Critiques Séries : Spider-Noir. Saison 1. Episode 2.

Critiques Séries : Spider-Noir. Saison 1. Episode 2.

Spider-Noir // Saison 1. Episode 2. Tread Lightly.

 

On entre direct dans le vif du sujet. Après un lancement qui posait calmement son ambiance de polar poisseux, l’épisode 2 de Spider-Noir appuie un bon coup sur l’accélérateur. La série ne perd pas de temps et choisit de confronter Ben Reilly à ses vieux démons, ou plutôt à son ancien costume de justicier. C’est un choix couillu qui bouscule la dynamique de l’histoire et qui évite surtout le piège de la nostalgie étirée sur dix épisodes. Le héros remet le masque, et ça change tout. L’histoire reprend pile là où on s’était arrêté. Cat Hardy confie une mission à Ben : retrouver Flint, son garde du corps qui a mystérieusement disparu. 

 

Ce qui ressemble au départ à une simple disparition devient vite le fil conducteur qui relie toutes les pièces du puzzle. Les connexions entre Flint, Addison et Silvermane commencent à se dessiner plus nettement. Pour autant, la série ne crache pas tous ses secrets d’un coup et garde une grosse part d’ombre autour de ces étranges mutations physiques qui touchent certains personnages. Le vrai point fort de cet épisode, c’est cet équilibre constant entre le film noir traditionnel et le fantastique pur. On déambule dans une ville crasseuse, corrompue jusqu’à l’os et tenue d’une main de fer par des barons du crime. 

 

Le décor est ultra réaliste, mais les pouvoirs bizarres de certains protagonistes viennent régulièrement bousculer cette normalité. Le tour de force, c’est que ça ne sonne jamais faux. La mise en scène et la direction artistique globale permettent de faire avaler la pilule sans aucun problème. Comme pour le pilote, j’ai fait le choix de regarder la version en noir et blanc disponible sur Amazon Prime Video. Après deux épisodes, je suis convaincu que c’est la seule et unique manière d’apprécier pleinement l’expérience. Ce format donne une texture incroyable aux images. Les contrastes sont violents, les jeux d’ombres sont magnifiques et la moindre ruelle sombre ou boîte de nuit mal éclairée prend une dimension dramatique folle. 

 

La lumière ne sert pas juste à y voir clair, elle raconte une histoire à part entière. Cet épisode creuse aussi beaucoup plus la tête de Ben Reilly. On sent le mec rincé par la vie, épuisé par son passé, mais poussé par une force invisible à redevenir The Spider. Beaucoup de productions super-héroïques actuelles auraient attendu la fin de la saison pour nous offrir ce money shot. Ici, le retour se fait sans transition inutile, mais sans brûler les étapes pour autant. C’est logique, c’est fluide, ça fonctionne. Surtout que Ben ne reprend pas du service pour la gloire ou par pur altruisme. Il remet le costume pour protéger les rares personnes qui comptent encore pour lui. 

 

Ce point de détail le rend immédiatement plus humain, plus attachant. On n’est pas face à un boy-scout qui veut sauver le monde, mais face à un homme brisé qui fait de son mieux pour éviter que ses proches paient les pots cassés de ses conneries. Sa relation avec Janet prend d’ailleurs une tout autre dimension ici. On ressent une vraie tension, une inquiétude viscérale chez elle alors que les hommes de Silvermane resserrent l’étau autour de Ben. La série a le bon goût de ne pas traiter ses personnages secondaires comme de simples meubles ou des ressorts comiques. Janet subit de plein fouet l'onde de choc de la violence qui entoure Ben, ce qui donne beaucoup de poids à leurs échanges.

 

Visuellement, c'est toujours un sans-faute. Les plans rappellent les grands classiques du cinéma de l'âge d'or hollywoodien, notamment pendant les phases de filature et de planque. Le réalisateur prend le temps de filmer la ville, les décors, de poser une atmosphère avant d'y injecter de l'action. C’est immersif au possible et ça fait un bien fou. Les docks brumeux, les appartements miteux et les clubs de jazz poisseux confèrent une vraie crédibilité à cette version alternative de New York. Même quand les effets spéciaux numériques pointent le bout de leur nez, notamment avec le personnage de Flint, la direction artistique globale permet de garder une belle cohérence visuelle.

 

La grosse surprise vient finalement du traitement de Silvermane. Présenté comme le boss de fin intouchable dans le premier épisode, il montre ici ses premières failles. Face à The Spider, sa toute-puissance en prend un coup, ce qui rebat totalement les cartes pour la suite de la saison. On commence logiquement à se demander qui tire vraiment les ficelles dans l'ombre et si le vrai danger ne vient pas d'ailleurs. Un complot bien plus vaste semble se dessiner derrière ces histoires de mutations et de règlements de comptes. La série distille ses indices avec parcimonie, juste assez pour donner envie de lancer la suite sans jamais nous prendre pour des imbéciles.

 

La fin de l’épisode confirme cette direction très grise moralement. Le retour de The Spider n’a rien d’une victoire héroïque avec une musique triomphante. Au contraire, l'intervention de Ben fout en l'air une grosse opération de police et permet carrément à Silvermane de filer entre les doigts des flics. On est en plein dans les codes du genre : les actions du héros ont des conséquences directes et parfois dramatiques. Ben Reilly agit dans le feu de l'action, fait des erreurs et se retrouve parfois complètement dépassé par les événements.

 

Note : 8/10. En bref, après deux chapitres, Spider-Noir s'impose comme l'histoire d'un détective fatigué qui cherche une forme de rédemption dans une ville pourrie de l'intérieur. Le folklore des comics est bien là, mais il s'efface intelligemment derrière le drame intime et l'enquête policière. Ce deuxième épisode valide totalement la proposition de départ. Le noir et blanc offre une identité visuelle folle et le rythme plus soutenu promet une suite particulièrement intense. On attend de voir jusqu'où cette descente aux enfers va mener Ben Reilly.

Disponible sur Amazon Prime Video

 

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