14 Mai 2026
The Decedent // De Andrew Bowser. Avec Zoe Graham, Andrew Bowser et Paul Schwartz.
C’est le genre de film qui sépare direct la salle en deux. D’un côté, on a les mordus de found footage qui sont prêts à tout pardonner dès qu'ils voient un grain d'image un peu sale. De l’autre, il y a ceux qui font une allergie dès que la caméra commence à trembler ou que des faux glitches apparaissent sur l’écran pour simuler un bug technique. Personnellement, j’ai eu du mal à entrer dedans. Le film mise tout sur l’esthétique des images retrouvées, mais il abuse des plans fixes issus de caméras de sécurité. Sur le papier, ça peut aider à l'immersion, mais ici, ça crée surtout une distance.
Une jeune entrepreneuse des pompes funèbres est confrontée à une force surnaturelle alors qu’elle travaille sur le corps d'un tueur en série récemment décédé.
On regarde l'action de loin, de façon un peu froide, et on finit par se sentir plus spectateur que victime de l'ambiance. On ne va pas se raconter d'histoires, l'idée de situer l'intrigue dans une morgue et un funérarium, c'est du pain bénit pour l'horreur. Entre les frigos, les tables d’autopsie et cette lumière blafarde qui donne mauvaise mine à n'importe qui, le cadre est parfait. Visuellement, ça fonctionne, et on sent que le réalisateur a puisé son inspiration chez des références solides comme The Jane Doe Identity (2016). On retrouve aussi un peu de l'ADN du Projet Blair Witch dans cette façon de vouloir faire monter la pression par le vide et les bruits qu'on ne voit pas.
Le décor est là, l'ambiance de base est pesante, mais le scénario met un temps fou à décoller. C'est là que le bât blesse : une bonne ambiance ne suffit pas à tenir un spectateur en haleine s'il ne se passe rien d'intéressant pendant la première moitié du film. Le vrai point noir de The Decedent, c'est son montage. Pendant les quarante premières minutes, on suit les personnages dans des discussions qui n'en finissent plus. On a l'impression que les dialogues servent uniquement à combler les trous plutôt qu'à construire une vraie menace ou à approfondir l'intrigue. J’aime beaucoup les films qui prennent leur temps, ce qu'on appelle le slow burn, mais à condition que chaque minute ajoute une brique à l'édifice du malaise.
Ici, le récit donne l'impression d'être en roue libre, totalement bloqué. Plusieurs scènes auraient mérité un sérieux coup de ciseau pour rendre le tout plus nerveux et moins répétitif. Par moments, j'avais presque l'impression d'écouter un podcast avec une image d'illustration tant les échanges manquaient de punch visuel. Le film utilise tout l’attirail du genre : Go-Pro, caméras de surveillance, angles fixes. Si on aime ça, on appréciera l’effort de cohérence : le film essaie toujours de justifier pourquoi la caméra tourne, ce qui est assez rare pour être souligné. Mais pour les autres, la fatigue arrive vite. Les effets de "glitch" et les coupures d'image systématiques finissent par lasser.
Il y a aussi un petit côté amateur qui ressort par moments. Je ne parle pas forcément de la technique pure, mais de la direction globale. On a parfois l'impression d'être devant un projet d'étudiant très ambitieux, plutôt que devant un long-métrage pro et maîtrisé de A à Z. C’est dommage, car on sent qu'il y a du cœur derrière le projet, mais la réalisation manque de poigne. Côté casting, c'est plutôt correct. Personne ne joue vraiment mal, mais le script ne leur laisse pas beaucoup d'espace pour briller. Les personnages sont surtout là pour servir de pions à l'histoire. Andrew Bowser, qui a aussi mis la main à la pâte pour l'écriture, s'en sort le mieux en apportant une énergie nécessaire.
Le souci, c'est qu'on a du mal à s'attacher à eux. Ils manquent de profondeur, et forcément, quand ils se retrouvent en danger, on ne tremble pas vraiment pour eux. C'est le piège classique de l'horreur indépendante : si on se fiche de ce qui arrive aux héros, la tension s'évapore instantanément. Heureusement, le film se réveille dans son dernier tiers. Quand l'action finit par pointer le bout de son nez et que le fantastique prend le dessus, le rythme s'accélère enfin. Il y a quelques bonnes idées visuelles, notamment grâce à l'utilisation d'effets spéciaux à l'ancienne (les effets pratiques), ce qui change agréablement du tout-numérique qu'on nous sert à toutes les sauces.
Mais ce regain de forme arrive un peu tard. Beaucoup auront déjà décroché ou commencé à regarder leur téléphone. En plus, le final part dans une direction un peu trop slasher et gore gratuit, ce qui jure un peu avec l'ambiance psychologique installée au départ. La conclusion est brutale, mais elle casse la subtilité que le film essayait de maintenir jusque-là. Si vous êtes un inconditionnel du found footage et que vous avez déjà poncé tout ce qui existe sur le sujet, The Decedent vous fera passer un moment honnête. Il y a quelques scènes sympas et une volonté de bien faire qui se sent à l'écran.
Mais si vous cherchez un film qui renouvelle le genre ou qui vous empêchera de dormir, vous risquez d'être déçus. Il manque à ce film une identité forte et surtout un meilleur équilibre entre les moments de calme et les montées d'adrénaline. C'est une expérience qui n'est pas ratée, mais qui reste malheureusement coincée entre une excellente idée de départ et une exécution un peu trop timide.
Note : 4.5/10. En bref, malgré une bonne idée de départ située dans une morgue, The Decedent se perd dans une première moitié interminable et des dialogues qui plombent totalement la tension. C’est un found footage qui ravira les puristes du genre grâce à ses effets pratiques, mais qui manque trop de rythme pour réellement convaincre le grand public.
Prochainement en France en SVOD
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