Critique Ciné : Coutures (2026)

Critique Ciné : Coutures (2026)

Coutures // De Alice Winocour. Avec Angelina Jolie, Ella Rumpf et Anyier Anei.

 

J’attendais beaucoup de Coutures, le nouveau projet d’Alice Winocour. Peut-être trop. Sur le papier, la promesse était belle : me plonger dans l’effervescence de la Fashion Week parisienne pour y tisser les portraits croisés de femmes aux prises avec leurs ambitions, leurs doutes et, parfois, la maladie. J’imaginais un film organique, un peu brut, capable de me faire ressentir la tension des coulisses et la fragilité des corps. Mais une fois le rideau tombé, le sentiment qui prédomine chez moi est celui d’une occasion manquée. C'est un peu comme un vêtement de haute couture magnifique au premier coup d’œil, mais dont les finitions laisseraient à désirer.

 

A Paris, dans le tumulte de la Fashion Week, Maxine, une réalisatrice américaine apprend une nouvelle qui va bouleverser sa vie. Elle croise alors le chemin d’Ada, une jeune mannequin sud‐soudanaise ayant quitté son pays, et Angèle, une maquilleuse française aspirant à une autre vie. Entre ces trois femmes aux horizons pourtant si différents se tisse une solidarité insoupçonnée. Sous le vernis glamour se révèle une forme de révolte silencieuse : celle de femmes qui recousent, chacune à leur manière, les fils de leur propre histoire.

 

Le film se construit comme une mosaïque. Je croise une réalisatrice célèbre qui doit composer avec un diagnostic médical terrifiant, une jeune mannequin qui découvre la violence des podiums, une maquilleuse aux aspirations littéraires et une petite main de l’ombre, une couturière dévouée à son art. C’est une structure chorale classique, faite de trajectoires qui se frôlent sans jamais vraiment fusionner. Et c’est sans doute là que le bât blesse : à force de vouloir embrasser trop de destins, le récit finit par les survoler tous. Chaque histoire me semble simplement esquissée. Je passe d’un personnage à l’autre sans véritable liant, ce qui crée une distance un peu frustrante. 

 

J'ai l’impression d’un empilement d’idées prometteuses qui ne se rencontrent jamais. Le montage, un peu décousu, renforce cette sensation de puzzle dont les pièces refusent de s’emboîter parfaitement. La présence d’Angelina Jolie est, bien sûr, l’atout majeur du film. Elle incarne cette cinéaste fragilisée avec une retenue et une sincérité qui me touchent. Je sens que le sujet résonne personnellement pour elle, et sa vulnérabilité à l’écran offre les moments les plus authentiques du long-métrage. Pourtant, même cet arc narratif me semble bridé. Les scènes liées au parcours médical manquent parfois de relief ou de cette précision qui permettrait une véritable immersion émotionnelle. 

 

On reste sur le seuil, spectateur d'une douleur qu'on ne fait qu’apercevoir. Autour d’elle, les autres personnages peinent à exister avec la même intensité. La jeune mannequin traverse les épreuves habituelles du milieu : la froideur des agences, la compétition acharnée, le sentiment d’être un simple objet. C’est bien filmé, certes, mais je n'apprends rien de nouveau sur cet univers déjà tant exploré au cinéma. La maquilleuse et la couturière, quant à elles, finissent par devenir presque anecdotiques, alors qu'elles auraient pu apporter un contrepoint social et créatif passionnant. Pourtant, tout n’est pas à jeter, loin de là. Alice Winocour possède un sens de l'image indéniable. 

 

Visuellement, le film est une petite pépite. J'ai été séduit par le travail sur la lumière, les textures des tissus et la manière dont la caméra capte le contraste entre le glamour électrique des défilés et la fatigue des corps en coulisses. Il y a une recherche esthétique qui rend l'expérience agréable à l'œil, même si le fond ne suit pas toujours. Ce qui me dérange le plus, c’est cette impression que le film n'arrive pas à choisir son camp. Drame intime ? Critique acerbe de la mode ? Portrait de groupe ? En essayant de tout faire, le propos se dilue. Je cherche encore le message central, ce fil conducteur qui aurait donné de la force à l’ensemble.

 

Le casting fait son possible pour donner de l’âme à ce scénario un peu trop lisse. Vincent Lindon apporte une solidité bienvenue dans un rôle secondaire, et chaque actrice livre une prestation digne, mais le manque de profondeur des dialogues les empêche de briller totalement. Au final, je sors de la salle avec quelques belles images en tête, mais sans avoir été bousculé. 

 

Note : 4.5/10. En bref, Coutures est un film élégant, mais superficiel. C’est une œuvre qui attire par sa forme et ses têtes d’affiche, mais qui oublie de raconter une histoire vraiment marquante. J'aurais aimé être ému, j'ai simplement été un témoin poli d'une œuvre qui reste en surface. C'est beau, c'est propre, mais c'est un peu vide. Un peu comme un défilé de mode, finalement.

Sorti le 18 février 2026 au cinéma

 

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