Critique Ciné : Toaster (2026, Netflix)

Critique Ciné : Toaster (2026, Netflix)

Toaster // De Vivek Daschaudary. Avec Rajkummar Rao, Sanya Malhotra et Abhishek Banerjee.

 

Sur le papier, Toaster avait ce petit truc en plus qui donne envie de cliquer. L’idée de départ est franchement sympa : prendre un objet aussi banal qu’un grille-pain et le transformer en l’épicentre d’un chaos total, entre comédie grinçante et dérives criminelles. C’est le genre de décalage absurde qui, quand il est bien dosé, accouche souvent de pépites cinématographiques. Malheureusement, ici, l’expérience laisse un goût un peu bizarre en bouche. On a l’impression de regarder un film qui hésite sans cesse entre deux chaises, cherchant sa voie sans jamais vraiment poser ses bagages. 

 

Le meurtre et le chaos éclatent lorsqu'un avare devient obsédé par un grille-pain qu'il a offert en cadeau de mariage.

 

L’intrigue nous plonge dans le quotidien de Ramakant, un petit commerçant dont la vie tourne autour d’une seule chose : son porte-monnaie. Le gars est une caricature d’avarice, chaque centime dépensé est pour lui une micro-tragédie. Évidemment, ça crée des étincelles avec sa femme qui essaie tant bien que mal de maintenir le navire à flot. Tout bascule quand il achète un grille-pain haut de gamme pour un mariage qui tombe finalement à l’eau. Plutôt que de passer à autre chose, Ramakant s’embarque dans une quête obsessionnelle pour récupérer son bien. Ce qui suit est une avalanche de situations improbables : vols, chantages, accidents… 

 

Le petit incident de départ finit par muter en une affaire criminelle qui dépasse totalement tout le monde. Pendant la première demi-heure, on est plutôt client. L’humour fonctionne car il repose sur le caractère insupportable mais étrangement humain de Ramakant. Ses stratagèmes pour économiser trois francs six sous sont ridicules et donc forcément drôles. On finit par s’attacher à ce personnage coincé dans ses propres contradictions. Le film semble tenir son sujet et on se prépare à une satire sociale efficace. Le souci, c’est que la machine commence à s'enrayer dès que le récit change de braquet. Toaster essaie de devenir trop de choses à la fois. 

 

Il veut être une comédie, puis un thriller, puis une critique de la société. C’est ambitieux, certes, mais la transition manque cruellement de fluidité. On passe d’une scène légère à un moment très sombre de manière assez brutale, sans que rien ne nous y ait préparé. Ce manque d’équilibre finit par casser le rythme et l’immersion. On ne sait plus trop sur quel pied danser, et le malaise qui s’installe n’est pas celui, recherché, de l’humour noir, mais celui d’un déséquilibre narratif. Le scénario lui-même finit par montrer ses failles. Si l’idée de base est originale, son exécution manque de précision chirurgicale. Les événements s'empilent sans logique véritable, comme si les scénaristes avaient jeté des idées au mur en espérant que tout finirait par coller. 

 

Cette accumulation finit par être fatigante. On comprend bien l’intention de créer un chaos absurde, mais le résultat ressemble plus à un récit qui s’éparpille qu’à une spirale infernale maîtrisée. C’est d’autant plus dommage que le casting fait le boulot. L’acteur principal est impeccable dans le rôle de Ramakant. Il navigue avec aisance entre le comique pur et le côté irritant du personnage, réussissant même à sauver certaines scènes un peu creuses par son seul jeu. Sa partenaire apporte une touche de réalisme et de bon sens bienvenue au milieu de tout ce délire. Leur duo est crédible, mais on sent qu’il y avait de la place pour creuser leur relation beaucoup plus en profondeur. 

 

Les personnages secondaires, bien que typés et potentiellement intéressants, font souvent de la figuration ou disparaissent de l’écran sans laisser de traces, ce qui renforce cette impression de travail inachevé. Visuellement, le film reste très sage, peut-être trop. Pour un sujet aussi barré, on aurait aimé une mise en scène un peu plus audacieuse, un univers visuel marqué qui aurait souligné l’absurdité des situations. Là, on est sur quelque chose de très plat, de très classique, ce qui crée un contraste assez terne avec la folie de l'histoire. Le rythme n’aide pas non plus à maintenir l’intérêt sur la durée. Si le début est vif, la seconde partie s’étire inutilement. 

 

On retombe sur des situations répétitives et certaines scènes auraient mérité un sérieux coup de ciseau au montage pour garder l’énergie du départ. Au final, Toaster est un film plein de bonnes intentions qui ne parviennent jamais vraiment à fusionner. C’est frustrant parce qu’on sent qu’il y avait le potentiel pour faire un grand film sur la petitesse humaine. On ressort de là avec le sentiment d’une occasion manquée. Ce n’est pas un naufrage total, et ceux qui aiment les ambiances un peu foutraques et décalées y trouveront sans doute quelques pépites à sauver. Mais pour le spectateur lambda, le voyage risque d’être un peu long et surtout très confus. Un projet qui, comme son idée de départ, a fini par tourner un peu à vide.

 

Note : 4/10. En bref, Toaster est un film plein de bonnes intentions qui ne parviennent jamais vraiment à fusionner. C’est frustrant parce qu’on sent qu’il y avait le potentiel pour faire un grand film sur la petitesse humaine. On ressort de là avec le sentiment d’une occasion manquée. 

Sorti le 15 avril 2026 directement sur Netflix

 

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