Rivals (Saison 2, épisodes 1 à 3) : le retour du chaos relationnel et des guerres d'ego à Rutshire

Rivals (Saison 2, épisodes 1 à 3) : le retour du chaos relationnel et des guerres d'ego à Rutshire

La reprise d'une série qui a cartonné sur le fil du rasoir est toujours un exercice délicat. Avec ses intrigues amoureuses excessives, ses trahisons médiatiques et son ambiance purement eighties, la première saison de Rivals avait réussi à s'imposer comme un plaisir coupable particulièrement addictif. Le lancement de cette deuxième saison avec trois nouveaux épisodes confirme que la formule n'a pas perdu de son efficacité. La série maîtrise toujours aussi bien l'art de bousculer ses personnages, même si elle essaie visiblement d'élargir son horizon et d'apporter un peu plus de consistance à son univers.

 

Après une première salve centrée sur l'affrontement direct entre les chaînes Corinium et Venturer, l'histoire prend cette fois le temps d'explorer les retombées intimes des choix de chacun. Ce virage vers l'émotion donne un résultat parfois un peu décousu d'une scène à l'autre, mais le rythme reste suffisamment vivant et piquant pour qu'on ait immédiatement envie de se replonger dans les petits secrets du comté de Rutshire. Le premier épisode efface tout de suite les doutes en reprenant presque instantanément là où les choses s'étaient arrêtées. On retrouve un Tony Baddingham affaibli physiquement par son agression, mais psychologiquement plus redoutable que jamais. 

C'était une nécessité absolue pour maintenir la tension de l'intrigue. Sans cette figure de grand manipulateur, toute la rivalité globale s'effondrerait. L'acteur David Tennant insuffle à Tony ce mélange de maîtrise de soi, de froideur calculatrice et d'ironie mordante qui le rend fascinant à regarder, surtout quand il se comporte de la pire des manières avec son entourage. Pendant que Tony panse ses plaies et prépare sa vengeance, Cameron et Rupert tentent de vivre leur histoire à l'écart du bruit et de la fureur des studios. On comprend pourtant très vite que leur couple tient plus d'une alliance de circonstance que d'un grand amour évident. 

 

Les scénaristes ne cherchent d'ailleurs pas à cacher le lien évident qui s'est tissé auparavant entre Rupert et Taggie. Leurs silences et leurs regards en disent long, rendant évidente une tension que les deux concernés refusent encore de s'avouer. C'est précisément dans cette retenue que la série trouve ses moments les plus justes. Rupert nous est montré tel qu'il est : un homme incapable de gérer ses émotions de manière saine, mais qui commence enfin à réaliser les dégâts qu'il cause autour de lui. En insistant sur ses contradictions, entre son envie sincère de devenir quelqu'un de fiable et ses décisions impulsives qui finissent toujours par blesser ses proches, le récit évite de le transformer en héros romantique parfait. 

C'est ce côté imparfait qui le rend humain. Taggie reste quant à elle l'un des profils les plus attachants du casting de cette série Disney+. On regrette parfois qu'elle soit encore trop définie à travers son lien avec Rupert au cours de ces trois épisodes. Sa présence crève l'écran lorsqu'elle interagit de façon indépendante avec les enfants de Rupert ou avec Sarah. Les quelques scènes de famille rappellent cruellement le manque de considération et la condescendance que ses propres parents affichent encore à son égard, ce qui renforce l'empathie qu'on éprouve pour elle. Le deuxième épisode se distingue par sa structure chorale particulièrement réussie. 

 

Tout s'articule autour d'un dîner organisé par Sarah, qui bascule rapidement dans un vaudeville moderne fait de quiproquos et de règlements de comptes étouffés. La mise en scène utilise parfaitement les entrées et sorties de la cuisine pour faire monter la pression à mesure que les secrets des invités menacent d'éclater au grand jour. Cette dynamique fonctionne avant tout grâce à l'évolution de Sarah. Souvent reléguée au second plan dans les histoires des autres, sa grossesse liée à Tony lui donne enfin un enjeu personnel fort. Il est particulièrement intéressant de voir comment les hommes qui l'entourent tentent immédiatement de reprendre le contrôle de la situation, chacun y allant de son intérêt personnel sans jamais écouter ce qu'elle désire vraiment. 

L'interprétation d'Emily Atack apporte une vraie fragilité au personnage, bousculant agréablement le ton habituel de la série. À côté de cela, le grand jeu des chaises musicales amoureuses continue de tourner à plein régime. Freddie et Lizzie forment sans doute le couple le plus authentique et solide de la bande, malgré les obstacles permanents. À l'opposé, le mariage entre Declan et Maud semble n'exister que par pure habitude. La série creuse ici des failles bien réelles. Declan, totalement dévoré par son travail, ne voit absolument pas la détresse ni les attentes de Maud. C'est une vulnérabilité évidente que Tony repère tout de suite et qu'il compte bien exploiter pour détruire ses adversaires.

 

Le troisième épisode marque un tournant en déplaçant le conflit sur le terrain glissant des médias et de la politique avec le scandale qui éclate autour de Rupert. On plonge alors directement dans l'ambiance impitoyable des années quatre-vingt, une époque où l'image publique devient une arme de destruction massive à l'approche des échéances électorales. Pour Tony, il ne s'agit plus seulement de gagner une guerre d'audience contre Venturer, mais d'anéantir socialement et professionnellement son rival historique. Ce choix scénaristique donne enfin une vraie consistance à la rivalité entre les deux chaînes de télévision. Jusqu'ici, la guerre des canaux servait surtout de toile de fond aux intrigues de couloir et aux affaires de cœur. 

En montrant l'impact concret des campagnes de dénigrement et des manipulations de l'ombre, l'intrigue gagne en épaisseur sans pour autant basculer dans le thriller politique austère. La force de cette reprise est de savoir diversifier ses thèmes tout en restant fidèle à son ADN de feuilleton haut de gamme. Les non-dits, les coups bas et les mauvaises décisions prises pour de mauvaises raisons restent le moteur principal du show. Tout n'est pas irréprochable : le casting étant très vaste, certains personnages comme Cameron ou Declan se retrouvent parfois mis de côté alors qu'ils méritaient plus de temps d'antenne après les événements du début de saison.

 

Ces petits déséquilibres n'enlèvent rien au plaisir coupable du visionnage. Rivals conserve son efficacité redoutable grâce à ses personnages profondément imparfaits et sa capacité à passer en un instant de la comédie romantique au sabotage professionnel pur et simple, le tout enveloppé dans une esthétique d'époque soignée qui évite le piège de la nostalgie facile. Ces trois épisodes posent des bases solides sur la gestion des responsabilités et des apparences, promettant une suite explosive si la série maintient ce savant dosage de cruauté et de légèreté.

 

Note : 7/10. En bref, ces trois premiers épisodes de la saison 2 de Rivals confirment que la série maîtrise toujours à la perfection son cocktail addictif de chaos relationnel, de trahisons et d'ego sur fond d'années 1980. Même si l'élargissement du récit vers des enjeux plus politiques et intimes crée parfois quelques déséquilibres entre les nombreux personnages, l'ensemble reste terriblement efficace, piquant et réjouissant.

Disponible sur Disney+

 

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