11 Avril 2026
Nature prédatrice // De Tommy Wirkola. Avec Phoebe Dynevor, Whitney Peak et Djimon Hounsou.
Franchement, il fallait oser. On sent que les scénaristes de Nature prédatrice ont passé leur phase de pré-production à cocher frénétiquement les cases d'un bingo du film catastrophe conçu par une intelligence artificielle en fin de batterie. On ne nous épargne rien : un ouragan biblique, des squales qui semblent avoir passé un doctorat en infiltration urbaine, une femme enceinte dont le col de l’utérus semble synchronisé avec la montée des eaux, et une adolescente traumatisée qui a visiblement confondu un film d'horreur avec une séance de thérapie intensive.
Au cœur d’un ouragan catastrophique, une ville côtière lutte contre la fureur de la nature et une attaque de requins. Bravant les pluies torrentielles, les débris et l’obscurité, les habitants s’unissent pour survivre aux prédateurs mortels et réussir à traverser la tempête.
Sans oublier, bien sûr, l’inévitable expert en biologie marine dont la seule utilité est de débiter des évidences avec le sérieux d’un neurochirurgien en pleine opération à cœur ouvert. Sur le papier, l’idée pourrait presque séduire les amateurs de plaisirs coupables. Une ville transformée en aquarium géant où les rues deviennent un buffet à volonté pour prédateurs aux dents longues, c’est un concept qui a fait ses preuves, même si la date de péremption est dépassée depuis les années 90. Mais pour que la magie opère, il faudrait soit un soupçon de cohérence, soit un sens du spectacle un peu généreux. Ici, le film invente une troisième voie assez fascinante : celle de l’empilement de n'importe quoi avec un aplomb qui force presque le respect.
Dès l’ouverture, on comprend que la subtilité est restée à la surface. Chaque personnage est une caricature qui marche. On nous présente la jeune femme brisée par la vie, incapable de traverser un couloir sans faire une crise de spasmophilie, et la future mère qui décide qu’un déluge infesté de requins est le moment idéal pour entamer le travail. C’est bien connu, accoucher dans une chambre d’hôpital propre et chauffée, c’est d’un ennui mortel. Pour couronner le tout, des enfants sont livrés à eux-mêmes sous la garde d’adultes dont le quotient intellectuel semble inférieur à la température de l’eau.
Et au milieu de ce chaos, notre expert débarque pour nous gratifier de fulgurances scientifiques du style « ils ont faim » ou « ils sentent le sang ». Merci pour l'info, on pensait qu'ils étaient là pour distribuer des prospectus. Le plus beau, c’est que malgré le danger omniprésent, on ne tremble jamais. Le film a instauré une règle tacite mais inviolable : les héros possèdent une armure scénaristique en titane. Le suspense s’évapore donc à la vitesse d’un figurant anonyme dont la seule fonction est de se faire croquer pour justifier le budget effets spéciaux. On regarde les protagonistes s’agiter sans jamais craindre pour leur intégrité physique, ce qui est quand même fâcheux pour un thriller censé nous faire sauter sur notre siège.
Les requins, de leur côté, font preuve d'une adaptabilité qui ferait pâlir d'envie n'importe quel biologiste. On les retrouve partout. Dans un salon ? Évidemment. Dans un conduit d'aération ? Pourquoi pas. Dans une flaque d'eau de dix centimètres ? Aucun problème, ils flottent probablement grâce à la seule force de leur mauvaise volonté. La physique a clairement rendu les clés du camion dès la dixième minute pour partir en congé longue durée. Le problème de fond reste le rythme. Malgré les éclaboussures et les grognements, il ne se passe concrètement pas grand-chose. On assiste à une succession de scènes où l’on s’agite, où l’on crie et où l’on patauge, mais sans aucune tension dramatique.
Le film fait un boucan d’enfer pour dissimuler un vide abyssal. Et que dire des décisions prises par nos survivants ? On atteint des sommets dans l'art de faire exactement ce qu’il ne faut pas faire. Hurler à pleins poumons alors qu’on est traqué par des prédateurs sensibles aux vibrations ou décider de se séparer au moment où la menace est la plus forte devient ici une véritable discipline olympique. Le dernier tiers du film bascule carrément dans une autre dimension. Là où un réalisateur sensé tenterait de boucler son histoire avec un minimum de dignité, Nature prédatrice appuie sur le champignon de l'absurde. La scène liée à la naissance est un moment de grâce cinématographique, mais pas pour les bonnes raisons.
On sent que le scénario a définitivement jeté l'éponge pour embrasser un délire lunaire. Visuellement, on oscille entre le passable et le franchement gênant. Si les plans larges font illusion, les gros plans sur les requins nous rappellent cruellement que le budget a été englouti par la machine à café plutôt que par les rendus 3D. Au final, on finit par regarder ce naufrage avec une curiosité presque sociologique, en attendant de voir jusqu’où la bêtise peut aller. On en vient même à encourager les squales, en espérant qu’ils abrègent les souffrances d’un casting qui semble se demander ce qu’il fait là. Le titre est d'ailleurs assez honnête : le vrai prédateur, ce n’est pas le poisson, c’est le film lui-même, qui dévore avec appétit votre patience et votre temps de cerveau disponible.
Note : 1/10. En bref, Nature prédatrice est un naufrage cinématographique qui tente de masquer son absence de logique et de suspense par une accumulation absurde de clichés et de situations grotesques. Entre des requins qui défient les lois de la physique et des personnages à l'armure scénaristique indestructible, le film finit par devenir une parodie involontaire où le seul véritable prédateur est l'ennui.
Sorti le 10 avril 2026 directement sur Netflix
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