10 Août 2026
Rue Málaga // De Maryam Touzani. Avec Carmen Maura, Marta Etura et Ahmed Boulane.
Avec Rue Málaga, Maryam Touzani pose sa caméra à Tanger, sa ville natale. Elle y filme une histoire d'attachement, de liberté et de désir, incarnée par une Carmen Maura au sommet de sa forme. Loin des clichés pesants sur le troisième âge, le film aborde des sujets profonds avec une fraîcheur et une légèreté bienvenues. L'intrigue s'installe dans un appartement du quartier de la rue Málaga. C'est là que vit Maria Angeles, une Espagnole installée au Maroc depuis très longtemps. Cet endroit rassemble toute son histoire, ses repères et son indépendance. Mais sa fille Clara arrives de Madrid avec une idée fixe : vendre le logement.
Maria Angeles, une Espagnole de 79 ans, vit seule à Tanger, dans le nord du Maroc, où elle profite de sa ville et de son quotidien. Sa vie bascule lorsque sa fille Clara arrive de Madrid pour vendre l’appartement dans lequel elle a toujours vécu. Déterminée à rester dans cette ville qui l'a vue grandir, elle met tout en œuvre pour garder sa maison et récupérer les objets d'une vie. Contre toute attente, elle redécouvre en chemin l’amour et le désir.
Pour Clara, l'organisation devient trop compliquée et cette vente semble raisonnable. Pour sa mère, il n'est absolument pas question de quitter son foyer ni de laisser sa fille choisir à sa place. Ce départ aurait pu donner un drame familial classique. Maryam Touzani choisit pourtant une voie bien plus vivante. Son héroïne n'a rien d'une femme âgée vulnérable qui attend qu'on décide pour elle. Maria Angeles a du caractère, du répondant et la ferme intention de continuer à vivre selon ses propres règles. C'est là que le film trouve sa force. Après des premières scènes tranquilles, le récit gagne en énergie et devient franchement amusant. Pour garder son toit, Maria Angeles fait preuve d'une sacrée malice.
Ces moments apportent une vraie touche de comédie, sans jamais ridiculiser le personnage. Cette réussite doit énormément à Carmen Maura. L'actrice espagnole apporte une vitalité impressionnante à son rôle. Son visage porte les traces des années, mais son regard dégage une jeunesse intacte. Elle joue sur plusieurs tableaux avec aisance : tantôt tendre, agaçante, provocante ou drôle. Voir le cinéma offrir un rôle aussi riche à une femme mûre fait un bien fou. On s'éloigne enfin des représentations habituelles qui réduisent souvent les personnes âgées à des figures tristes ou dépendantes. Rue Málaga questionne avec justesse la notion d'autonomie. À quel moment l'entourage s'autorise-t-il à décider de l'avenir d'un proche ? Le récit évite de tomber dans la caricature.
Clara n'est pas une fille insensible, elle agit par inquiétude et fait face à ses propres difficultés. Même si le scénario accorde une place plus généreuse à la mère, la relation reste nuancée et crédible. Le décor de Tanger occupe une place centrale. La ville n'est pas un simple fond de carte postale. Elle façonne directement l'identité de Maria Angeles. La présence d'une communauté espagnole implantée depuis longtemps rappelle l'histoire particulière de Tanger, marquée par les échanges entre le Maroc et l'Espagne. La langue espagnole, le rythme du quartier et les habitudes partagées forment le quotidien de l'héroïne. Maria Angeles ne défend pas seulement un bien immobilier.
Elle se bat pour conserver un mode de vie et un ancrage culturel qui l'accompagnent depuis toujours. Cette dimension donne une belle personnalité au long-métrage. À l'écran, la lumière chaude de Tanger éclaire des intérieurs remplis de souvenirs. L'appartement devient presque le prolongement physique de son occupante. Au-delà de cette dispute familiale, Maryam Touzani aborde un sujet plus rare : la vie sentimentale des seniors. Le film laisse entrer l'amour et le désir dans la vie de Maria Angeles, un domaine souvent oublié ou évité au cinéma dès qu'il s'agit de corps âgés. La réalisatrice traite cette intimité avec simplicité et pudeur. Il n'y a ici aucune moquerie ni malaise.
Maria Angeles garde son pouvoir de séduction et son envie d'aimer. Le film rappelle calmement que la vie affective ne s'arrête pas avec l'apparition des cheveux blancs. La relation qui se crée avec le personnage joué par Ahmed Boulane apporte beaucoup de douceur. Cette parenthèse amoureuse donne un second souffle au récit et l'empêche de s'enfermer dans le seul conflit de départ. Tout n'est pas parfait pour autant. Le rythme connaît quelques ralentissements et certaines situations manquent un peu de crédibilité. Le scénario ouvre plusieurs pistes sans toujours prendre le temps de les creuser jusqu'au bout. La fin risque également de partager le public. Le choix d'une conclusion ouverte s'accorde bien avec l'esprit de liberté du film.
Pourtant, après avoir suivi le combat de cette héroïne, on ressent une légère frustration au moment du générique. Un point final un peu plus marqué n'aurait pas déplu. Ces quelques défauts n'altèrent pas le plaisir de visionnage. Maryam Touzani signe une œuvre humaine sur le temps qui passe. Porté par une Carmen Maura très inspirée, Rue Málaga rappelle avec le sourire qu'une vie ne perd rien de sa valeur ni de sa beauté en vieillissant.
Note : 7/10. En bref, porté par la présence lumineuse de Carmen Maura, Rue Málaga insuffle une formidable énergie au sujet de la vieillesse en célébrant la liberté, le désir et l'indépendance à tout âge. Malgré un rythme parfois inégal et une fin indécise, Maryam Touzani signe une chronique tangerinesque touchante, chaleureuse et sincèrement humaine.
Sorti le 25 février 2026 au cinéma - Disponible en VOD
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