American Horror Story (Saison 13, épisodes 1 à 3) : la nostalgie suffit-elle ?

American Horror Story (Saison 13, épisodes 1 à 3) : la nostalgie suffit-elle ?

American Horror Story garde un pouvoir assez fascinant. Malgré des hauts et des bas au fil des ans, la série continue d'attirer l'attention dès qu'un nouveau chapitre pointe le bout de son nez. Une ambiance sombre se met en place, quelques têtes connues réapparaissent, et la curiosité prend le dessus. Pour cette treizième saison, la promesse était encore plus belle : rassembler plusieurs visages marquants qui ont fait la gloire des débuts. Le souci, c'est qu'après trois épisodes, le projet montre déjà ses limites. La série donne l'impression de regarder constamment dans le rétroviseur au lieu d'avancer et de développer sa propre intrigue.

 

L'idée de départ n'était pourtant pas mauvaise. On suit Ben DeSoto, joué par Joey Pollari, un type tétanisé par la peur du chiffre 13. Quand son vol tourne à la catastrophe, le crash pose les bases d'un récit qui aurait pu être tendu et oppressant. Sauf que le scénario choisit très vite de s'éparpiller, en multipliant les angles, les intervenants et les clins d'œil appuyés au passé de la franchise. Le résultat laisse une impression mitigée. Beaucoup d'éléments défilent à l'écran, mais il est encore difficile de s'accrocher vraiment à ce qu'on nous raconte. Le grand événement de ce début de saison, c'est évidemment le retour de Jessica Lange. 

 

Revoir Constance Langdon après toutes ces années d'absence fait franchement plaisir, surtout quand on a aimé les débuts de la saga. Sur ce terrain-là, la magie opère toujours. L'actrice retrouve ses marques sans aucun effort. Sa manière d'incarner Constance, oscillant entre autorité naturelle, excentricité et menace sourde, fonctionne à merveille. Elle impose une présence immédiate, là où beaucoup de nouveaux personnages peinent encore à exister. Seulement voilà : la série semble persuadée qu'inviter une figure historique suffit à rendre une scène percutante. La franchise a toujours aimé lier ses intrigues. Murder House, Coven, Hotel, Freak Show ou Apocalypse ont fini par former un univers connecté assez vaste. 

 

Sauf que jusqu'ici, les meilleurs rapprochements servaient la narration. Dans ces premiers épisodes, certaines arrivées ressemblent davantage à un simple signe de la main adressé au public. Revoir ces figures fait sourire sur le moment, mais une fois la surprise passée, la question se pose rapidement : que viennent-elles faire là exactement ? Le problème touche particulièrement plusieurs rôles secondaires dont la présence n'apporte, pour l'instant, aucune vraie valeur ajoutée au récit. Mettre Ben au centre de l'attention n'était pas une mauvaise intuition. Une nouvelle année demande du sang neuf, et Joey Pollari apporte une fraîcheur bienvenue au milieu des visages habituels.

 

Pourtant, le personnage a du mal à s'imposer. Son parcours s'ouvre sur sa phobie, puis le crash le projette dans une situation totalement différente. Il se retrouve ensuite pris dans le sillage du mystérieux Mr. Nas, entouré de figures bien plus imposantes que lui. Très vite, Ben donne l'impression de subir les événements plutôt que d'être le véritable moteur de l'histoire. Joey Pollari ne démérite pas, mais le scénario ne lui donne pas grand-chose à se mettre sous la dent pour défendre son rôle. Ses réactions manquent souvent de relief. Après avoir réchappé à un accident d'avion et traversé des situations dérangeantes, on aimerait sentir davantage d'angoisse, de désorientation ou d'incompréhension chez lui. 

 

Pour le moment, ses passages ont tendance à couper l'élan du récit. C'est dommage, car il aurait pu être le guide parfait pour nous faire découvrir ce nouveau mystère. S'il y a un point fort à retenir de ce démarrage, c'est bien Jessica Lange. Elle réussit à donner de l'intérêt à des scènes qui manquaient cruellement d'enjeu sur le papier. Ses échanges avec les autres, son ton et l'aura d'ombre qui l'entoure apportent enfin un peu de consistance. Le troisième épisode s'avère d'ailleurs bien plus efficace dès qu'il prend le temps de se focaliser sur elle. Cela confirme une chose : la série offre le meilleur d'elle-même lorsqu'elle prend le temps de construire ses personnages au lieu de cumuler les caméos. 

