L’Été 36 (Mini-series, épisodes 1 et 2) : une belle carte postale qui manque un peu d'air

L’Été 36 (Mini-series, épisodes 1 et 2) : une belle carte postale qui manque un peu d'air

Sur le papier, les deux premiers épisodes de L’Été 36 avaient de quoi attirer l’attention. Pensez-y : une enquête policière en plein Nice au moment des premiers congés payés, un palace en bord de mer et des destins de femmes qui se croisent sur fond de bouleversements sociaux. La promesse est belle et elle rappelle d'ailleurs pas mal de grandes sagas historiques qui ont fait les beaux jours de la télévision française ces dernières années. Pourtant, après avoir visionné ce lancement, je reste un peu sur ma faim. Le résultat s'avère beaucoup plus mitigé que prévu.

 

Eté 1936, Nice. Effarée, la bourgeoisie en villégiature, habituée à la Côte d’Azur et à ses privilèges raffinés, voit débouler de nouveaux vacanciers, profitant des premiers congés payés. Dans cette effervescence où deux mondes se côtoient sans chercher à se comprendre, quatre femmes de milieux différents vont se retrouver mêlées à un meurtre dans le très chic hôtel Riviera. Un crime qui va bouleverser leur vie de famille, amoureuse et professionnelle.

 

Visuellement, on ne peut pas enlever à la série son sens du détail. Les costumes sont superbes, les bagnoles d'époque ont de la gueule, les décors du Riviera en jettent et les scènes sur la Promenade des Anglais prouvent qu'il y a eu un vrai budget et un gros boulot de reconstitution. À plusieurs reprises, la magie opère et on se laisse embarquer dans cette ambiance estivale et lumineuse des années 30. Le vrai problème ne vient pas du décor, mais plutôt d'une mise en scène qui manque cruellement de légèreté. Dès le départ, on sent que la réalisation veut absolument prouver qu’on regarde une production de prestige. Conséquence directe : la musique est partout, tout le temps. 

 

Elle accompagne le moindre plan et souligne la moindre réplique, souvent de manière très lourde. Résultat, la série ne respire jamais. Même une simple discussion de comptoir ou un échange de regards se retrouve noyé sous une nappe sonore qui fatigue à la longue et casse l’immersion. Quand on regarde les productions britanniques du même genre, on voit bien que le silence reste la meilleure arme pour installer une tension dramatique. Ici, tout est trop balisé, trop guidé, comme si on avait peur que le spectateur s'ennuie. Le rythme pose lui aussi problème. Tout va très vite, parfois beaucoup trop. Les personnages se croisent en coup de vent, les secrets éclatent à peine le décor posé, et l’enquête démarre sur les chapeaux de roues. 

 

Alors oui, c’est efficace, on ne voit pas le temps passer. Mais cette vitesse se fait au détriment de l'épaisseur des personnages et de la subtilité des relations. On nous demande de croire en des liens d'amitié ou des rivalités profondes installés en trois minutes montre en main. Forcement, l’impact émotionnel en prend un coup et on a du mal à vibrer pour eux. L’intrigue policière pure, heureusement, sauve les meubles. Le meurtre du procureur est un point de départ classique mais super efficace pour lancer un Cluedo géant. Tout le monde a quelque chose à cacher, chacun ment pour protéger sa peau, et la série sait y faire pour relancer le suspense en fin de scène.

 

On a envie de savoir qui a fait le coup, c’est indéniable. Mais là encore, l’écriture manque parfois de finesse. De nombreux dialogues sonnent faux parce qu'ils ne servent qu'à expliquer l'histoire ou à guider de force le spectateur vers une piste. Un peu plus de sous-entendus aurait fait un bien fou. Là où le bât blesse vraiment, c’est dans le traitement des luttes des classes. L’Été 36 insiste lourdement sur la fracture entre la grande bourgeoisie des palaces et le monde ouvrier qui découvre la mer. C'est le cœur historique du sujet, donc c’est logique. Mais la méthode manque de nuance. Les ouvriers manquent de relief, ils ressemblent plus à des symboles ambulants qu'à de vraies personnes avec un quotidien et des contradictions. 

 

Ce côté trop direct gâche la portée sociale de l'histoire, qui aurait mérité un traitement plus humain et moins mécanique. Les amateurs d'histoire risquent aussi de grincer des dents devant certains anachronismes. Dans l'écriture, les mentalités et les réactions des personnages semblent parfois très actuelles. Plusieurs répliques utilisent des tournures d'aujourd'hui, loin de ce qu'on pouvait entendre en 1936. Ce genre de petit décalage revient régulièrement et brise l’illusion. On sent une hésitation permanente entre le réalisme historique et une vision hyper idéale, presque touristique, de l'époque. Tout est un peu trop propre. 

 

Ce Nice populaire dont on nous parle tant s’efface trop souvent derrière une esthétique de carte postale ensoleillée. Heureusement, la distribution s’en sort plutôt bien. Constance Gay apporte une belle énergie au personnage de Léonie, même si son rôle est parfois écrit comme celui d’une flic d’une série policière moderne de prime-time. La bonne surprise vient de Nolwenn Leroy, étonnamment sobre et retenue. Son jeu discret fonctionne très bien et fait de son personnage l’un des plus intrigants de ce début de saison, tout simplement parce que la série accepte enfin de laisser planer le mystère autour d'elle sans tout surexpliquer. 

 

Julie de Bona et Sofia Essaïdi portent sur leurs épaules la majeure partie du drame familial et social. Les face-à-face entre elles fonctionnent vraiment, surtout quand les rancœurs personnelles prennent le pas sur le contexte politique. C'est dans ces scènes intimistes, plus simples, que la série touche enfin au but. Les seconds rôles complètent le tableau de façon correcte, même si beaucoup restent de simples silhouettes à ce stade, la faute à cette volonté de multiplier les pistes à toute vitesse. Au fond, ce qui agace le plus avec ces deux épisodes, c'est le potentiel qui saute aux yeux mais reste à moitié exploité. Tous les ingrédients d'une grande saga captivante sont là : une époque charnière passionnante, une enquête qui tient la route et des moyens visuels évidents. 

 

Mais cette fâcheuse manie de vouloir tout surligner empêche de s'immerger pleinement. On se retrouve devant un spectacle de qualité, certes, mais un spectacle un peu figé. Malgré ces défauts, l'ensemble reste assez accrocheur pour donner envie de voir la suite. Le mystère central fait son travail et la production prouve son savoir-faire. On espère juste que les prochains épisodes lèveront un peu le pied sur les effets de mise en scène et prendront enfin le temps de laisser respirer cette histoire. Pour l'instant, c'est une fiction ambitieuse qui se cherche encore, coincée entre le mélodrame populaire, le polar historique et la fresque sociale.

 

Note : 5.5/10. En bref, visuellement superbe et portée par un casting solide, notamment une Nolwenn Leroy étonnamment sobre, L’Été 36 réussit à installer une intrigue policière plutôt efficace. Malheureusement, la série gâche une partie de son potentiel à cause d'une mise en scène trop lourde, d'une musique omniprésente et de caricatures sociales qui manquent cruellement de subtilité.

Disponible sur TF1+

 

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