American Horror Story (Saison 13, épisodes 4 à 6) : la saison commence enfin à déballer son sac

American Horror Story (Saison 13, épisodes 4 à 6) : la saison commence enfin à déballer son sac

Après un démarrage franchement laborieux où je cherchais encore ce que Murphy et Falchuk voulaient nous raconter, la saison 13 d'American Horror Story embraye avec une deuxième volée de trois épisodes. Ça bouge un peu, le mystère s'épaissit, les appels du pied aux anciennes saisons s'enchaînent sans vergogne et Jessica Lange continue de porter la barque presque à elle seule. Je ne vais pas vous sortir que tout est devenu fluide par magie après ces six chapitres. AHS garde cette fichue habitude d'équilibrer dix assiettes en même temps au-dessus du vide avant de penser à ramasser les morceaux. 

 

Mais cette fois, le projet de Constance s'éclaircit, le rôle du fameux Mr. Nas prend de l'épaisseur et on capte mieux les merdiers surnaturels qui collent aux basques de Ben. Seul souci, c'est la régularité. On passe d'un épisode 4 qui crache enfin le morceau à un épisode 5 en roue libre totale, pour finir sur un épisode 6 plein à craquer de cameos. Ce milieu de saison navigue à vue. Le quatrième épisode reste le plus solide du lot pour une raison simple : il arrête de tourner autour du pot. On remet Constance Langdon au centre du terrain. Enfin, on pige où elle veut en venir. On dépasse la simple visite de courtoisie nostalgique pour raccrocher son histoire à un plan plus vaste. 

 

Ça redonne de la gueule à tout ce qu'on s'est tapé avant. Et puis bon, Jessica Lange face caméra, c'est toujours la garantie de ne pas perdre complètement son temps. Le clin d'œil à Elsa Mars fait son petit effet pour ceux qui ont poncé Freak Show. La série adore recaser ses acteurs dans leurs anciens rôles au sein de la même timeline, quitte à frôler le grotesque assumé. On a droit au traditionnel numéro musical calibré, pur pur jus de la saison 4. C'est sympa deux minutes, mais je me pose la question : jusqu'où ils vont tirer sur la corde des références ? À force d'aligner les revenants, les histoires du passé et les nouveaux visages des anciens acteurs, American Horror Story se transforme en foire à la nostalgie. 

 

Le pire, c'est que plusieurs pièces du puzzle font de la figuration pure et simple. On nous vend le retour de figures clés pour les faire cligner des yeux trois secondes avant de les jeter au compost. Sortir des cartes fan service, d'accord, mais il faut que ça serve le récit, sinon c'est juste de l'affichage. Le gros point noir, c'est le rythme. Le format court étouffe complètement les enjeux. Les scénaristes condensent des tunnels d'explications dans trois répliques balancées à la hâte, sans laisser aux personnages le temps de poser leurs valises. Le récit court après le temps, ce qui est comique quand on se rappelle la lenteur creuse des premiers épisodes. L'épisode 4 avait besoin d'air pour rendre ses révélations poignantes. 

 

Là, tout glisse sans vraiment impacter. Et puis, parlons deux secondes de la technique. Les effets visuels tirent la tronche. Toute la séquence censée nous faire flipper avec la vision de l'enfer tombe à plat tellement ça fait cheap et incrustation hâtive. Pour une franchise qui nous a habitués à une direction artistique léchée, ça fait mal aux yeux. Arrive le cinquième chapitre, et là, c'est la douche froide. Le rythme s'effondre sans sommer. L'épisode décide de se focaliser quasi intégralement sur Ben et la fille qui a survécu au crash. Sur le papier, approfondir le bonhomme n'était pas une mauvaise idée après un début de saison où il faisait de la tapisserie. Mais à l'écran, c'est un calvaire.

