18 Mai 2026
Saint Clare // De Mitzi Peirone. Avec Bella Thorne, Ryan Phillippe et Rebecca De Mornay.
J’attendais un thriller psychologique bien sombre, un truc qui prend aux tripes et qui bouscule. Avec son affiche mystérieuse, ses clins d'œil religieux et son héroïne au regard noir, Saint Clare se vendait comme un portrait de justicière traumatisée, à la frontière du film d’horreur. Sur le papier, j'étais carrément chaud. Une étudiante persuadée d’obéir à une mission divine, des disparitions louches, une ambiance pesante teintée de violence… Ça laissait espérer un film malaisant et piquant, dans la lignée des thrillers modernes qui égratignent la société. Le problème, c’est que le film ne sait jamais sur quel pied danser. Il hésite pendant une heure et demie, et c’est d'ailleurs son plus gros défaut.
Clare Bleecker est une lycéenne de confession catholique qui vit chez ses grands-parents après la mort de ses parents. Elle semble être une adolescente de seize ans typique. Mais ses proches ignorent, et elle fait tout pour les protéger, qu'elle doit affronter une entité maléfique ayant élue domicile dans sa petite ville.
L'histoire tourne autour de Clare, jouée par Bella Thorne. C'est une étudiante bizarre qui se fait remarquer après quelques épisodes plutôt violents. Dès le départ, la réalisation en fait des caisses avec les symboles religieux. Clare se prend carrément pour Jeanne d’Arc, parle comme si elle avait une révélation divine et liquide les hommes dangereux avec une froideur de robot. L’idée de base est super intéressante. Il y avait vraiment de quoi façonner un personnage complexe, bloqué entre ses traumatismes, sa paranoïa et une pure envie de vengeance. Sauf que le scénario part dans tous les sens au lieu de creuser cette piste. Au début, on croit regarder une version féminine de Dexter.
Puis, d'un coup, le film bascule dans une enquête sur des ados disparues. Juste après, on nous colle des histoires de lycée, des amourettes et des scènes qui tentent maladroitement de copier les codes d'un teen movie décalé. Le résultat est un sacré bazar. C’est d’autant plus rageant qu’il y a de bonnes idées là-dessous. Par exemple, les dialogues entre Clare et Bob, une sorte de fantôme lié à son passé, apportent une touche étrange et ironique qui fonctionne bien. Ces moments-là sortaient du lot. Mais le film abandonne cette piste en cours de route, sans qu'on sache trop pourquoi. C'est le grand souci de Saint Clare : on lance des pistes et on les oublie en chemin.
Bella Thorne fait ce qu'elle peut pour porter le long-métrage. Sa prestation a des hauts et des bas, mais elle arrive parfois à rendre Clare attachante malgré son côté glacial. Le vrai souci vient de l'écriture. Son personnage change d'attitude d'une scène à l'autre. Un coup c'est une tueuse flippante, le coup d'après c'est une ado sarcastique tout droit sortie d'une série Netflix pour ados. Du coup, elle ne dégage jamais l'aura dérangeante qu'on nous promettait. Le reste du casting ne rattrape pas le coup. Ryan Phillippe joue un flic totalement transparent, tandis que Rebecca De Mornay en fait des tonnes, à tel point qu'on a l'impression qu'elle s'est trompée de plateau de tournage. C'est Frank Whaley qui s'en sort le mieux.
Son personnage est plus humain, plus vivant. Dommage qu'on ne le voie pas plus à l'écran. Visuellement, c'est le même constat : du bon et du très quelconque. Quelques plans nocturnes avec des jeux de néons fonctionnent assez bien, mais l’ensemble manque cruellement d'identité. Le réalisateur essaie de poser une ambiance oppressante, mais la sauce ne prend pas. Même les scènes de violence, censées secouer le spectateur, tombent complètement à plat. Le montage aggrave les choses. Les transitions sont brutales, certaines scènes coupées net et le rythme est totalement bancal. Le début du film est d'ailleurs particulièrement lourd à digérer. Il faut attendre un bon moment avant que l’intrigue démarre pour de bon.
Et même quand la machine est lancée, on est plus souvent perdu que captivé. Au fond, on sent que le film cherche son identité sans jamais la trouver. Est-ce de l'horreur ? Un thriller psychologique ? Une satire ? Un film pour ados stylisé ? Saint Clare veut tout faire en même temps. Comme le ton change constamment, la tension n'a jamais le temps de grimper. Tout n’est pas à jeter pour autant. Quelques passages bizarres et assumés sauvent les meubles, et on sent une vraie volonté de bousculer un peu les codes du thriller classique. Mais cette ambition est plombée par une réalisation trop timide et un script qui manque de cohérence. On a parfois l'impression que le film force pour devenir culte, sans s'en donner les moyens.
Les symboles religieux, les dialogues mystérieux et les effets de style appuyés cherchent une profondeur que le scénario ne possède pas. À vouloir trop soigner le look, le film sonne faux. Saint Clare se laisse regarder pour une soirée canapé sans attentes particulières, mais je reste sur une impression de gros gâchis. Le concept et l'héroïne avaient du potentiel, mais le projet manque trop de direction pour marquer les esprits. Entre une narration décousue, un rythme aux abonnés absents et des acteurs en roue libre, le film n'arrive jamais à procurer le frisson promis. C’est une expérience parfois intrigante, souvent ratée, et surtout très frustrante.
Note : 3/10. En bref, Saint Clare gâche un concept de départ prometteur et une esthétique soignée en s'éparpillant dans trop de genres différents, du thriller psychologique au teen movie décalé. Faute d'une écriture cohérente et d'un rythme maîtrisé, ce film avec Bella Thorne accumule les pistes oubliées et retombe finalement à plat.
Prochainement en France en SVOD
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