Critique Ciné : Wild Goat Surf (2026, direct to SVOD)

Critique Ciné : Wild Goat Surf (2026, direct to SVOD)

Wild Goat Surf // De Caitlyn Sponheimer. Avec Shayelin Martin, Leandro Guedes et Dyllon Burnside.

 

Avec Wild Goat Surf, la réalisatrice canadienne Caitlyn Sponheimer se lance dans le grand bain du cinéma indépendant. Pour son premier long-métrage, elle choisit de raconter l'adolescence, le manque affectif et cette drôle de sensation de flottement qu'on ressent tous pendant ces étés interminables où rien ne semble bouger. Sur le papier, l'idée avait carrément de quoi plaire : une gamine passionnée de glisse, une mère complètement dépassée par les événements, un père aux abonnés absents et une ambiance méchamment mélancolique en bord de route. 

 

Été 2003. Goat, une jeune fille de 12 ans, rêve de devenir une surfeuse professionnelle comme son père décédé, même si elle vit à 700 km de l'océan !

 

Le problème, c'est que le film a un mal fou à transformer ses bonnes intentions en une histoire qui tient la route. Malgré quelques moments vraiment suspendus et une atmosphère hyper agréable, l'ensemble reste beaucoup trop léger pour marquer les esprits sur la durée. L'histoire nous plonge dans le quotidien de Rell, que tout le monde appelle Goat. C'est une adolescente qui vit en tête-à-tête avec sa mère depuis que son père a disparu de la circulation. Pour garder un fil invisible avec lui, elle se raccroche de toutes ses forces au surf et au skate. Ces deux passions deviennent sa boussole, mais surtout une façon de fuir un quotidien un peu morne. 

 

Durant la saison estivale, Goat passe ses journées avec son pote Nate. Ça traîne dans les rues, ça rêve d'ailleurs, ça essaie de se construire comme on peut dans un environnement familial et social assez vide sur le plan émotionnel. Caitlyn Sponheimer fait le pari d'une mise en scène très contemplative, presque vaporeuse. Autant le dire tout de suite, il n'y a pas vraiment d'intrigue au sens classique. Le film préfère enchaîner les tranches de vie, les discussions sur un bout de trottoir et les instants volés plutôt que de construire une vraie progression avec de la tension. Ce genre d'approche peut faire des miracles dans le cinéma indépendant, mais ici, l'absence totale d'enjeux finit par peser lourd. 

 

On a rapidement l'impression que le film tourne en boucle autour des mêmes états d'âme, sans jamais accepter de creuser la psychologie des personnages pour de bon. S'il y a bien une chose qu'on ne peut pas enlever au film, c'est son atmosphère visuelle. La photographie est superbe et apporte une chaleur diffuse à pas mal de scènes, surtout quand la caméra filme les sessions de skate ou les virées au bord de l'eau. Les couleurs lumineuses et les décor naturels donnent par moments envie de s'installer dans ce petit monde teinté de nostalgie. La réalisatrice cherche constamment à capter la douceur et la langueur estivales, et ça marche plutôt bien par intermittence. 

 

Certaines séquences chopent un truc très juste sur l'adolescence, cette période charnière où les journées s'étirent et où la moindre discussion prend des proportions énormes. Mais le piège se referme assez vite : le film se repose presque uniquement sur sa jolie jaquette. Passé la première demi-heure plutôt séduisante, le récit n'avance plus du tout. Les scènes se succèdent sans que l'émotion ne monte d'un cran. À vrai dire, pas mal de moments installent un sentiment d'ennui poli plutôt qu'une vraie contemplation poétique. Le parti pris de la tranche de vie montre ses limites flagrantes. Il ne se passe pas grand-chose, au point que plusieurs séquences s'étirent en longueur sans que cela n'apporte quoi que ce soit à la trajectoire de Goat.

 

Pourtant, le personnage de Goat est hyper intéressant au départ. Sa mélancolie, sa solitude et son besoin viscéral de trouver un sens à sa vie posaient des bases solides. Le fantôme du père absent aurait pu, et aurait dû, donner une vraie profondeur dramatique au scénario. Malheureusement, l'écriture préfère rester à la surface des choses. Le film effleure une tonne de sujets super forts comme le deuil, la précarité, la solitude ou la difficulté de grandir, mais il refuse de mettre les mains dans le cambouis pour les traiter à fond. Même le duo mère-fille manque cruellement d'épaisseur. Caitlyn Sponheimer, qui passe aussi devant la caméra pour jouer la mère, met une belle sincérité dans son jeu. 

 

Mais leurs interactions restent trop décousues pour provoquer un vrai choc émotionnel chez le spectateur. Quant au personnage de Nate, il sert surtout de point de repère rassurant pour Goat. Leur complicité donne lieu à quelques scènes très naturelles, mais le film hésite constamment sur la nature de leur lien : est-ce de l'amitié pure, un début de romance ou juste de l'entraide amicale ? Ce flou artistique donne la désagréable impression que les personnages sont là uniquement pour meubler le décor et maintenir l'ambiance, plutôt que pour raconter une trajectoire précise. Le gros point noir de Wild Goat Surf réside dans son rythme somnolent. 

 

Que le film prive son temps n'est pas un souci en soi, c'est même le propre de beaucoup de pépites indépendantes. Sauf qu'à force d'abuser des silences, des plans fixes et des moments creux, le visionnage devient franchement répétitif. Certaines scènes de ménage ou de longues discussions de table manquent de punch et de spontanéité. On sent trop le scénario qui cherche à rallonger la sauce à partir de situations initialement très simples. Sur le plan purement émotionnel, le voyage reste frustrant. On est touché par moments grâce à la fraîcheur des comédiens et à cette mélancolie ambiante, mais ça ne décolle jamais assez pour laisser une trace indélébile. Le dernier tiers du film souffre énormément de ce manque de carburant. 

 

Le récit perd le peu de cap qu'il avait et s'éteint doucement, sans point d'orgue dramatique ni conclusion marquante. On reste sur notre faim. Au final, Wild Goat Surf n'est pas un ratage complet, loin de là. Caitlyn Sponheimer prouve qu'elle a un vrai œil pour filmer la jeunesse et capter des éclats de beauté simple. Mais la sincérité de la démarche ne suffit pas à masquer les grosses lacunes de l'écriture. Le film manque de colonne vertébrale, de tension et de consistance pour tenir en haleine jusqu'au bout. L'ambiance estivale, la très belle lumière et quelques éclats de tendresse sauvent le visionnage de l'ennui total, mais l'histoire reste trop squelettique pour dépasser le statut de petite chronique indé parmi tant d'autres. 

 

Note : 5.5/10. En bref, Wild Goat Surf ressemble finalement plus à un carnet de croquis ou à une collection de souvenirs d'été qu'à un film pleinement abouti. C'est doux, c'est mélancolique, c'est parfois joli, mais c'est surtout très inégal et souvent trop vide pour emporter le morceau.

Prochainement en France en SVOD

 

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