ces sujets reste accessible, parfois un peu trop. Le film ne cherche pas vraiment à creuser, il préfère rester à la surface, quitte à simplifier certaines situations. Le mélange entre humour et drame pose aussi question. Le début laisse penser à une comédie sociale, presque légère. Mais la seconde partie change complètement de registre, avec une tonalité plus sombre. Ce basculement peut surprendre, mais il manque d’équilibre. Le film semble hésiter entre deux identités sans jamais vraiment choisir.

 

Il y a pourtant de bonnes idées. La relation entre les deux personnages principaux, le portrait d’une mère qui tient debout malgré tout, ou encore cette volonté de parler de liens humains sans tomber dans le cynisme. Mais ces éléments sont parfois noyés dans une mise en scène un peu trop démonstrative. Le rythme, lui aussi, connaît des hauts et des bas. Certaines séquences s’enchaînent avec fluidité, d’autres s’étirent inutilement. Le film prend son temps, ce qui peut servir l’émotion, mais cela finit par ralentir l’ensemble.

 

Note : 5.5/10. En bref, il y a du cœur, une vraie envie de raconter une histoire humaine, et un duo d’acteurs qui porte le film. Mais l’ensemble manque de finesse et de cohérence dans son ton. Le passage de la comédie au drame aurait mérité plus de subtilité. Ce n’est pas un mauvais film, loin de là. Il peut toucher par moments, faire sourire aussi. Mais il donne souvent l’impression de rester à mi-chemin, entre quelque chose de léger et un drame plus profond qu’il n’arrive pas totalement à assumer.

Sorti le 25 mars 2026 au cinéma

 

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