15 Mai 2026
Plan à trois (The Threesome) // De Chad Hartigan. Avec Zoey Deutch, Jonah Hauer-King et Ruby Cruz.
Les comédies romantiques aiment suivre une recette connue : rencontre improbable, tensions légères, quelques gags bien placés et un final où l’amour triomphe. The Threesome, réalisé par Chad Hartigan, tente de bousculer un peu ce schéma en ajoutant une dose de drame et de complications inattendues. Sur le papier, l’idée est intrigante : un trio amoureux qui prend une tournure inattendue après une nuit partagée. Dans les faits, le film hésite constamment entre la comédie et le drame, et finit par perdre de sa cohérence. L’histoire commence de manière plutôt classique. Connor (Jonah Hauer-King), éternel romantique et un peu trop gentil pour son propre bien, croise Olivia (Zoey Deutch), son ancienne collègue et crush de longue date, lors d’un mariage.
Un homme pense que son fantasme ultime se réalise enfin, participer à un plan à plusieurs. Une fois que l'acte est passé, les trois individus se retrouvent face à des conséquences concrètes qui les obligent à assumer la responsabilité de leurs actes.
Elle est impulsive, imprévisible, et semble inaccessible. Leur relation aurait pu rester un simple jeu de regards si un ami, Greg (Jaboukie Young-White), n’avait pas poussé Connor à se tourner vers Jenny (Ruby Cruz), une fille esseulée dont le rendez-vous vient de tomber à l’eau. À partir de là, le hasard et l’impulsivité d’Olivia mènent ce trio dans un appartement, pour une nuit de rapprochement suggéré plus que montré. Une séquence qui, malgré le titre du film, reste finalement assez sage. Jusque-là, The Threesome garde son ton léger et joue avec l’idée d’un coup du destin un peu fou. Là où les choses basculent, c’est quelques semaines plus tard. Olivia et Jenny annoncent toutes les deux être enceintes.
Ce retournement de situation transforme la comédie romantique en chronique des conséquences. Connor, pris entre ses sentiments inconstants pour Olivia et ses responsabilités vis-à-vis de Jenny, tente de garder le cap. Mais cette nouvelle orientation dramatique n’est pas toujours bien maîtrisée. Le récit répète un peu trop le même cycle : Connor essaie d’être présent, Olivia change d’avis, Jenny cache la vérité à sa famille. Cette mécanique devient vite prévisible et alourdit le rythme. La promesse d’une comédie romantique décalée s’efface peu à peu derrière un drame de mœurs qui n’assume pas totalement son virage. Le problème majeur de The Threesome vient de l’écriture de ses personnages.
Connor est présenté comme le “gentil garçon” par excellence, mais il est tellement lisse que Jonah Hauer-King peine à en faire un protagoniste marquant. Ses bonnes intentions deviennent presque agaçantes, et son manque de relief nuit à l’intérêt du film. Olivia, de son côté, oscille entre charme et instabilité. Zoey Deutch réussit à donner un peu de relief à ce rôle grâce à son énergie, mais le personnage tourne en rond. Ses changements d’avis répétés finissent par fatiguer, et réduisent la portée émotionnelle de ses scènes. Étonnamment, Jenny s’en sort mieux. Ruby Cruz incarne une jeune femme déchirée entre ses envies et le poids d’une éducation religieuse stricte.
Ses interactions avec sa famille, notamment lorsqu’elle fait passer Connor pour son petit ami officiel, ajoutent une dose de tension intéressante. Cette partie du récit, plus ancrée dans un conflit crédible, donne un peu de profondeur à l’ensemble. Chad Hartigan semble avoir du mal à choisir le ton exact de son film. Certaines séquences sont mises en scène comme une comédie légère – avec un humour parfois maladroit, jusqu’à un gag musical qui tombe un peu à plat – tandis que d’autres optent pour des gros plans dramatiques qui paraissent presque trop intenses pour le contexte. Cette oscillation permanente brouille l’identité du film. Même au niveau du rythme, l’équilibre est fragile. À certains moments, le film s’étire inutilement, répétant les mêmes dilemmes.
Ailleurs, des situations qui auraient pu mériter plus de développement sont expédiées trop vite. Le résultat est un ensemble inégal, où quelques bonnes idées se perdent dans des choix de mise en scène discutables. Malgré ces faiblesses structurelles, les acteurs s’en sortent honorablement. Zoey Deutch apporte une intensité bienvenue à Olivia, et réussit à rendre crédible un personnage pourtant incohérent sur le papier. Ruby Cruz, avec plus de retenue, fait de Jenny une figure touchante, prise entre foi, désir et peur du jugement. Ces deux performances féminines donnent un peu d’âme à un film qui, sans elles, aurait vite sombré dans la fadeur.
Jonah Hauer-King reste en retrait, coincé dans un rôle trop plat, mais il trouve tout de même un moment de grâce lors d’une scène d’accouchement, où son émotion sincère transparaît enfin. Jaboukie Young-White, en ami sarcastique, apporte quant à lui quelques respirations comiques bienvenues. Le plus gros reproche à faire à The Threesome, c’est son incapacité à assumer clairement son identité. L’idée d’un triangle amoureux qui se complique par des grossesses simultanées pouvait donner lieu à une comédie piquante ou à un drame profond. Le film essaie de faire les deux, mais sans aller au bout ni de l’un ni de l’autre. Résultat : une œuvre qui oscille, qui amuse parfois, émeut un peu, mais finit surtout par frustrer.
Le message implicite sur les conséquences des relations sexuelles paraît maladroit, presque moralisateur, et enlève au film la légèreté que son titre promettait. Cette dissonance entre le marketing et le contenu contribue au sentiment de décalage ressenti tout au long du visionnage. The Threesome n’est pas un désastre, mais c’est un film bancal. Quelques séquences fonctionnent, les actrices principales livrent de bons moments, mais l’ensemble manque de cohérence et de rythme. Entre répétitions, personnages mal écrits et une mise en scène hésitante, l’expérience reste moyenne.
Note : 4.5/10. En bef, une comédie romantique qui aurait pu surprendre mais qui finit par s’embourber dans ses contradictions.
Prochainement en France en SVOD
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