 

Les deux déballent leurs traumatismes, discutent de l'ex de Ben, se rapprochent, puis passent à l'acte avant que le gars ne se réveille avec le chiffre 616 gravé sur le dos. Pourquoi pas. Mais sacrifier trois quarts d'heure pour ça dans une saison déjà ultra compacte, c'est un contresens total. Quelques minutes bien troussées auraient amplement suffi. Pendant qu'on regarde ces deux-là enfiler des perles, le reste du casting poirote. J'aurais mille fois préféré qu'on creuse le lore des sorcières ou le plan de Constance plutôt que de stagner avec deux figures dont le destin m'indiffère encore royalement. Heureusement que Piggy Man déboule cinq minutes pour foutre son bordel et injecter un peu de malaise à l'ancienne. 

 

Insuffisant pour sauver le naufrage, mais c'est toujours ça de pris. Ben reste le gros point noir de la distribution. On sent qu'il doit servir de clef de voûte pour la suite, ses liens avec Mr. Nas et le démon du coin sont évidents. Pourtant, impossible d'accrocher. Joey Pollari débite des lignes de dialogue ultra fonctionnelles sans jamais réussir à faire exister son perso. Il subit l'action de bout en bout, pose deux questions bébêtes et attend que ça se passe. À côté du charisme de Lange ou des figures historiques de la série, le mec disparaît complètement du décor. L'épisode 6 redresse la barre en faisant ce que la série sait faire de mieux : le grand n'importe quoi théâtral.

 

James Patrick March revient aux affaires, flanqué de toute une clique de tueurs en série bien connus de la franchise. On retrouve ce ton poisseux et cynique qui faisait le sel d'Hotel. La scène entre le groupe et Jeffrey Dahmer est un modèle d'humour noir complètement absurde, surtout quand on sait le rôle qu'Evan Peters a joué ailleurs. Ce genre de métagame me fait marrer, je l'avoue. C'est là tout le paradoxe d'American Horror Story : la frontière est mince entre le génie grotesque et le grand n'importe quoi. Les sorcières reprennent de la place, la menace monte d'un cran, et March permet de raccrocher les wagons avec la saison 5. On sent que cette saison 13 veut être le grand rassemblement général.

 

Mais ils ne peuvent pas s'empêcher d'employer des gros gros sabots. La fin d'épisode où Cordelia se fait défoncer par March veut faire l'effet d'une bombe. Problème : on y croit zéro seconde. Depuis Apocalypse, la mort dans cette série a la valeur d'une quinte de toux. Tout le monde ressuscite, voyage dans le temps ou revient en fantôme cinq minutes plus tard. Le choc tombe un peu à plat, même si on reste curieux de voir la suite des événements. Mon regard sur cette saison 13 bouge un chouïa. C'est toujours le foutoir, pas mal de lignes narratives semblent tenues par de la ficelle, et beaucoup de visages connus ne sont là que pour faire coucou à la caméra.

 

Mais contrairement au lancement, on aperçoit enfin un cap. Constance tire les ficelles, Mr. Nas prend une vraie dimension, et la prophétie autour de Ben gagne en consistance. Il faut juste accepter de prendre son mal en patience et d'éponger des épisodes vains comme le cinquième. L'épisode 6 prouve que le jus n'est pas complètement tari quand la série embrasse son côté chaotique et irrévérencieux. On est loin de la maîtrise narrative des premières années : Murder House ou Asylum savaient nous attacher à leurs persos avant de balancer les effets de manche. Aujourd'hui, on regarde surtout pour voir comment les mecs vont réussir à retomber sur leurs pattes sans faire s'écrouler tout le château de cartes.

 

Note : 4.5/10. En bref, cette saison 13 continue de boiter, pénalisée par son rythme haché et des choix de casting douteux. Mais il y a enfin une étincelle. Jessica Lange fait le job avec une classe monumentale, et pour la première fois depuis le premier épisode, j'ai quand même un peu envie de savoir ce qui nous attend au bout du chemin. Reste à prier pour que les scénaristes aient une vraie carte en main et qu'ils ne soient pas juste en train de bluffer.

Disponible sur Disney+

 

Retour à l'accueil

Partager cet article

Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :
À propos
delromainzika

Retrouvez sur mon blog des critiques de cinéma et de séries télé du monde entier tous les jours
Voir le profil de delromainzika sur le portail Overblog

Commenter cet article