Critique Ciné : Love Language (2026, direct to SVOD)
Love Language // De Joey Power. Avec Chloë Grace Moretz, Manny Jacinto et Isabel May.
Avec Love Language, le réalisateur et scénariste Joey Power signe une comédie romantique qui se penche sur les ruptures et les secondes chances. Porté par Chloë Grace Moretz, le film coche toutes les cases du genre : une séparation douloureuse, une héroïne paumée, un amour de jeunesse qui ressurgit et une nouvelle rencontre prometteuse. Sur le papier, tout est réuni pour passer un bon moment. À l'écran, la sauce prend beaucoup moins bien. L'intrigue démarre avec Lou, une jeune femme qui encaisse très mal sa rupture récente au point de plomber l'enterrement de vie de jeune fille de sa meilleure amie, Tilda.
Après des fiançailles ratées, Lou découvre qu’elle a un talent pour écrire les vœux de mariage des autres. La nouvelle se répand dans le milieu des mariages de Chicago et les services de Lou sont très sollicités. Elle attire même un nouvel admirateur en la personne de Dash. Mais tout change lorsqu’on lui demande d’écrire les vœux d’Olivia, qui va épouser Warren, l’ancien amour de Lou à l’université.
Au mariage, elle fait la connaissance de Dash, un cousin de la mariée manifestement intéressé. Mais Lou, incapable de tourner la page, préfère garder ses distances. Un concours de circonstances va pourtant changer la donne. Après avoir rédigé les vœux de Tilda, elle se découvre un talent pour l'exercice et commence à recevoir des demandes d'autres futures mariées. Poussée par Dash, elle y voit une opportunité de relancer sa carrière et de reprendre sa vie en main. Les choses se compliquent quand une nouvelle cliente, Olivia, lui demande d'écrire ses vœux. Le hic ? Le futur mari n'est autre que Warren, un ancien crush de fac que Lou n'a jamais vraiment oublié.
Ce retour du passé vient chambouler son équilibre déjà fragile. Le gros point noir du film réside dans son personnage principal. Lou est censée être attachante, une femme cabossée qui cherche sa voie. En réalité, elle se révèle vite insupportable. Sa peine occulte tout le reste, elle rumine en boucle, analyse tout à travers le filtre de ses propres frustrations et exige que son entourage subisse ses sautes d'humeur. Certes, une rupture fait mal, mais le scénario échoue totalement à rendre cette souffrance touchante ou nuancée. Une héroïne de rom-com n'a pas besoin d'être parfaite, bien au contraire. Ses défauts doivent nourrir son parcours et la rendre humaine. Ici, Lou passe surtout son temps à se plaindre et à s'apitoyer sur son sort.
Difficile de s'investir dans son histoire d'amour quand on a juste envie de la secouer. Chloë Grace Moretz fait ce qu'elle peut, mais le manque cruel d'humour et de finesse dans les dialogues plombe sa prestation. Le décalage entre ses conseils en amour et sa propre vie chaotique aurait pu donner des étincelles, mais cette piste est à peine effleurée. Le triangle amoureux, qui constitue le cœur du récit, pèche par un manque flagrant d'émotion. Le retour de Warren réveille des regrets, mais sa situation de fiancé pose un vrai cas de conscience. Heureusement, Olivia tire son épingle du jeu et apporte un peu d'épaisseur au conflit, évitant d'être la simple rivale transparente.
En face, Dash aurait pu former une alternative solide, mais leur dynamique tombe à plat, faute d'une écriture capable de tisser une vraie complicité entre eux. Heureusement, le casting secondaire relève un peu le niveau. Anthony Ramos, Manny Jacinto et Isabel May s'en sortent très bien malgré des rôles trop étriqués. Billie Lourd et Lukas Gage complètent une distribution qui méritait clairement mieux. Sur la forme, le film enchaîne les figures imposées sans y insuffler de vraie personnalité. Les rebondissements sont courus d'avance et les dialogues sonnent souvent faux. Pourtant, l'idée de base de la rédactrice de vœux était une excellente trouvaille pour une comédie romantique.
Utiliser les mots des autres pour masquer sa propre incapacité à exprimer ses sentiments offrait un superbe terrain de jeu comique. Dommage que le scénario survole ce concept pour se perdre dans des drames intérieurs répétitifs. La fin du film redresse un peu la barre. La confrontation finale insuffle une énergie bienvenue et offre enfin une vraie résolution, sortant les personnages de leurs indécisions chroniques.
Note : 4/10. En bref, le film avait de bons arguments : une idée originale, des acteurs investis et un casting secondaire solide. Malheureusement, le traitement de l'héroïne plombe l'ensemble. Entre égocentrisme mal dosé et écriture trop convenue, le film oublie d'y mettre ce supplément d'âme indispensable pour faire vibrer le spectateur. Un divertissement dispensable qui séduira uniquement les fans inconditionnels du genre en mal de nouveauté.
Prochainement en France en SVOD
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