16 Mai 2026
Kraken - l’oeil des abysses // De Nikolay Lebedev (I). Avec Alexander Petrov (II), Diana Pozharskaya et Viktor Dobronravov.
Le cinéma de monstres marins, ça a toujours un petit côté fascinant. On repense direct à King Kong ou aux vieux classiques qui nous faisaient flipper avec trois bouts de ficelle et une créature géante. Aujourd'hui, avec la technologie, on s'attend à prendre une claque visuelle à chaque sortie, de Cloverfield à Pacific Rim. Alors quand j'ai vu débarquer Kraken – l’œil des abysses, réalisé par Nikolay Lebedev, je me suis dit pourquoi pas. Un bon vieux huis clos dans un sous-marin avec un monstre mythique qui détruit tout sur son passage, ça fait toujours le job le samedi soir. Sur le papier, l’histoire a tout pour plaire.
Lorsqu’un sous-marin soviétique disparaît mystérieusement au nord du Groenland, l’état-major décide d’envoyer un nouvel équipage mené par le commandant Limonovà la recherche du submersible. Mais à mesure que la mission s’enfonce dans les eaux hostiles de l’Arctique, l’équipage comprend que la disparition du sous-marin les dépasse…dans ces eaux menaçantes, aucune puissance militaire n’est prête à affronter ce qui sommeille sous l’océan.
Un sous-marin russe disparaît mystérieusement, un équipage part à sa recherche, et surprise, des secousses géologiques ont réveillé le légendaire kraken au fond de l'eau. Le petit truc sympa au début, c'est que le spectateur sait ce qui rôde dans le noir alors que les marins galèrent à comprendre ce qui leur tombe dessus. On suit donc un jeune capitaine de la marine russe envoyé pour élucider le mystère. L'ambiance s'annonce lourde, entre enquête militaire tendue et film de monstre traditionnel. Sauf qu'il y a un énorme éléphant au milieu du couloir, ou plutôt un gros sous-marin patriotique. On va être très clair, le film transpire la propagande d'État à plein nez.
Chaque scène avec les militaires russes semble calibrée pour nous rappeler à quel point ils sont courageux, droits, infaillibles et dévoués à la patrie. Ce chauvinisme omniprésent et ultra-lourd finit par gâcher totalement l'immersion. Au lieu d'avoir peur pour l'équipage face au monstre, on passe son temps à lever les yeux au ciel devant des discours pompeux à la gloire de la marine. C’est dommage, parce qu'en voulant faire un spot de recrutement géant pour l'armée, le réalisateur oublie complètement de faire du cinéma de divertissement. Visuellement, le résultat est franchement mitigé pour un projet qui a coûté la bagatelle de 1,2 milliard de roubles. Pour un tel budget, on s'attendait à en prendre plein les yeux.
Au lieu de ça, pas mal de scènes sous-marines sont plates, sombres et manquent cruellement de relief. Heureusement, tout n'est pas poubelle. Quand les tentacules du kraken sortent enfin de l'ombre, l'animation est plutôt réussie et donne une petite impression de gigantisme sympa. Les décors sauvent aussi un peu la mise. Le réalisateur a tourné une partie des scènes dans un vrai sous-marin, et ça se sent. La promiscuité, les couloirs étroits et la tension de la vie à bord fonctionnent bien. On ressent presque la claustrophobie des personnages égarés au fond de l'océan. Mais le vrai problème du film, c’est son rythme. Ça dure deux heures, et franchement, on s'ennuie ferme pendant de longs morceaux.
On passe beaucoup trop de temps à écouter des officiers débattre de procédures militaires et de tactiques navales au lieu de voir de l'action. Pour un film vendu comme un blockbuster de créature marine, le kraken passe les trois quarts du temps à faire de la figuration. Il apparaît par petites touches, fait bouger l'eau, mais les vraies confrontations directes sont super rares. Même l'attaque de la plateforme pétrolière, qu'on attend comme le grand moment du film, arrive beaucoup trop tard et se termine bien trop vite. Côté scénario, ne cherchez aucune originalité. On est sur les rails classiques du genre sans aucune surprise ni prise de risque.
Le film évite soigneusement de creuser des thèmes un peu actuels comme l'écologie ou la science, préférant rester bloqué sur sa dynamique militaire et ses lignes de dialogue prévisibles. Les personnages manquent cruellement d'épaisseur. Le capitaine, les scientifiques, les seconds rôles, ils font juste avancer l'intrigue sans qu'on s'attache jamais à eux. Les acteurs font ce qu'ils peuvent, mais le script est tellement rigide qu'il n'y a aucune émotion. La construction de l'histoire est tellement linéaire qu'on devine la fin dès la trentième minute. Il n'y a pas de rebondissements, pas de fausses pistes, juste une ligne droite assez monotone. C'est le piège absolu pour un film de monstre, car sans imprévisibilité, la tension retombe comme un soufflé.
On reste spectateur de scènes qui s'enchaînent sans que le trouillomètre ne monte d'un cran. En gros, Kraken – l’œil des abysses rate le coche. Il avait le budget et un bon mythe sous le coude, mais il s'embourbe tout seul dans ses longueurs et sa propagande politique indigeste. Ce n'est pas un désastre total, l'ambiance confinée et le sound design de l'océan valent le détour par moments, mais ça reste tiède. Si vous cherchez un vrai bon film de créature marine qui vous cloue à votre siège, passez votre chemin, celui-ci reste désespérément à la surface. Je suis maintenant curieux de voir Kraken, film du même nom sorti l’an dernier en Norvège qui reprend lui aussi l’histoire de la fameuse créature en situant l’action dans un fjord.
Note : 2/10. En bref, Kraken – l’œil des abysses s'embourbe dans de longues scènes de dialogues militaires et une propagande d'État omniprésente qui ruinent l'immersion. Malgré quelques décors réussis et un budget colossal, ce film de monstre manque cruellement de rythme, de tension et de scènes d'action marquantes.
Sorti le 14 mai 2026 directement en VOD, DVD et Blu-ray
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