17 Septembre 2026
Winner // De Susanna Fogel. Avec Emilia Jones, Connie Britton et Zach Galifianakis.
Sur le papier, Winner avait tout pour intriguer. L’histoire vraie de Reality Winner, cette jeune linguiste de l’armée américaine arrêtée après avoir transmis à la presse un document secret sur l'ingérence russe, ressemble au point de départ idéal d’un grand thriller contemporain. Le sujet touche à des thèmes forts : le devoir de réserve, la conscience morale, le patriotisme et le prix à payer pour avoir dit la vérité. Cependant, la réalisatrice Susanna Fogel prend un chemin bien différent. Elle choisit d’ignorer les rouages du drame politique tendu pour se concentrer sur l'humain. Le film cherche à peindre le portrait d’une jeune femme ordinaire jetée dans une tempête extraordinaire.
Après avoir révélé l'ingérence de la Russie dans l'élection présidentielle américaine de 2016, une jeune fille brillante du Texas qui travaille pour la NSA, Reality Winner a été condamné à cinq ans et demi de prison pour avoir divulgué un document gouvernemental.
La démarche aurait pu être pertinente si le film ne souffrait pas d'un cruel manque de rythme et d’une écriture qui peine à rendre son héroïne réellement attachante. Le film s'ouvre pourtant sur la fameuse arrestation par le FBI. Cette scène d'introduction laisse miroiter un récit centré sur le scandale, l'enquête et les lourdes conséquences juridiques liées à l’Espionage Act. La tension monte doucement, la curiosité s'installe. Puis, de manière assez inattendue, le récit opère un violent retour en arrière. Toute la première partie remonte le temps pour explorer la jeunesse de Reality bien avant qu'elle n'envoie ce pli confidentiel.
On découvre ses déboires sentimentaux, son amour passionné pour les animaux, son engagement militaire et ses dynamiques familiales. Susanna Fogel veut absolument nous montrer la personne en dehors des gros titres de presse. L'intention est louable, mais ce choix de mise en scène étouffe progressivement l'enjeu principal. L'affaire d'État, celle qui captive et motive le spectateur à lancer le film, est reléguée au second plan. Pendant une bonne moitié du long-métrage, on attend simplement que le véritable sujet commence. Dans le rôle-titre, Emilia Jones fait de son mieux pour porter le projet sur ses épaules. Elle apporte une vraie sensibilité à cette jeune femme tiraillée entre des idéaux très hauts et la brutalité du monde réel.
Reality n'est pas jouée comme une figure militante héroïque ni comme une simple victime passive. Elle apparaît pétrie de contradictions : elle s'engage dans l'armée pour se rendre utile, mais se heurte très vite à l'absurdité de la bureaucratie militaire. Emilia Jones fait passer ces moments de frustration avec beaucoup de justesse. Malheureusement, la caractérisation du personnage dans le scénario pose un vrai problème de nuance. Reality est souvent dépeinte avec une supériorité morale constante qui peut devenir agaçante. Elle a toujours raison, sait ce qui est bien pour les autres et parade avec des certitudes inébranlables. Le film cherche à susciter une grande empathie pour elle, mais oublie de lui donner les faiblesses nécessaires pour créer un vrai attachement.
Une héroïne qui commet des erreurs par maladresse ou naïveté aurait été tellement plus humaine qu'un personnage façonné pour être admiré. Cette hésitation sur la posture du personnage se retrouve dans le ton global de l'œuvre. Le scénario hésite sans cesse entre le portrait intime, la chronique d'apprentissage et la comédie dramatique légère. Les tentatives d'humour tombent malheureusement presque toutes à côté, créant un décalage étrange avec la gravité de la situation. Bien qu'il ne dure que cent trois minutes, le film paraît souvent longuet. Cela vient d'une gestion bien curieuse de la narration. Plusieurs étapes charnières de la vie de Reality sont balayées en deux plans, alors que des scènes du quotidien sans grand intérêt s'éternisent.
Certaines ellipses laissent pantois : une histoire d'amour importante démarre sans qu'on comprenne le rapprochement des personnages, et sa fin de carrière militaire est expédiée sans ménagement. À force de vouloir tout aborder par petits morceaux, la mise en scène survol le sujet et manque de profondeur. Il est difficile de ne pas comparer ce long-métrage à Reality, le film réalisé par Tina Satter sorti en 2023. Avec Sydney Sweeney dans le rôle principal, ce drame en huis clos reprenait au mot près le véritable enregistrement audio de l'interrogatoire du FBI. Le résultat était étouffant, glacial et d'une précision remarquable. Face à cette proposition brutale et mémorable, l'approche très académique de Susanna Fogel paraît fade.
Winner n'est pas un navet pour autant. Les comédiens restent investis, la facture technique est propre et l'idée de raconter l'humain derrière le scandale partait d'un bon sentiment. Mais le film ne trouve jamais sa propre identité visuelle ou narrative. Il oscille sans cesse entre différents genres sans jamais en maîtriser un seul. Au bout du compte, on ressort de la séance avec une pointe de frustration.
Note : 4/10. En bref, l’histoire de Reality Winner offrait suffisamment de matière pour signer une œuvre mordante, drôle ou profondément touchante. Au lieu de cela, on se retrouve face à un biopic trop poli qui réduit un destin hors du commun à une série d'anecdotes personnelles un peu plates. La performance d'Emilia Jones mérite le détour, mais le script ne se hisse jamais à la hauteur de son sujet.
Sorti le 11 septembre 2026 directement en VOD
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