Un Prophète (Saison 1, 8 épisodes) : entre atmosphère soignée et narration étirée

Un Prophète (Saison 1, 8 épisodes) : entre atmosphère soignée et narration étirée

Adapter un monument comme le film de Jacques Audiard en série télévisée, c'est ce qu'on appelle un sacré défi. Tout le monde a encore en tête l'ascension fulgurante de Malik dans la version d'origine, alors forcément, cette saison 1 de huit épisodes était attendue au tournant. L'idée n'est pas de refaire le film plan par plan, mais plutôt de proposer une version mise à jour, plus ancrée dans notre époque. Pour vraiment l'apprécier, il faut réussir à mettre ses souvenirs de côté et accepter que le récit prenne une direction différente. Dès le départ, on sent que la série veut prendre son temps. L'ambiance s'installe très lentement, presque trop diront certains. 

 

Le rythme est étiré, laissant de la place à de longs moments de silence et d'observation. C'est un choix assez audacieux qui permet de faire monter la pression petit à petit, mais ça demande une vraie dose de patience de la part du spectateur. On suit Malik, ce jeune gars qui débarque en prison sans rien connaître des règles du jeu et qui va devoir apprendre, à la dure, comment ne pas se faire écraser. La grande différence avec le format cinéma, c'est que la série peut se permettre de creuser le parcours du personnage sur plusieurs heures. Le problème, c'est qu'à force de vouloir étendre l'histoire, on a parfois l'impression que le scénario tourne en rond. 

 

On passe d'un épisode très intense à un autre qui semble ne servir qu'à poser l'atmosphère, sans vraiment faire avancer le schmilblick. Ce déséquilibre peut casser l'immersion, même si l'ensemble reste cohérent. Visuellement, par contre, il y a une vraie proposition. La prison est montrée sous un angle très esthétique, avec des jeux de lumière sombres et une mise en scène qui accentue l'isolement. C'est beau, c'est travaillé, mais parfois c'est presque trop. À force de vouloir faire du "beau", la série perd un peu de ce réalisme brut qu'on attend d'un drame carcéral. On se retrouve devant un univers très stylisé qui crée une sorte de barrière entre nous et la dureté de la vie derrière les barreaux. Concernant le casting, Malik est interprété de manière assez sobre. 

 

Il reste en retrait, parle peu et observe beaucoup. C'est intéressant au début car cela renforce le côté mystérieux du personnage, mais sur huit épisodes, on finit par avoir du mal à vraiment s'attacher à lui ou à comprendre ce qu'il ressent vraiment. Heureusement, la galerie de personnages secondaires rattrape le coup. Les rapports de force, les trahisons et les petites alliances de couloir sont sans doute ce qu'il y a de plus réussi dans la série. Certains visages marquent les esprits, même si tous n'ont pas droit au même niveau de développement. La série essaie aussi d'intégrer des thématiques très actuelles, comme l'influence des réseaux sociaux dans le crime organisé ou les nouvelles dynamiques de quartier. 

 

C'est une bonne idée sur le papier, mais en pratique, ça reste souvent assez superficiel. On sent que la ville est là, juste derrière les murs, mais elle sert plus de décor que de moteur à l'intrigue. On aurait aimé que ces enjeux sociaux soient un peu plus percutants. Côté écriture, c'est un peu les montagnes russes. Il y a des scènes de tension pure qui fonctionnent super bien, suivies de passages très introspectifs qui traînent en longueur. Les dialogues sont rares, ce qui oblige à être attentif aux regards et au langage corporel. C'est un style particulier qui renforce l'identité de la série, mais qui peut aussi générer une pointe de frustration quand on attend un peu plus d'explications sur les motivations des uns et des autres.

 

La saison monte progressivement en puissance pour arriver à un final qui tente de boucler la boucle. Les derniers épisodes accélèrent enfin le mouvement et donnent un peu plus de poids aux choix de Malik. L'évolution est logique, mais elle manque peut-être de ce petit déclic, de ce grand moment de bascule qui nous laisserait scotché au canapé. Au bout du compte, cette adaptation laisse un sentiment partagé. D'un côté, on apprécie l'ambition visuelle et la volonté de ne pas faire une simple copie conforme. De l'autre, la lenteur du récit et le côté un peu trop froid de la narration peuvent laisser sur le bord de la route. 

 

Ce n'est pas une série qu'on regarde pour enchaîner les rebondissements façon blockbuster, c'est plutôt une plongée lente et irrégulière dans un monde de codes et de survie. C'est une proposition différente, imparfaite mais intéressante, qui mérite qu'on lui donne sa chance jusqu'au bout pour se faire son propre avis.

 

Note : 6/10. En bref, cette adaptation propose une plongée visuellement soignée et très atmosphérique dans l'univers carcéral, tout en prenant le risque d'un rythme parfois trop étiré. Si la série réussit à moderniser le récit original, elle peut toutefois laisser de marbre à cause d'un protagoniste un peu trop distant et d'une narration qui manque parfois de punch.

Disponible sur Canal+

 

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