14 Mai 2026
Le concept de Capo : Ascension au pouvoir avait tout pour plaire sur le papier. L’idée de mixer les codes classiques du film de mafia avec une dose d'occultisme, de malédictions ancestrales et de rituels sombres était franchement séduisante. On imaginait déjà une série un peu poisseuse, une sorte de polar ésotérique italien avec une vraie identité visuelle. Bref, même en restant prudent, j’avais hâte de voir ce que ce mélange des genres allait donner. Puis j'ai lancé la saison. Très vite, l’espoir d’une production ambitieuse s’est envolé. Par chance, les quatre épisodes ne durent pas plus de trente minutes chacun. Ce qu’on a sous les yeux ressemble malheureusement plus à un projet d’étudiants un peu trop confiants qu’à une série professionnelle.
La famille Baresi est hantée depuis des décennies par des pertes tragiques dues à la sorcellerie italienne connue sous le nom de Stregheria. Michael Baresi peut-il briser cette malédiction générationnelle ? Combien de temps sa famille pourra-t-elle être contrôlée par ce sort qui remonte à l'Italie des années 1920 ?
On a l’impression que le tournage s’est fait avec trois lumières LED, un peu de fumée pour faire genre et un montage bricolé sur un coin de table. Le plus gros souci de la série, c’est clairement sa réalisation. Chaque séquence hésite constamment. On navigue entre le drame sérieux, le clip de rap à petit budget et le film de fan qu'on trouverait sur YouTube en pleine nuit. Les cadrages essaient d'être originaux, de poser une ambiance, mais on sent qu'il manquait quelqu'un pour dire : « Stop, on la refait, ça ne marche pas là ». Résultat : des moments qui devraient être sous haute tension deviennent presque drôles. L’utilisation abusive des ralentis et un découpage un peu bancal cassent totalement le rythme.
Au lieu d'être scotché à son siège, on finit par sourire devant des scènes qui se veulent tragiques. Côté casting, l’intention de miser sur des visages neufs était louable. Le problème, c’est que le talent ne suit pas toujours. Plusieurs acteurs donnent l’impression de lire leurs répliques pour la première fois, juste avant que la caméra ne tourne. La tension entre les clans mafieux est inexistante, les émotions sonnent souvent faux et certains échanges sont d’une rigidité assez incroyable. À plusieurs reprises, je me suis demandé si la série ne basculait pas volontairement dans la parodie. Mais le pompon revient à l’écriture. Les dialogues sont d’une artificialité déconcertante.
On dirait que les personnages récitent des citations profondes trouvées sur des comptes Instagram de motivation. Chaque phrase se veut mystérieuse ou percutante, mais finit par ressembler à un script généré par une IA qui aurait trop traîné sur des blogs de développement personnel version street. Personne ne parle comme ça dans la vraie vie, et ça rend l'immersion impossible. L’élément surnaturel, qui devait être le point fort et l'originalité de Capo, subit lui aussi cette exécution ratée. Faute de moyens ou de vision claire, les scènes de sorcellerie tombent dans le kitsch pur et dur. Les rituels et les visions, qui auraient pu apporter une vraie noirceur, manquent de crédibilité visuelle.
On sent l'accumulation d'idées intéressantes qui ne sont jamais vraiment exploitées ou mises en valeur. Pourtant, le budget n'est pas une excuse. On a déjà vu des petites productions faire des miracles avec trois fois rien en misant sur l'atmosphère. Ici, c'est la maîtrise globale qui fait défaut. Rien ne semble naturel : ni les réactions, ni l'action, ni le rythme de l'histoire. Le plus fou, c'est que malgré tous ces défauts, on a un malin plaisir à regarder. Pas parce que c’est bon, mais parce que l'accumulation de choix bizarres rend le tout fascinant. On attend la prochaine scène maladroite comme on attendrait le prochain virage d'un accident au ralenti. Et généralement, la série ne nous déçoit pas sur ce point.
Il faut quand même accorder une chose à Capo : Ascension au pouvoir : elle tente quelque chose de différent. Sortir des sentiers battus du récit criminel classique pour y injecter de la magie noire, c'était courageux. Mais une bonne idée ne fait pas une bonne série si la technique ne suit pas. On se retrouve avec quatre épisodes persuadés d'être un chef-d’œuvre de profondeur dramatique, où chaque regard caméra et chaque note de musique lourde tentent de nous vendre une intensité qui n'existe pas. On finit par rire devant des dialogues censés être graves, et c'est finalement là que se trouve le seul vrai divertissement de la série.
Note : 1/10. En bref, Capo est une excellente idée gâchée par une réalisation catastrophique. Le potentiel était là : vengeance, secrets de famille et malédictions... Tout y était. À l'arrivée, on a surtout une curiosité involontaire, le spectacle d'une série qui se prend très au sérieux alors que tout s'écroule autour d'elle. Une série de fond de catalogue Amazon (et qui devrait rester bien cachée).
Disponible sur Amazon Prime Video
Capo: Ascension au pouvoir est déjà renouvelée pour une saison 2 de 6 épisodes.
Retrouvez sur mon blog des critiques de cinéma et de séries télé du monde entier tous les jours
Voir le profil de delromainzika sur le portail Overblog