 

Constance n'a pas besoin d'une foule autour d'elle pour occuper l'écran. Quelques lignes bien envoyées et un cadre étrange suffisent largement. C'est exactement ce qui faisait défaut aux deux premiers épisodes. Cette saison 13 cherche visiblement à rendre hommage à tout l'héritage de la série. Les visages venus d'anciens chapitres se croisent, des silhouettes familières réapparaissent et les clins d'œil s'enchaînent. L'intention est compréhensible. Après plus d'une dizaine d'années à l'antenne, prendre du recul et saluer le parcours accompli est un droit légitime. Mais encore faut-il que ces retrouvailles gardent un sens pour celui qui regarde.

 

Actuellement, les liens entre les différents protagonistes restent très flous. Le retour de figures comme Kai Anderson ou Winter ressemble plus à un rassemblement nostalgique qu'à une vraie nécessité scénaristique. L'effet de surprise dure deux minutes, puis s'efface derrière une question simple : quel est le rapport avec l'intrigue du crash et de Ben ? La comparaison avec Apocalypse vient naturellement à l'esprit. Cette saison-là s'appuyait elle aussi énormément sur les références passées, mais les connexions finissaient par enrichir le récit. Ici, ces rappels semblent parfois intégrés juste pour faire réagir le spectateur. On reconnaît le visage, on apprécie l'attention, et on attend la suite. 

 

Le problème, c'est que l'explication se fait attendre. Sur le plan technique, la franchise conserve une identité visuelle marquée. Les cadres décalés, les mouvements de caméra appuyés, les éclairages très travaillés et cette atmosphère lourde sont bel et bien là. La réalisation tente régulièrement d'installer une sensation d'inconfort, et cela fonctionne encore par moments. Le générique reste d'ailleurs fidèle à ses habitudes : sombre, dérangeant et efficace. Mais la mise en scène montre aussi ses limites. Certains effets paraissent téléphonés. La bande-son en fait parfois trop pour souligner la tension, comme si l'ensemble doutait de sa capacité à faire peur naturellement. 

 

Les débuts de la saga parvenaient à créer un véritable malaise avec des moyens bien plus sobres. Impossible d'imaginer une saison sans son lot d'hémoglobine. Cette nouvelle livraison respecte la tradition, avec des séquences brutales pensées pour provoquer une réaction immédiate, notamment autour de la figure de Twisty. Sauf que le gore n'a d'impact que s'il s'appuie sur une vraie menace. Un passage violent peut être très bien exécuté, si l'on ne craint rien pour les personnages impliqués, cela devient une simple démonstration technique. C'est malheureusement le sentiment qui prédomine dans plusieurs scènes de ces trois premiers épisodes. L'image est là, mais l'émotion ne suit pas encore.

 

La gestion du temps surprend également. Malgré une durée globale plutôt courte, certains passages semblent s'étirer sans raison. Des séquences qui auraient mérité d'être resserrées viennent freiner la dynamique, pendant que des éléments clés sont parfois tirés au clair trop vite. Le deuxième épisode illustre bien cette hésitation. La progression s'arrête net par moments, sans que cela ne permette pour autant d'approfondir la psychologie des protagonistes. Après trois chapitres, le tempo reste bancal. Il ne s'agit pas d'aller à toute vitesse (la série a toujours aimé installer son décor lentement) mais d'utiliser ce temps à bon escient. Il serait injuste de condamner cette saison dès maintenant. 

 

Il reste suffisamment de zones d'ombre pour éveiller l'attention, et la suite peut encore réserver de bonnes surprises. La production choisit visiblement de brouiller les cartes et de poser plein de questions avant de l'éclairer plus tard. Mais cette méthode comporte un risque évident. À trop miser sur les figures du passé et les clins d'œil, le récit peut finir par s'oublier lui-même. C'est là que réside ma principale réserve. Le plaisir de revoir des visages indissociables des plus belles années de la saga est réel. Mais la nostalgie ne suffit pas à porter une saison entière. Les premiers chapitres s'appuyaient sur des bases simples : un mystère fort, des enjeux clairs et des personnages dont on partageait le sort. 

 

Note : 5.5/10. En bref, pour l'instant, cette saison 13 a le mystère, mais cherche encore le reste. La série nous a déjà prouvé par le passé qu'elle pouvait se redresser après un démarrage hésitant. La suite mérite donc qu'on lui laisse une chance. Il faut simplement espérer qu'au-delà des retrouvailles, les prochains épisodes nous proposent enfin une histoire solide à raconter.

Disponible sur Disney+

 

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