7 Mai 2026
My Dearest Assassin // De Taweewat Wantha. Avec Thanapob Leeratanakajorn, Pimchanok Luevisadpaibul et Sivakorn Adulsuttikul.
Le cinéma thaïlandais a cette capacité unique de passer de la violence la plus crue à une émotion presque fleur bleue en un clin d’œil. C’est exactement le pari de My Dearest Assassin, un long-métrage qui débarque avec une ambition claire : mélanger le thriller de tueurs à gages et le drame romantique pur jus. Sur le papier, l'intrigue a de quoi accrocher. On y suit une jeune femme dont le sang, d’une rareté absolue, devient l’objet de toutes les convoitises. Forcément, quand on devient une banque de sang sur pattes pour des organisations criminelles, la vie quotidienne devient compliquée.
Traquée pour la rareté de son groupe sanguin, une femme trouve refuge dans les bras d'un assassin impitoyable, dont elle tombe amoureuse. Ensemble, ils luttent pour survivre.
Le réalisateur Taweewat Wantha installe son récit autour de Lhan, jouée par Pimchanok Luevisadpaibul. Elle est la proie, celle qui vit dans une paranoïa constante. L'idée de départ flirte presque avec le fantastique, mais le film reste bien les pieds sur terre, dans un univers de flingues et de contrats à remplir. Rapidement, le scénario s'offre un petit twist : Lhan finit protégée par d’autres assassins. On se retrouve donc dans une dynamique assez paradoxale où ceux qui sont payés pour tuer deviennent les derniers remparts d'une femme traquée. C'est là que le film essaie d'injecter une dose d'humanité en parlant de solitude et de survie.
Le gros bémol, c’est que malgré sa présence permanente à l’écran, Lhan reste un mystère. On voit ce qu’elle subit, on comprend ses galères, mais on a du mal à vibrer avec elle. Le scénario enchaîne les péripéties sans vraiment lui laisser le temps de respirer ou de nous montrer ce qu’elle a dans le ventre, au-delà de son groupe sanguin. C'est dommage, car le film mise beaucoup sur l'empathie du spectateur, mais finit par nous livrer une succession de scènes d'action plutôt qu'un véritable portrait de femme. Pourtant, il y a des moments où la sauce prend. La relation qui se tisse entre Lhan et ses protecteurs, Pran et M, apporte un peu de chaleur au milieu de la grisaille ambiante.
Il y a une tension légère, une amitié qui s'installe dans les rares moments de calme. On aurait aimé que le film s'attarde un peu plus sur ce trio, qu'il les laisse exister simplement en dehors de la survie immédiate. Malheureusement, la narration est souvent trop pressée de passer à la prochaine fusillade. Le film souffre aussi d'une envie de trop en dire. On se retrouve avec une tonne de sous-intrigues : des problèmes de famille, des trahisons internes, des amours contrariées et des méchants qui se tirent dans les pattes. À vouloir tout traiter, My Dearest Assassin finit par diluer son impact. Certaines pistes sont lancées pour être abandonnées dix minutes plus tard, ce qui finit par perdre un peu le spectateur en cours de route.
Heureusement, là où le film ne se loupe pas, c’est sur l’action. Les combats sont d'une efficacité redoutable. On est loin des montages épileptiques où on ne comprend rien à qui tape sur qui. Ici, la caméra reste lisible, les mouvements sont secs et la brutalité est bien réelle. La touche thaïlandaise se ressent dans cette manière très physique de chorégraphier les affrontements, en utilisant le décor de façon intelligente. Le rythme est bien géré, avec des montées de tension qui explosent au bon moment. Côté réalisme, il faut parfois fermer les yeux. On n'échappe pas à certains clichés où les méchants, pourtant présentés comme des pros de la gâchette, ratent leur cible de façon un peu grossière pour laisser une chance aux héros.
Cela casse un peu le sentiment de danger. De plus, le film est un peu trop long. Avec deux bonnes heures au compteur, un montage plus nerveux aurait évité quelques baisses de régime évidentes. Le final laisse aussi un goût étrange. Alors que l'histoire se terminait de manière plutôt cohérente, le film ajoute un épilogue qui n'apporte pas grand-chose, si ce n'est casser l'émotion finale. C'est un peu le syndrome du film qui ne sait pas s'arrêter. Malgré tout, l'ensemble reste un divertissement très correct pour ceux qui aiment le genre. Les acteurs font le job, notamment Pimchanok qui s'en sort bien malgré une écriture parfois limitée.
Note : 5/10. En bref, My Dearest Assassin ne révolutionnera pas le cinéma d'action, mais il propose une proposition honnête, visuellement propre, qui trouvera sans mal son public sur Netflix entre deux blockbusters plus lisses.
Sorti le 7 mai 2026 directement sur Netflix
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