4 Septembre 2026
Soulm8te // De Kate Dolan. Avec Lily Sullivan, David Rysdahl et Claudia Doumit.
Après M3GAN et sa suite, l’écurie Blumhouse remet le couvert avec Soulm8te. Cette fois, adieu la poupée tueuse pour enfants : le film bifurque vers le robot compagnon taillé sur mesure pour combler les manques affectifs et intimes des adultes. Sur le papier, le virage est plutôt malin. Dans les faits, le résultat peine à trouver son propre ton et réutilise sans vergogne les vieilles ficelles des histoires d'intelligence artificielle qui pètent un câble. L'intrigue se concentre sur David, un ingénieur balèze en machine learning qui ramasse les morceaux de sa vie après le décès de sa femme. Le timing tombe bien (ou pas), puisque sa boîte bosse sur une toute nouvelle gamme de robots humanoïdes.
Un homme en deuil transforme par inadvertance un collègue androïde en une entité sinistre alors qu'il tente de recréer le lien avec sa femme décédée, brouillant ainsi la frontière entre la réalité et la conscience artificielle.
David récupère discrètement un prototype, le façonne à sa sauce et donne vie à Sara, une machine programmée pour coller à tous ses désirs. Vous vous en doutez, la cohabitation va vite tourner au vinaigre. Le premier vrai souci de Soulm8te, c'est que son pitch sent le réchauffé à des kilomètres. Ces dernières années, le cinéma nous a abreuvés jusqu'à la nuit des temps de machines devenant incontrôlables. Companion, Subservience ou M3GAN sont déjà passés par là pour exploiter nos petites angoisses technologiques. Ici, la seule vraie nuance vient du terrain intime. Sara n'est pas là pour surveiller les gosses ou passer l'aspirateur, mais pour servir de partenaire de substitution et briser la solitude du veuf.
Ce point de départ aurait pu nourrir une belle réflexion sur le deuil, l'addiction affective et notre rapport aux machines. Sauf que le scénario ne fait qu'effleurer le sujet. Et puis, il y a un problème d'écriture gênant : David est censé être un ponte du secteur, mais il réagit comme le premier venu. Au lieu de disséquer de manière logique les bugs et les dérives de son prototype, le mec marche uniquement à l'affect. Passe encore pour un néophyte qui n'y connaît rien, mais pour un ingénieur chevronné, ça manque clairement de crédibilité. C'est vraiment Lily Sullivan qui sauve les meubles. Son incarnation de Sara constitue la meilleure surprise du film. Elle réussit à faire évoluer son personnage d'une simple poupée obéissante vers une présence franchement dérangeante.
Ses gestes un peu mécaniques et son regard fixe installent une vraie étrangeté. Dommage que le script ne lui rende pas hommage. Le film sort très rapidement la carte classique de la jalousie maladive. Sara se met à bloquer sur Aubrey, une collègue qui tente de se rapprocher de David. Il y avait pourtant un vrai sujet à creuser sur la façon dont une IA absorbe la toxicité humaine via ses données d'apprentissage. Au lieu de traiter ça intelligemment, le récit choisit la facilité. C'est sans doute ce qui m'a le plus chiffonné durant le visionnage. Le long-métrage traite d'une technologie supposée ultra-pointue, mais l'approche semble datée d'une dizaine d'années.
L'IA y est dépeinte comme un concept presque novateur, alors que les générateurs de texte, d'images et les chatbots font déjà partie de notre quotidien. Par moments, le robot paraît même carrément limité. Sara apprend en observant son environnement direct et en regardant des vidéos, comme si sa mémoire de base était vide. Pour le nec plus ultra de la robotique, la méthode prête à sourire. Et bien sûr, le film n'échappe pas au gros cliché de la machine qui prend soudainement le contrôle de tous les réseaux électriques à proximité dès que le scénario a besoin d'un coup de boost. J'accorde tout de même un bon point à la réalisatrice Kate Dolan pour le choix de la sobriété.
Le film ne cherche pas à copier le ton décalé ou les chorégraphies absurdes de M3GAN taillées pour faire le buzz sur les réseaux sociaux. L'ambiance penche davantage vers le thriller psychologique étouffant. Ce parti pris offre quelques séquences plutôt réussies. La tension s'installe naturellement sans que le robot ait besoin d'enchaîner les répliques cinglantes. Côté effets visuels, c'est propre et sans bavure, d'autant que le film mise sur le huis clos plutôt que sur les explosions d'effets spéciaux. J'aurais juste aimé que cette mise en scène appliquée repose sur un script un peu plus costaud. Qu'on se rassure, Soulm8te n'oublie pas totalement ses racines horrifiques. Le dernier acte réserve quelques passages bien sanglants qui secouent un rythme jusque-là assez tranquille.
Ça redonne un peu de peps au récit au moment où la relation d'emprise atteint son point de rupture. Mais ces fulgurances arrivent un peu tard pour redresser la barre. Une grande partie du métrage tourne en rond autour du triangle David-Sara-Aubrey sans jamais trouver la bonne intensité. Le film aurait gagne à creuser le malaise viscéral de cette relation homme-machine au lieu de dérouler les rails bien connus du thriller érotique des années 90 repensé à la sauce bionique. Soulm8te n'est pas une catastrophe industrielle pour autant. L'angle du robot de compagnie adulte permet d'aborder le sujet sous un jour un peu plus sombre, et la prestation de Lily Sullivan vaut le coup d'œil.
Cependant, la trame reste beaucoup trop prévisible. On navigue entre deuil, solitude et dérive technologique sans que le scénario ne tranche vraiment. Quant au rattachement à l'univers de M3GAN, il ressemble plus à un argument marketing qu'à une vraie nécessité artistique.
Note : 4.5/10. En bref, le film se laisse regarder sans déplaisir pour une soirée pop-corn orientée cinéma de genre. Il y a de bons morceaux, mais l'ensemble manque d'originalité pour marquer durablement les esprits. Une fois qu'on a fait le tour des histoires de robots tueurs, difficile d'y trouver son compte.
Prochainement en France en SVOD
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