Critique Ciné : Let's Both Try (2026, direct to SVOD)

Critique Ciné : Let's Both Try (2026, direct to SVOD)

Let’s Both Try // De Dave Hill. Avec Olivia Hytha, Michael Davis et Amanda Fronckowiak.

 

Il y a des films qui ressemblent à une insomnie. Vous savez, ce genre d'objet filmique non identifié sur lequel on tombe à deux heures du matin, coincé entre une pub de parfum un peu trop conceptuelle et un vieux clip indie déniché sur Vimeo. Let’s Both Try est exactement de cette trempe-là. C’est flou, c’est parfois franchement maladroit, on sent que ça se prend un peu trop au sérieux, et pourtant, on n'arrive pas tout à fait à décrocher. Le pitch de départ a tout du piège à festivaliers. On suit deux jeunes photographes qui sortent d’un milieu religieux ultra rigide pour se lancer dans la photo de nu artistique. 

 

Se lançant dans une aventure sauvage dans les déserts de l'Arizona, la relation d'un couple de photographes est poussée à ses limites alors qu'ils explorent la sexualité et le sens divin dans le chaos de la vie moderne.

  •  

Sur le papier, ça sent la provocation gratuite pour choquer la bourgeoisie. Mais en réalité, le film est ailleurs. Il essaie de capter ce moment charnière de l’entrée dans l’âge adulte où chaque micro-décision ressemble à un drame existentiel filmé au ralenti. D'ailleurs, parlons-en du ralenti. Le réalisateur a visiblement mangé du Terrence Malick au petit-déjeuner pendant des mois. On retrouve tous les codes : la caméra qui flotte dans les herbes hautes, les personnages qui courent dans la lumière dorée du soir, et de très, très longues séquences de contemplation où quelqu'un fixe l'horizon. C’est joli, mais l'imitation a ses limites. 

 

Par moments, on a moins l'impression de regarder un film qu'une séance photo improvisée pour un magazine de mode des années 2010. Pourtant, l'ambiance finit par infuser. Il y a une vraie beauté dans ces routes perdues et ces pierres brûlantes. On regarde ces jeunes errer avec leurs boîtiers argentiques comme s'ils cherchaient le sens de la vie entre deux réglages d'exposition. Le problème, c'est que le film est tellement amoureux de sa propre atmosphère qu'il en oublie parfois de raconter une histoire. On passe un temps fou à écouter le bruit des déclencheurs pendant que les photographes tournent autour de leurs modèles. C’est presque expérimental, et ça demande une certaine patience.

 

Là où le film marque des points, c'est dans sa gestion du corps. Malgré l'omniprésence de la nudité, ce n'est jamais vraiment sexuel. Le contraste entre les deux photographes sauve le récit : l'un cherche une forme de vérité documentaire, l'autre filme le désir. C'est dans ces nuances que le film devient pertinent, en questionnant discrètement le regard masculin sans toujours savoir comment l'exprimer clairement. C’est aussi là que le malaise s'installe. Le personnage masculin principal a une vision de la femme assez limite. Le scénario semble le savoir, mais il n'ose pas aller au bout de la dénonciation. On oscille donc entre la critique intelligente et le moment gênant. Heureusement, le sous-texte religieux apporte une couche de sincérité. 

 

On ressent bien cette sensation de vertige quand on s'éloigne d'un cadre moral strict pour découvrir la liberté. C'est sans doute la partie la plus touchante du film. Côté écriture, par contre, c'est brut de décoffrage. On sent que les dialogues manquent de bouteille. On passe du très naturel à des tirades pseudo-philosophiques dignes d'un étudiant en art qui viendrait de découvrir Nietzsche sur Instagram. Le film essaie d'être profond à chaque seconde, oubliant qu'un silence n'est pas forcément intelligent juste parce qu'il s'éternise. Mais au final, il y a une honnêteté qui sauve Let’s Both Try du naufrage. Le réalisateur y croit à fond, et cette énergie naïve est communicative. 

 

Le dernier échange du film est d'ailleurs étonnamment réussi, comme si le projet trouvait enfin son identité après une heure d'errance visuelle. Alors oui, c'est lent, c'est parfois agaçant, et une bonne partie des spectateurs décrochera avant la fin. Mais pour ceux qui aiment les œuvres fragiles et les "erreurs" cinématographiques qui ont une âme, ce film laissera une trace. C'est imparfait, mais dans un monde de productions ultra-formatées, cette bizarrerie a au moins le mérite d'exister.

 

Note : 3.5/10. En bref, Let’s Both Try est un premier film à l'esthétique arty et contemplative qui, malgré ses longueurs et ses dialogues parfois prétentieux, capture avec sincérité le vertige de jeunes adultes s'affranchissant d'un carcan religieux par la photographie. C'est une œuvre fragile et imparfaite, oscillant entre le malaise et la poésie visuelle, mais dont l'authenticité finit par toucher ceux qui acceptent de se perdre dans son rythme très lent.

Prochainement en France en SVOD

 

Retour à l'accueil

Partager cet article

Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :
À propos
delromainzika

Retrouvez sur mon blog des critiques de cinéma et de séries télé du monde entier tous les jours
Voir le profil de delromainzika sur le portail Overblog

Commenter cet article