24 Août 2026
Amor es amor // De Rob Schneider. Avec Rob Schneider, Paulina Dávila et Patricia Maya Schneider.
Voir débouler Rob Schneider aux commandes d’une comédie romantique mexicaine tournée intégralement en espagnol, c’était franchement inattendu. L’ancien compère d’Adam Sandler, habitué aux gags potaches des années 2000, tente ici un virage dépaysant en s’attaquant à l’univers des telenovelas des années 90. Sur le papier, la curiosité pouvait piquer. Dans les faits, le résultat s’avère particulièrement mou et peine à convaincre. Disponible sur Disney+, le film nous embarque dans les coulisses impitoyables du show-business mexicain. On y suit Enrique Juárez, jeune premier vedette incarné par Vadhir Derbez, au sommet de sa popularité.
Enrique Juarez est un acteur mexicain prometteur de la telenovela, sur le point de devenir un acteur de premier plan, qui doit cacher sa vraie personnalité pour devenir célèbre.
Tout va pour le mieux jusqu’au moment où son homosexualité menace de faire surface. Pour le patron du réseau de télévision, pas question de laisser gâcher l’image de son poulain : il faut étouffer l’affaire. C’est là que le studio décide d’inventer de toutes pièces un faux couple entre Enrique et une chanteuse pop très en vue, Sofía. Le postulat sur la fabrique des célébrités et les mensonges médiatiques aurait pu donner lieu à une satire piquante. Malheureusement, le scénario choisit la facilité en empilant les clichés. Pour rajouter une couche de drame, le script affuble Enrique d'un accident opportun qui le rend complètement amnésique. Pratique pour bousculer la dynamique, mais la ficelle est tellement grosse qu’on la voit venir à des kilomètres.
Le héros se retrouve manipulé par son entourage professionnel, incapable de se rappeler sa vraie vie ni l’existence de son véritable compagnon, Marcelo. Franchement, le ressort de l’amnésie pour faire avancer une intrigue romantique en 2026, c’est du réchauffé usé jusqu’à la corde. On comprend bien l’intention : opposer ce que les autres veulent faire de nous et ce que l’on est vraiment. Mais l’exécution reste désespérément superficielle. L'histoire d'amour manque cruellement d'alchimie et le dilemme du personnage principal peine à émouvoir tant tout semble téléphoné. Côté casting, le bilan n'est pas plus brillant. Vadhir Derbez fait ce qu'il peut dans le rôle d'Enrique, naviguant entre l'acteur imbu de sa personne et l'homme déboussolé, mais son jeu reste assez plat.
Paulina Dávila hérite d'un personnage de chanteuse starlet qui manque singulièrement de relief. Quant à Christian Vázquez, censé apporter la caution émotionnelle dans le rôle du petit ami oublié, il hérite d'une partition bien trop terne pour marquer les esprits. Et Rob Schneider dans tout ça ? Devant comme derrière la caméra, l'Américain fait du Rob Schneider. Son interprétation du patron de chaîne hyperactif repose entièrement sur l'exagération, les grimaces et une agitation permanente. Ça fonctionne éventuellement sur deux ou trois répliques, mais sa présence détonne lourdement avec le reste du casting. Cette énergie cartoonesque jure franchement avec les timides tentatives du récit pour aborder la question de l’acceptation de soi et du placard forcé dans les années 90.
Visuellement, le film prend le parti de pousser le curseur du kitsch à fond. Décors de plateaux TV bon marché, costumes colorés, rebondissements tirés par les cheveux, secrets de famille et trahisons théâtrales : tout y est pour rendre hommage au genre. Seulement voilà, caricaturer un genre déjà ridicule au départ demande un vrai sens du second degré. Ici, l’hommage ressemble souvent à de la paresse d’écriture. À force de répéter que c’est une telenovela, le film s’installe dans un confort paresseux et ne propose rien d’autre que des situations prévisibles. Le rythme sauve un peu les meubles, avec un format resserré d’une heure et demie qui évite au moins de trop trouver le temps long. Mais l’enchaînement des scènes manque d’étincelle.
Tout glisse sans jamais accrocher l’attention. Les thèmes de fond, comme la pression sociale et la peur d’assumer son orientation sexuelle dans un milieu conservateur, sont expédiés en deux coups de cuillère à pot pour laisser la place à des quiproquos téléphonés. Au final, la mayonnaise ne prend pas. Amor es Amor n’est pas un cataclysme cinéphilique, c’est juste un produit de streaming sans grande saveur. La prise de risque de Rob Schneider partait peut-être d’une intention sincère, mais la réalisation manque cruellement d’idées et le scénario se contente du strict minimum. On se retrouve devant une comédie romantique tiède, vite vue et aussitôt oubliée.
Note : 4/10. En bref, si vous cherchiez un film marquant ou une vraie bonne comédie décalée sur l’univers de la télévision, vous pouvez repasser. Amor es Amor se laisse regarder d’un œil distrait un soir de flemme, mais il ne laissera absolument aucun souvenir. Un coup pour rien.
Sorti le 21 août 2026 directement sur Disney+
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