13 Mai 2026
Jombittal - My Daughter is a Zombie // De Pil Gam-sung. Avec Cho Yeo-jeong, Kyung-Ho Yoon et Jung-suk Jo.
Quand on évoque le cinéma de zombies sud-coréen, on a tout de suite en tête les images de Dernier train pour Busan ou la tension étouffante de #Alive. On s'attend à de la sueur, des courses-poursuites dans des couloirs sombres et une déferlante de morts-vivants hyperactifs. Alors, quand on lance Jombittal (connu à l'international sous le nom de My Daughter is a Zombie), le choc thermique est réel. Ici, le réalisateur Pil Gam-Seong décide de prendre tout le monde à contre-pied. On oublie le grand spectacle catastrophe pour plonger dans une chronique familiale presque intime, où le mélange des genres entre comédie déjantée et mélo larmoyant crée un objet cinématographique assez non identifié.
Su A est infectée par un virus zombie qui ravage la planète. Pour la protéger, son père se réfugie à Eunbong-ri, un paisible village côtier où vit également sa mère. Alors que la société pourchasse les infectés, la famille vit cachée. Refusant d’abandonner sa fille, Jung-hwan met à profit son expérience de dresseur d’animaux sauvages et se lance dans une mission périlleuse : apprivoiser un zombie.
L’histoire nous présente Lee Jung-hwan, un père célibataire qui tente de sauver sa peau et celle de sa fille, Soo-ah, en pleine apocalypse. Le hic, c’est que l’adolescente se fait mordre durant leur fuite. Dans n’importe quel autre film, ce serait le signal pour une fin tragique ou un combat héroïque. Mais dans Jombittal, la transformation ne suit pas les règles habituelles. Soo-ah garde un fond d'humanité, une sorte de conscience résiduelle. Son père prend alors une décision radicale : plutôt que de l'abandonner ou de la livrer aux autorités qui éliminent les infectés à vue, il l'emmène se cacher dans son village natal, chez sa mère. Ce qui frappe d'abord, c'est le ton.
On passe sans prévenir d'une tension palpable à des situations d'un absurde total. Entre une grand-mère au tempérament bien trempé et un chat créé en images de synthèse aux expressions franchement bizarres, le film assume un côté décalé qui pourra en dérouter plus d'un. Il faut accepter que certains gags tombent un peu à plat, surtout dans la seconde moitié où le scénario demande une bonne dose de suspension d’incrédulité. Pourtant, derrière ces maladresses et cet humour parfois excessif, il y a une sincérité qui finit par emporter l'adhésion. Le cœur battant du récit, c’est le duo père-fille. Jo Jung-suk livre une performance impeccable en père complètement dépassé par les événements.
Il est maladroit, souvent ridicule, mais sa détermination à protéger son enfant coûte que coûte le rend profondément humain. Ancien dresseur animalier, il utilise ses anciennes méthodes pour tenter de rééduquer sa fille. Il essaie de lui réapprendre des gestes quotidiens, de stimuler ses souvenirs, comme s'il pouvait dresser le virus. C'est une idée étrange, presque dérangeante par moments, mais c’est ce qui donne au film sa véritable identité. Contrairement aux standards habituels du genre, le rythme de Jombittal est plutôt lent. Le film prend le temps de s'installer dans son décor rural, loin du chaos urbain. Si certains passages tournent un peu en rond et auraient mérité un montage plus serré, cette lenteur permet de donner de l'épaisseur aux personnages secondaires.
Lee Jung-eun, qui joue la grand-mère, apporte une mélancolie bienvenue sous ses airs de personnage comique. On sent que derrière le chaos, il y a des blessures profondes, notamment à travers le personnage de l'ex-compagne de Jung-hwan, dont le rapport aux zombies est marqué par un traumatisme personnel. Le film pose finalement une question intéressante : à quel moment cesse-t-on d'être humain ? Là où la plupart des longs-métrages traitent les zombies comme une masse informe et menaçante, celui-ci s'efforce de chercher les restes de personnalité chez les infectés. Cette insistance sur la mémoire et les émotions rend certaines scènes entre le père et sa fille particulièrement touchantes, sans qu'on ait l'impression que le réalisateur nous force la main.
Visuellement, ce n'est pas une claque technique. Les effets spéciaux du chat sont discutables et la mise en scène reste très sobre, privilégiant les décors du quotidien. On sent l'influence du webtoon d'origine dans la structure en petits moments de vie qui s'enchaînent. Mais c'est justement cette simplicité qui fait le charme du projet. En se concentrant sur le deuil, l'amour parental et la protection, Jombittal réussit à être plus qu'une simple comédie horrifique. Ce n'est pas le film qui vous fera sursauter ou qui vous donnera une dose d'adrénaline, mais c'est une proposition rafraîchissante et singulière qui prouve que le thème des zombies a encore des choses à dire quand il accepte de baisser les armes pour parler du cœur.
Note : 5/10. En bref, loin du spectacle d’action habituel, ce film coréen détourne les codes de l'apocalypse zombie pour livrer une chronique familiale décalée et profondément touchante sur l'amour parental. Malgré quelques longueurs et un humour parfois absurde, il réussit à briller par sa sincérité et son approche originale de l'humanité chez les infectés.
Prochainement en France en SVOD
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