Critique Ciné : Fous furieux (2026, Netflix)

Critique Ciné : Fous furieux (2026, Netflix)

Fous furieux // De Salvador Calvo. Avec Carlos Cuevas, Miguel Bernardeau et Miguel Ángel Silvestre.

 

Le cinéma espagnol s’attaque au BASE jump avec Fous furieux, une discipline extrême que le grand public connaît finalement assez mal. Réalisé par Salvador Calvo, le long-métrage navigue entre le sport de l'extrême, la chronique d'amitié et le drame tiré d'histoires vraies. On y suit une bande de gars prêts à risquer leur peau pour gratter quelques secondes de liberté pure en chute libre. L'idée vendait clairement du rêve avec la promesse d'un récit tendu et spectaculaire. Malheureusement, malgré des plans magnifiques, le film peine franchement à trouver son rythme et sa direction.

 

Trois parachutistes sont morts dans des accidents similaires en cinq ans. Salvador Calvo voulait raconter leur histoire à l'unique survivant, Carlos Suárez.

 

Au centre de l'intrigue, on retrouve Carlos Suárez, joué par Carlos Cuevas. Alpiniste de formation, le type s'éprend petit à petit du BASE jump. Pour rappel, la discipline consiste à sauter depuis un point fixe (falaise, pont ou immeuble) avec un simple parachute dorsal. Autant dire que le droit à l'erreur tend vers zéro. Carlos se lance là-dedans épaulé par une bande de passionnés : Darío Barrio, Armando del Rey, Álvaro Bultó et Manolo Chana. Entre eux, le courant passe vite et l'amitié se soude autour de cette quête perpétuelle d'adrénaline. Ils sont tous parfaitement conscients du danger. Ils savent pertinemment que chaque saut peut devenir le tout dernier, mais ils y retournent quand même.

 

C’est précisément sur ce point que le film devenait captivant. Qu'est-ce qui pousse un homme à foncer sciemment vers le danger ? Pourquoi s'entêter quand la mort rode à chaque tentative ? Et surtout, quels dégâts cette addiction provoque-t-elle chez les proches ? Fous furieux pose ces questions sur la table, mais oublie trop souvent d'y répondre en profondeur. C'est l'un des gros paradoxes du projet. Quand on traite un sujet pareil, la tension devrait prendre aux tripes dès les premières minutes. Pourtant, pas mal de scènes de saut paraissent curieusement platoniques. Visuellement, il y a pourtant de très belles choses à sauver. Les décors naturels, les sommets montagneux et les lignes de crêtes apportent une vraie gueule au film. 

 

La caméra colle aux basques des personnages au moment de basculer dans le vide, et l'effet de hauteur comme la sensation de vitesse fonctionnent par moments. Sur le plan purement esthétique, le contrat est à moitié rempli. Le problème, c'est que la beauté des paysages ne suffit pas à créer un vrai suspense. Les séquences de vol filent parfois à toute allure, alors qu'elles devaient constituer le cœur palpitant du long-métrage. Le film donne le sentiment inconfortable de vouloir raconter autre chose sans jamais réussir à rendre la partie sportive palpitante. La mise en scène traîne aussi quelques casseroles. Salvador Calvo hésite continuellement entre le drame romancé et la facture documentaire. 

 

L'insertion régulière d'interviews et de décrochages explicatifs vient constamment couper l'action. Ce choix narrativement hybride aurait pu enrichir le propos, mais il a surtout pour effet d'éjecter le spectateur de l'histoire toutes les vingt minutes. Savoir que le récit s'inspire d' faits réels change forcément la donne. Les personnages s'inspirent directement de pionniers espagnols de la discipline, et certains d'entre eux y ont laissé leur vie. Cette donnée modifie le regard qu'on porte sur le groupe. On commence par observer des mecs hyperactifs qui cherchent le shoot d'adrénaline, puis le poids du réel rattrape l'écran et rend certaines séquences beaucoup plus lourdes à encaisser.

 

Sauf que Fous furieux ne parvient jamais vraiment à transmettre cette charge émotionnelle. Les drames surviennent, la mort s'invite, mais le film reste bizarrement froid et distant. C'est franchement dommage. Il y avait là une matière formidable pour aborder l'accoutumance au danger, le besoin viscéral de liberté et l'impact de ces choix d'existence. Le scénario semble balancer entre la célébration d'un mode de vie extrême et le rappel tragique de ses conséquences, sans jamais trancher ni creuser le sujet. L'écriture pose aussi souci. Les protagonistes masculins existent presque exclusivement à travers leur pratique du saut. Leur personnalité manque de relief et passe constamment après leur équipement de vol.

 

C'est encore pire pour les personnages féminins, relégués à des rôles de faire-valoir. Elles sont là pour soutenir les hommes ou s'inquiéter sur le bord de la piste. Il y avait pourtant un sujet passionnant à traiter : raconter l'histoire à travers les yeux de ceux qui restent en bas, rongés par la peur de ne pas voir revenir l'autre. Cette perspective aurait apporté une vraie réflexion sur la responsabilité morale de prendre de tels risques quand on a une famille. Il serait injuste de jeter le film à la poubelle. L'intention de départ reste intéressante et le BASE jump est un sujet suffisamment rare dans le cinéma de fiction pour susciter la curiosité. Certaines prises de vue valent clairement le coup d'œil.

 

Malheureusement, le résultat manque cruellement d'équilibre. La réalisation manque de tonus, le découpage haché casse l'élan et l'émotion ne prend presque jamais. Fous furieux laisse donc un arrière-goût d'inachevé. Les mordus de sports extrêmes y trouveront peut-être leur compte grâce à la beauté de certaines prises de vue aériennes. Pour le reste du public, le film ressemble surtout à un beau rendez-vous manqué. Une fois le générique lancé, il reste surtout cette question : jusqu'où peut-on pousser une passion avant qu'elle ne nous détruise ? Le film l'effleure, mais oublie malheureusement de la traiter à fond.

 

Note : 4.5/10. En bref, Fous furieux laisse donc un arrière-goût d'inachevé. Les mordus de sports extrêmes y trouveront peut-être leur compte grâce à la beauté de certaines prises de vue aériennes. Pour le reste du public, le film ressemble surtout à un beau rendez-vous manqué. 

Sorti le 28 août 2026 directement sur Netflix

 

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