Critiques Séries : Spider Noir. Saison 1. Episode 8 (season finale)

Critiques Séries : Spider Noir. Saison 1. Episode 8 (season finale)

Spider Noir // Saison 1. Episode 8. The Man in the Mask.

SEASON FINALE

 

Ça y est, la première saison de Spider-Noir tire sa révérence. Après des semaines à observer la tension grimper entre Ben Reilly, le vieux parrain Silvermane et toute la clique de métahumains qui gravitent dans l’ombre, ce huitième épisode vient poser le point final. Qu'on se le dise tout de suite, ce dernier chapitre ne cherche pas à réinventer la roue ni à dynamiter les codes du genre super-héroïque. La série fait un choix beaucoup plus honnête : elle reste droite dans ses bottes, fidèle jusqu’au bout à cette identité de polar poisseux qu’elle a patiemment construite au fil des semaines. Ici, pas de miracle ni de sauveur irréprochable. 

 

On a affaire à des personnages profondément humains, guidés autant par leurs traumatismes que par ce qu'il leur reste de convictions. Pour ma part, j'ai pris le parti de suivre toute l'aventure dans sa version en noir et blanc, disponible sur Amazon Prime Video. Et franchement, ce final prouve à quel point ce choix visuel était le bon. L'esthétique de cet épisode est un pur régal pour les yeux. Les réalisateurs s’amusent visiblement avec les ombres portées, les contrastes violents et les reflets sur le pavé mouillé. Le point d’orgue visuel reste sans doute cette scène incroyable dans un labyrinthe de miroirs. C’est typiquement le genre de séquence qui semble avoir été pensée exclusivement pour le noir et blanc, offrant un jeu de perspectives assez hypnotisant.

 

Dès les premières minutes, on sent que l'atmosphère est lourde. Silvermane commence à comprendre que son trône vacille. Son autorité s'effrite, ses hommes paniquent, et la menace se rapproche de toutes parts. En parallèle, Cat essaie tant bien que mal de réparer les pots cassés, même si ses motivations profondes restent floues jusqu'au bout. C’est un personnage qui divise pas mal le public depuis le début de la saison, il faut bien l'avouer. Ses choix ont souvent causé plus de problèmes qu'autre chose, et ce final ne va pas franchement réconcilier tout le monde avec elle. D'ailleurs, le triangle relationnel entre Cat, Flint et Ben est probablement le gros point noir de cette fin de saison. 

 

On comprend l’intention des scénaristes, qui voulaient nous montrer des êtres brisés incapables de prendre la bonne décision au bon moment. Mais à l'écran, cela crée une vraie frustration. On passe une bonne partie de l'épisode à se dire qu'une simple discussion franche autour d'une table aurait permis d'éviter la moitié des drames. C’est d'autant plus agaçant que, finalement, tous les protagonistes courent après le même objectif. Heureusement, la série ne s'embourbe pas trop longtemps dans ces amourettes contrariées. Le vrai moteur de Spider-Noir, c'est Ben Reilly, et il sauve largement la mise. On est tellement loin du Spider-Man propre sur lui auquel on est habitués. 

 

Ben est fatigué, cynique, parfois franchement égoïste et en guerre permanente avec sa propre conscience. C’est précisément ce qui fait son sel. Dans ce dernier épisode, ce portrait de anti-héros trouve son équilibre parfait. Il n'est jamais glorifié. Ses échecs passés et ses regrets lui collent à la peau, et cela se ressent dans chacun de ses regards. Ses face-à-face avec Cat sont d'ailleurs d'une justesse folle, débouchant sur l'une des scènes les plus fortes de l'épisode. J'ai vraiment aimé le fait que les scénaristes refusent la carte de la réconciliation facile. Une fin heureuse et mielleuse aurait gâché tout le travail d'ambiance. La conclusion de leur histoire garde un goût amer qui colle parfaitement au genre.

 

Pendant ce temps, l'intrigue globale avance à un rythme soutenu. Le scénario réussit plutôt bien à faire converger tous les fils narratifs vers un seul et même endroit pour le grand final. Cette unité de lieu fait grimper la tension d'un cran. Tout le monde avance ses pions en pensant à ses propres intérêts, ce qui amène plusieurs rebondissements bien sentis sans que le spectateur ne se perde en route. Au milieu de cette noirceur, le personnage de Robbie apporte une véritable bouffée d'oxygène. Il a été la boussole morale de Ben pendant toute la saison, et il ne faiblit pas dans la dernière ligne droite. Sa participation au plan pour piéger Silvermane amène une légèreté bienvenue sans jamais détonner avec l'urgence de la situation. 

 

L'alchimie entre Ben et Robbie fonctionne à merveille et donne aux dialogues une spontanéité très agréable. Le traitement des méchants me laisse en revanche un sentiment un peu plus mitigé. Silvermane a été vendu comme le grand boss de l’histoire, l'ombre qui plane sur la ville depuis le premier jour. Pourtant, sa sortie de piste me laisse un petit goût d'inachevé. Si l'idée fonctionne sur le plan symbolique, sa chute est réglée un peu trop rapidement par rapport à toute l'attente créée autour de lui. À l'inverse, Dirk Leydon apporte un vent de folie très appréciable dans le dernier acte. Son côté complètement imprévisible et survolté apporte un vrai danger immédiat. 

 

Même si la version noir et blanc atténue un peu le rendu visuel de ses pouvoirs, cela renforce le côté expressionniste et théâtral de ses scènes. Enfin, un mot sur l'action. Elle fait le job, mais sans jamais chercher le spectaculaire à tout prix. C'est un choix fort qui traverse toute la saison : Spider-Noir est avant tout l'histoire d'un détective privé au bout du rouleau qui se trouve avoir des super-pouvoirs, et non un film d'action hollywoodien transposé dans les années 30. Ceux qui attendaient une démonstration de force monumentale resteront sûrement sur leur faim, mais pour moi, cette retenue est totalement cohérente avec l'univers.

 

La fin de l'épisode ouvre intelligemment des portes pour l'avenir. Ben retrouve un semblant d'équilibre, Robbie prend un nouveau départ et Janet gagne enfin la place qu'elle mérite. On sent que l'histoire peut continuer, mais cette première saison se suffit à elle-même sans nous laisser sur un cliffhanger frustrant.

 

Note : 8/10. En bref, cet épisode 8 remplit son contrat avec efficacité. Tout n'est pas parfait, et on peut chipoter sur le sort de Silvermane ou sur les hésitations de Cat. Mais la série garde son cap, son humour pince-sans-rire et son regard si particulier sur le mythe de Spider-Man. Quand Ben quitte son bureau dans les dernières secondes, avec cette démarche lourde mais ce regard déterminé, on n'a qu'une envie : le retrouver pour une saison 2.

Disponible sur Amazon Prime Video

Amazon n’a pas encore renouvelé Spider Noir pour une saison 2. Concernant une éventuelle saison 2 de Spider-Noir, Nicolas Cage a confié qu'il ignorait totalement si elle verrait le jour. Il a cependant précisé que, quoi qu'il arrive, toute l'équipe avait atteint ses objectifs avec la première saison et que celle-ci se suffisait à elle-même.

 

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