Critique Ciné : Plus forts que le diable (2026)

Critique Ciné : Plus forts que le diable (2026)

Plus forts que le diable // De Graham Guit. Avec Melvil Poupaud, Asia Argento et Marine Vacth.

 

Sur le papier, le projet avait de quoi intriguer les amateurs de cinéma de genre. Graham Guit s’attaque au thriller néo-noir teinté de comédie poisseuse, un cocktail explosif quand il est manié par un cinéaste qui sait où il va. Le problème, c'est qu'ici, personne ne semble avoir pensé à brancher le GPS. On nous promettait du décalé, de la violence absurde et un suspense à couper le souffle. À la place, on récupère un objet filmique complètement désarticulé qui fait de son mieux pour ressembler à un vrai film, sans jamais y parvenir. Le scénario tente d'être malin en découpant son histoire à rebours. 

 

Valentin, un homme paumé et fauché, retrouve son fils Joseph après vingt ans d’absence et le précipite, lui et sa femme Alice, dans un chaos total. Avec JP, Mila et Gigi, le diable n’a qu’à bien se tenir…

 

L’idée de nous balancer les conséquences avant les causes a déjà fait ses preuves chez d'autres, mais encore faut-il avoir des choses intéressantes à raconter. Ici, la mécanique tourne à vide dès les quinze premières minutes. On regarde des situations s'enchaîner sans aucun impact dramatique, juste pour essayer de nous sortir de la torpeur. Les alliances entre les personnages se font et se défont au gré du vent, les tensions apparaissent sans raison logique et s’évaporent tout aussi vite. Résultat : on se fout royalement de ce qui arrive à ce petit monde. Pourtant, le casting avait de la gueule. Réunir Melvil Poupaud, Marine Vacth, Asia Argento et Nahuel Pérez Biscayart dans le même plan relevait presque du coup de maître. 

 

Mais même les meilleurs comédiens ne peuvent pas faire de miracles quand on leur demande d'incarner du vide. On sent les acteurs en roue libre complète, cherchant désespérément de la matière là où il n'y a que du vent. Le summum du ridicule est sans doute atteint avec le rôle attribué à Asia Argento. La vendre en néonazie complètement barrée aurait pu amener un grain de folie réjouissant. Au final, le concept est à peine effleuré, balayé d'un revers de main pour devenir un simple détail décoratif qui frôle le ridicule. Ce qui agace le plus dans cet essai manqué, c'est cette posture permanente. Le long-métrage hurle son amour pour Tarantino ou les frères Coen à chaque plan, mais en restituant uniquement des tics de mise en scène datés. 

 

Les dialogues cherchent désespérément le mot d'esprit ou la réplique culte, sauf que tout tombe à plat dans un grand moment de solitude. On assiste à une succession de scènes qui s'étirent inutilement pour meubler le temps, persuadées d'installer une atmosphère alors qu'elles ne font que tuer le rythme. Et parlons-en du rythme. Pour un film qui dépasse à peine l’heure vingt, l’exploit est immense : réussir à faire paraître le visionnage deux fois plus long. La faute à une structure narrative qui se veut ludique avec son décompte des jours en gros caractères, mais qui ne fait que plomber l’avancée du récit. Ce montage haché casse le moindre début de dynamique. Au lieu de trépigner d’impatience à l'idée de découvrir le fin mot de l’histoire, on passe son temps à vérifier combien de minutes il reste avant le générique de fin.

 

Même la technique vient enfoncer le clou. La réalisation essaie de jouer la carte du film de série B assumé avec un peu de poisse et de sang. Si deux ou trois visuels sortent du lot lors des explosions de violence, le reste ressemble à une coquille vide. Pour tenter de sauver le navire de la noyade, la bande-son est poussée au maximum. La musique hurle par-dessus les images pour essayer d'injecter artificiellement une énergie que la mise en scène est incapable de fabriquer. Pire encore, le mixage audio semble avoir été fait à la truelle. Certains dialogues deviennent carrément inaudibles, assourdis par une ambiance sonore mal équilibrée. Graham Guit a visiblement voulu rendre hommage au classique homonyme de John Huston. La comparaison fait très mal. 

 

Le cinéma décalé a le droit d’être bordélique, excessif et complètement amoral, à condition d’avoir une vraie vision créative derrière la caméra. Ici, la prétention du concept écrase complètement le résultat final. À force de vouloir être bizarre sans être drôle, violent sans créer de tension et imprévisible à tout prix, le film devient tout simplement prévisible dans sa propre médiocrité.

 

Note : 2/10. En bref, ce projet n'est qu'un pétard mouillé. Avoir de bonnes intentions, quelques têtes d'affiche bankables et des idées piochées à droite à gauche ne suffit pas à faire tenir un long-métrage debout. Pour un thriller qui prétend constamment jouer avec les nerfs de son public, le constat est sans appel : la seule chose qu'il réussit à provoquer, c'est une profonde envie de passer à autre chose.

Sorti le 25 mars 2026 au cinéma - Disponible en VOD

 

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