Critique Ciné : Vaiana, la légende du bout du monde (2026)

Critique Ciné : Vaiana, la légende du bout du monde (2026)

Vaiana, la légende du bout du monde // De Thomas Kail. Avec Catherine Laga'aia, Dwayne Johnson et Rena Owen.

 

Il fallait vraiment que je sois motivé pour revoir Vaiana, la légende du bout du monde et encaisser ces deux heures de film. Le problème ne vient pas de l’histoire elle-même. Le film d’animation de 2016 marche encore très bien aujourd'hui. Mon souci principal, c’est cette sensation continue de revoir trait pour trait le même long-métrage, mais cette fois avec des acteurs en chair et en os au milieu d'un déluge d’effets visuels. Pour ce projet en prises de vues réelles, Disney reprend la trame originale. On suit Vaiana, une jeune fille qui quitte son île pour fendre l'océan, sauver les siens et faire équipe avec le demi-dieu Maui. 

 

Répondant à l’appel de l’océan, Vaiana s’aventure pour la première fois par-delà le récif de son île de Motunui. Accompagnée du célèbre demi-dieu Maui, elle embarque pour un voyage inoubliable destiné à permettre à son peuple de retrouver sa prospérité…

 

L’intrigue reste identique, les musiques répondent présent, tout comme les personnages et les passages clés. Pourtant, dix ans après la version animée, ce chantier en live-action fait surtout penser à une production lancée uniquement parce que le studio en avait la capacité technique et financière. Pendant la projection, une question a fini par me hanter : quel est le but réel de cette relecture ? Le premier problème me paraît difficile à contourner : le film ne tente quasiment jamais d'apporter du neuf. Le scénario déroule le même schéma, conserve les mêmes étapes et garde les mêmes chansons. Les scènes cherchent davantage à singer le dessin animé qu'à trouver un vrai langage cinématographique.

 

Certes, cette fidélité absolue rassure le public. Personne ne se perd en chemin et on ne risque pas d'être dérouté par une version alternative. Mais pour un remake de cette ampleur, un tel manque d'audace devient vite frustrant. Passer au format réel permettait d'apporter un éclairage différent sur la légende, d'étoffer des éléments plus secondaires ou de repenser certaines séquences. La liberté de création semble ici réduite à son strict minimum. On se retrouve avec une simple décalcomanie plutôt qu'une refonte inspirée. Dans le rôle-titre, Catherine Laga'aia s'efforce de bien faire avec une héroïne dont le parcours est déjà gravé dans le marbre. Mon bémol ne vient pas directement de sa prestation, mais plutôt de la manière dont la réalisation l'encadre. 

 

Vaiana doit être le pilier de ce récit. Or, dès que Maui entre en scène, le projecteur bascule immédiatement sur lui. La comédienne manque parfois d’atouts pour rivaliser avec la carrure et la gouaille de son partenaire. Sans être mauvaise, elle n'a pas assez d'espace ni de matière pour imprimer sa propre marque sur le personnage. Le parallèle avec la version animée joue constamment contre elle. Il faut aborder le cas de Dwayne Johnson. L'acteur retrouve un costume sur mesure : vaniteux, bavard, taquin et accro à sa propre notoriété. Son jeu repose sur son dynamisme habituel et son sens du rythme. Plusieurs moments passent plutôt bien grâce à lui, même si la transition vers le réel crée parfois un décalage étrange. 

 

La perruque imposante qu'il arbore arrache d'ailleurs un sourire dès ses premières apparitions. Maui s'impose sans mal comme l'atout divertissant de la séance. Néanmoins, ce déséquilibre pose souci : plus il vampirise l'écran, plus Vaiana s'efface. C'est dommage pour un récit censé raconter l'émancipation d'une jeune femme. L'enjeu majeur de ce type d'adaptation réside dans les effets spéciaux. Le résultat offre de jolies choses, notamment sur le rendu de l'eau ou la modélisation de certaines créatures. Les panoramas et les environnements proposent par moments de belles images. Malheureusement, le tableau n'est pas irréprochable. Certaines scènes trahissent trop l'utilisation de fonds verts. 

 

Les créatures synthétiques perdent leur charme et plusieurs effets manquent d'intégration au point de casser l'immersion. C'est regrettable, car l'animation offrait une fluidité visuelle totale où décors, humains et magie partageaient le même langage graphique. Ici, l'assemblage entre comédiens réels et incrustations numériques manque cruellement d'harmonie. S'il y a un domaine où la casse est limitée, ce sont les morceaux musicaux. Les titres emblématiques du film original sont au rendez-vous. Même si l'interprétation perd un peu de son naturel en prises de vues réelles, réentendre ces thèmes apporte une touche d'enthousiasme. Seul regret : la production ne propose aucune relecture orchestrale ou vocale stimulante.

 

Les titres s'enchaînent sagement là où on les attend, calqués sur la feuille de route de 2016. L'écoute reste agréable, mais accentue ce sentiment d'exécuter un cahier des charges. Voilà la question centrale. Le film d'origine est récent. Ce n'est pas un classique oublié du siècle dernier qu'il fallait faire redécouvrir à la jeune génération. Il reste très populaire et tourne en boucle sur les écrans. Pourquoi refaire la même chose si tôt ? Un remake gagne en intérêt quand il transforme une œuvre, modernise des enjeux ou modifie un point de vue. Remplacer des dessins par des comédiens et du fond vert ne suffit pas à créer un grand film. Ce Vaiana en live-action n'est pas une catastrophe industrielle. 

 

Les musiques fonctionnent, certains décors flattent la vue et Dwayne Johnson fait le travail. Mais le projet se heurte à une limite majeure : il n'amène rien de neuf. Tout est identique ou presque, sans retrouver la poésie du format animé. J'ai passé une grande partie de la séance à attendre un sursaut, un choix fort ou un parti pris audacieux qui n'est jamais venu. Les enfants qui ne connaissent pas l'original s'y retrouveront sans problème. Pour les autres, la démarche manque cruellement d'intérêt et donne juste envie de relancer le chef-d'œuvre de 2016.

 

Note : 5/10. En bref, ce Vaiana en live-action n'est pas une catastrophe industrielle. Les musiques fonctionnent, certains décors flattent la vue et Dwayne Johnson fait le travail. Mais le projet se heurte à une limite majeure : il n'amène rien de neuf. Tout est identique ou presque, sans retrouver la poésie du format animé.

Sorti le 8 juillet 2026 au cinéma

 

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