Critique Ciné : Murder Report (2026, direct to SVOD)

Critique Ciné : Murder Report (2026, direct to SVOD)

Murder Report // De Young-Jun Cho. Avec Jung Sung-il, Cho Yeo-jeong et Hwang Ji-ah.

 

Si vous aimez les thrillers où tout explose toutes les dix minutes, passez votre chemin. Murder Report, réalisé par Cho Young-jun, joue sur un tout autre terrain. Ici, l’arme principale, c’est la parole. Le film nous plonge dans un face-à-face entre une journaliste qui joue sa carrière et un homme qui prétend avoir tué onze personnes. C’est simple, dépouillé, et c’est précisément ce qui rend la chose aussi nerveuse. L’histoire commence avec Sun-ju. Elle est journaliste, mais elle est surtout au fond du trou professionnellement. Alors, quand un type l’appelle pour lui proposer l'exclusivité sur ses crimes, elle n’hésite pas longtemps. 

 

L'histoire d'un tueur en série, Yeong Hoon, qui a assassiné 11 personnes, offrant une interview spéciale avec Seon Joo, une journaliste chevronnée qui cherche désespérément un scoop.

 

C’est le genre de scoop qui peut vous remettre au sommet ou vous détruire définitivement. Elle accepte donc de le rencontrer dans une chambre d’hôtel. Pour se rassurer, elle ne vient pas seule : son compagnon flic surveille tout depuis l’étage du dessous via des caméras. Sur le papier, elle a le contrôle. Dans la réalité, le piège est déjà en train de se refermer sur elle. Ce qui frappe d'entrée, c'est l'ambiance. On est dans un espace clos, presque étouffant. Le tueur n'est pas le cliché du psychopathe qui hurle ou qui bave. Au contraire, il est d'un calme olympien. C'est un ancien psychiatre qui parle de ses meurtres comme de traitements. Il explique qu'il a simplement aidé des gens à ne plus souffrir. 

 

Cette logique inversée est glaçante parce qu'elle est posée, structurée. On finit presque par se demander s'il n'y croit pas vraiment, et c'est là que le malaise s'installe durablement. Le film bascule vite du côté du duel mental. Sun-ju pense mener l’entretien, mais elle se fait peu à peu démonter pièce par pièce. Le suspect ne se contente pas de répondre, il analyse la journaliste. Il déterre ses failles, son passé trouble lié à un scandale sanitaire et ses difficultés avec sa propre fille. Le chasseur devient la proie, et nous, on observe ce glissement avec une tension qui ne lâche rien. On se surprend à regarder chaque détail du cadre, chaque micro-expression des visages, car dans ce huis clos, le moindre regard pèse une tonne.

 

Côté casting, le duo porte littéralement le film sur ses épaules. L'actrice qui joue Sun-ju parvient à faire passer cette fragilité qui craquelle sous une façade de professionnelle rigide. Face à elle, l'interprète du tueur est magistral de retenue. Il ne force jamais le trait, ce qui rend ses révélations encore plus brutales. On sent que le réalisateur a voulu miser sur l'humain et l'émotion brute plutôt que sur des effets de mise en scène compliqués. Tout n'est pas parfait pour autant. Le film a tendance à vouloir trop en faire sur la fin. À force d'empiler les révélations et les retournements de situation, le scénario s'alourdit un peu. 

 

Certains twists arrivent de manière un peu artificielle, comme si le réalisateur avait peur que le spectateur s'ennuie s'il n'y avait pas un gros choc toutes les quinze minutes. C’est dommage, car la tension psychologique se suffisait largement à elle-même. On peut aussi regretter une certaine prévisibilité sur certains arcs narratifs. Si vous avez l'habitude des polars coréens, vous verrez venir certains coups de théâtre d'assez loin. De même, le rythme très lent du milieu de film pourra en décourager certains. Il faut accepter de se laisser porter par les dialogues, parfois longs, pour vraiment apprécier l'expérience.

 

Malgré ces quelques bémols, Murder Report reste une proposition solide. C'est un film qui nous interroge sur notre propre morale et sur la manière dont on justifie nos actes. Il nous force à regarder en face des vérités qui dérangent, le temps d'une conversation que l'on n'est pas près d'oublier. Si vous cherchez un thriller qui privilégie le cerveau aux muscles, c’est une curiosité qui mérite clairement le coup d’œil. Ce n'est pas le film du siècle, mais c'est une plongée psychologique efficace qui prouve qu'avec deux acteurs et une pièce, on peut encore raconter des histoires puissantes.

 

Note : 6/10. En bref, Murder Report est un huis clos sud-coréen efficace qui délaisse l'action au profit d'un duel psychologique étouffant entre une journaliste à la dérive et un tueur manipulateur. Si le film finit par s'égarer dans un surplus de rebondissements, la tension de ce face-à-face et la justesse des acteurs offrent une plongée captivante dans les zones grises de la morale.

Sorti le 7 mai 2026 directement en VOD

 

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