Critique Ciné : Cap Farewell (2026)

Critique Ciné : Cap Farewell (2026)

Cap Farewell // De Vanja D'Alcantara. Avec Noée Abita, Pascale Bussières et Olivier Gourmet.

 

Avec Cap Farewell, la réalisatrice Vanja d’Alcantara choisit de poser sa caméra aux côtés d'une femme qui essaie de repartir à zéro après la case prison. Son héroïne, Toni, a 24 ans. Elle a une gamine à récupérer et un passé poisseux collé aux baskets. Entre une mère envahissante, un ex toxique et des embrouilles de contrebande, la moindre tentative pour sortir la tête de l'eau se solde par un retour à la case départ. Le point de départ laissait espérer un film tendu, à la croisée du drame familial et du polar poisseux. Mais malgré de vrais bons points, l'ensemble reste trop en surface. 

 

Toni, une jeune femme de 24 ans, sort de prison et doit retourner vivre chez sa mère Betty. Déterminée à renouer avec sa fille Anna, elle travaille dans la brasserie de son oncle. De nouveau, elle se retrouve impliquée dans les affaires de contrebande de son amour d’enfance, Max, le père d’Anna. Toni devra faire preuve de combativité pour se libérer de cet environnement toxique…

 

Noée Abita donne une sacrée poigne à son personnage, sauf que le scénario oublie de lui donner assez de matière pour pousser au bout cette quête de rédemption. Dès l'ouverture, le décor est planté et la situation sent le roussi. À sa sortie de cellule, Toni atterrit chez sa mère Betty. Son unique objectif : renouer avec Anna, sa fille. Le souci, c'est que pendant qu'elle purgeait sa peine, c'est la grand-mère qui a tout géré. Pour une jeune femme qui essaie de reprendre sa place de mère, le terrain est miné. Mais le vrai problème, c'est que Toni ne peut pas effacer le passé d'un coup de chiffon. Max, le père d’Anna, traîne toujours dans les parages et incarne tout ce qu'elle devrait fuir. 

 

Le revoir, c'est replonger direct dans les combines de contrebande qui l'avaient envoyée à l'ombre. Le film tenait là un vrai moteur dramatique. Toni se retrouve coincée entre le désir d'une vie rangée et le confort trompeur d'un milieu qu'elle connaît par cœur. Malheureusement, ce dilemme tombe rapidement dans des rails un peu trop balisés. C'est sans doute le gros point noir du récit : la relation entre Toni et la petite Anna manque cruellement de chair. Ces retrouvailles auraient dû être le cœur battant du métrage. Reconstruire un lien brisé par des années d'absence, c'était un sujet magnifique qui méritait bien plus de place à l'écran. Pour compliquer le tout, Betty vient jouer les troubles-fêtes. 

 

En s'occupant d'Anna pendant le séjour de sa fille derrière les barreaux, elle est devenue à la fois un pilier et un frein. L'électricité entre ces trois générations de femmes saute aux yeux, mais le scénario ne va jamais gratter là où ça fait mal. C'est dommage, parce que cette dynamique aurait permis d'éclairer les failles de Toni et de donner du poids à ce qu'elle risque de perdre. Au lieu de ça, l'intrigue bifurque sans cesse vers le volet criminel, délaissant ce qui aurait pu nous choper aux tripes. Si le film tient debout, c'est avant tout grâce à Noée Abita. Elle habite Toni avec une hargne et une fragilité brutes. Son personnage n'est pas taillé pour être aimable à tout prix, mais on reste accroché à ses pas grâce à la justesse de son jeu.

 

L'actrice saisit parfaitement cette sensation d'être paumée, d'être une fille qui veut changer sans savoir par quoi commencer. Les réflexes de la rue sont toujours là, mais la comédienne fait passer ce tiraillement interne avec une belle sobriété, sans jamais en faire des tonnes. Autour d'elle, le casting manque parfois d'espace pour exister. Olivier Gourmet hérite d'un rôle un peu terne. Son personnage aurait dû apporter un vrai danger, une menace palpable, mais il reste bloqué dans la figure classique du truand de service. Un gâchis vu le calibre de l'acteur. De son côté, Pascale Bussières s'en sort très bien en mère dépassée et possessive. Elle apporte une belle intensité aux scènes de ménage, même si le texte la restreint un peu trop.

 

Vanja d’Alcantara tente un grand écart entre le drame intime, la chronique sociale et le film noir. L'intention est louable, mais la mayonnaise a du mal à prendre sur la longueur. C'est surtout une question de tempo. Sur presque deux heures, le récit donne l'impression de piétiner au lieu d'accélérer. Là où on attendrait une tension qui grimpe petit à petit, la mise en scène garde un calme plat qui désamorce le suspense. Reste un super travail sur le cadre. Les décors industriels du côté de Dunkerque, la zone portuaire, les docks balayés par le vent marin... L'ambiance visuelle colle parfaitement au spleen de Toni. Cette décorations froids et verrouillés traduisent bien son sentiment d'enfermement. 

 

Mais une jolie photographie ne fait pas un bon thriller, et le scénario aligne des rebondissements trop faciles à deviner. Au fond, le métrage creuse un sillon très balisé : peut-on vraiment solder ses dettes et recommencer à zéro ? L'opposition entre la gamine, qui regarde vers l'avenir, et la grand-mère, engluée dans le présent, offrait un beau miroir. Dommage que ces idées restent à l'état de concepts sans jamais prendre corps. Le film évite au moins de tomber dans le larmoyant, grâce à une réalisation sobre et quelques scènes de face-à-face qui fonctionnent bien. Mais le bilan reste en demi-teinte. 

 

Note : 4/10. En bref, tous les ingrédients étaient réunis pour faire un grand film noir et humain : une sortie de prison, une petite fille à reconquérir, des secrets de famille et le crime qui frappe à la porte. Il manque juste une vraie étincelle pour enflammer le tout. On retiendra surtout la prestation solide de Noée Abita, véritable colonne vertébrale d'un projet qui hésite trop souvent à prendre des risques. Une œuvre propre, mais qui reste malheureusement dans sa zone de confort.

Sorti le 22 juillet 2026 au cinéma

 

Retour à l'accueil

Partager cet article

Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :
À propos
delromainzika

Retrouvez sur mon blog des critiques de cinéma et de séries télé du monde entier tous les jours
Voir le profil de delromainzika sur le portail Overblog

Commenter cet article