Critique Ciné : Leur vérité (2026, Netflix)

Critique Ciné : Leur vérité (2026, Netflix)

Leur vérité // De Roger Gual. Avec José Coronado, Stéphanie Magnin et Fanny Gautier.

 

Tu connais ce sentiment quand un film a tout pour plaire sur le papier, mais qu'une fois lancé, la sauce ne prend pas vraiment ? C'est exactement ce qui m'est arrivé devant Leur vérité, le nouveau long-métrage espagnol réalisé par Roger Gual. Le cinéma ibérique nous a pourtant habitués à des polars familiaux tendus, efficaces, bourrés de secrets poisseux et de personnages à la limite de la rupture. Ici, l'intention est là, mais le résultat manque cruellement de coffre. L'histoire s'ouvre sur un drame intime : Ruth (incarnée par Stéphanie Magnin) rentre dans son village natal pour les funérailles de sa mère. Elle n'a pas remis les pieds chez elle depuis des années et retrouve son père, Martín (José Coronado), complètement transformé. 

 

À la suite de l'étrange décès de sa mère, Ruth retourne dans la maison de son enfance. Là, elle découvre que les théories du complot de son père dissimulent quelque chose de bien plus sombre qu'une simple obsession de retraité. Piégée dans une maison remplie de secrets, son comportement imprévisible la conduit bientôt à nourrir un soupçon insoutenable.

 

L'homme est aigri, reclus, rongé par le deuil et surtout persuadé d'une chose : sa femme ne serait pas morte de cause naturelle. Selon lui, un géant de l'industrie pharmaceutique tirerait les ficelles en coulisses. Au départ, Ruth pense à un délire paranoïaque alimenté par le chagrin. Puis, petit à petit, le doute s'installe. Et si le vieux barjot avait levé un vrai lièvre ? C'est là que le film marque des points. Utiliser l'ambiguïté psychologique comme moteur de suspense fonctionne toujours très bien. Est-on face aux divagations d'un homme qui a perdu la boule, ou face à un lanceur d'alerte isolé que personne ne veut écouter ? Pendant la première demi-heure, on a envie d'y croire. 

 

On cherche les indices, on observe les regards, on essaie de deviner quel camp a raison. Le problème, c'est que le soufflé retombe bien vite. Dès que l'enquête commence véritablement, l'écriture montre ses limites. Le déroulé devient très classique, limite prévisible. Ruth avance dans son investigation sans rencontrer de vrais obstacles, les pièces du puzzle s'emboîtent presque trop facilement et la tension s'évapore au lieu de grimper. Le film tente aussi d'aborder la question du complotisme et la façon dont une personne peut complètement déraper vers une réalité alternative. Le sujet est passionnant et hyper actuel, mais le réalisateur reste constamment au milieu du gué. 

 

Il ne choisit jamais vraiment son angle : Martín est dépeint comme un illuminé inquiétant, mais l'intrigue lui donne raison par petites touches sans jamais aller au bout de l'idée. Rien n'est vraiment creusé, et le propos de fond finit par sembler un peu superficiel. S'il y a bien un élément à sauver, c'est le casting. José Coronado porte clairement le projet sur ses épaules. Il apporte une vraie vulnérabilité à ce père cassé et évite de tomber dans la caricature du fou de service. Dans ses yeux, on ressent autant la douleur du deuil que l'épuisement d'un homme qui se bat contre des moulins à vent. C'est du bel ouvrage, même si on sent que le script l'empêche de déployer tout son potentiel. En face, Stéphanie Magnin s'en sort très bien dans la peau de Ruth. 

 

Elle sert de guide au spectateur, traversant le récit avec la même perplexité et le même malaise que nous. Sa relation tendue avec son père aurait dû constituer le cœur battant du film. Malheureusement, les non-dits et les blessures d'enfance sont simplement effleurés. On aurait aimé que le film prenne le temps d'explorer cette fracture familiale plutôt que de courir après des péripéties téléphonées. Sur le plan visuel, Leur vérité ne prend aucun risque. Le film enchaîne les décors vus et revus : le salon familial sombre, la cuisine austère, le bureau de police du coin. Ce côté resserré aurait pu instaurer un huis clos asphyxiant, mais la caméra manque cruellement d'idées de mise en scène. L'image est propre, mais désespérément plate et fonctionnelle. 

 

Aucune atmosphère lourde, aucun jeu d'ombre marquant qui viendrait renforcer le mystère. Le rythme pâtit aussi de ce manque de relief. Les scènes s'étirent parfois inutilement pour combler une intrigue globale assez mince. Le suspense s'installe par à-coups, puis s'effondre aussitôt sous le poids de dialogues trop explicatifs où les personnages racontent ce qu'ils ressentent au lieu de simplement le vivre. Quant au dernier acte, il finit de doucher les espoirs. Sans trop en dévoiler, le dénouement cherche à surprendre en prenant un contre-pied narrativement audacieux, mais le tirage de rideau laisse surtout une sensation d'inachevé. On ressort de la séance avec l'impression qu'il manque un chapitre ou que le film s'est arrêté en cours de route.

 

Note : 4/10. En bref, Leur vérité n'est pas une catastrophe, mais c'est un thriller sans relief. Le point de départ était prometteur, et le duo d'acteurs fait de son mieux pour insuffler de la vie dans ce drame paranoïaque. Mais entre une réalisation banale, un scénario trop prévisible et une exploration paresseuse de ses propres thèmes, le film n'arrive jamais à décoller. Une déception vite vue, vite oubliée.

Sorti le 24 juillet 2026 directement sur Netflix

 

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