4 Septembre 2026
Bury the Devil // De Adam O'Brien. Avec Dawn Ford, Emmanuelle Lussier-Martinez et Bill Rowat.
Avec Bury the Devil, le réalisateur Adam O'Brien tente un coup assez net. L'idée consiste à vous enfermer dans une grande demeure isolée au côté d'une infirmière à domicile, parachutée sur un cas de possession qu'on suit quasiment en temps réel. Sur le papier, le dispositif a de quoi séduire tout amateur de frayeurs nocturnes. On retrouve les ingrédients classiques du genre avec ce huis clos étouffant, une vieille femme atteinte de démence, une présence démoniaque menaçante et une caméra embarquée qui refuse d'accorder le moindre répit aux personnages. Pourtant, le constat s'impose assez vite après le premier quart d'heure. L'exploit technique finit par prendre le dessus sur le film lui-même.
Une infirmière découvre que son dernier patient pourrait cacher de sombres secrets.
Bury the Devil ne manque pas totalement de bonnes intentions ni de visuels marquants, mais son écriture souffre d'un manque criant de rythme et d'un cap mal défini. Pour qui mange du cinéma de genre au petit-déjeuner, le résultat s'avère franchement difficile à défendre. L'intrigue s'attarde sur le parcours de Julia, une soignante en soins palliatifs venue au chevet d'Evelyn, une patiente âgée sombrant dans la démence. Au départ, le tableau semble médicalement logique. Les sautes d'humeur et les gestes étranges d'Evelyn s'expliquent sans peine par sa détérioration cognitive. Sauf que certains événements finissent par sortir du cadre de la science.
C'est sur ce flou constant que le métrage trouve sa plus belle intuition. La frontière devient poreuse entre la dégradation mentale due à la maladie et les prémices d'une véritable manifestation diabolique. Julia passe son temps à hésiter, tentant de garder son sang-froid de professionnelle face à ce qui ressemble de plus en plus à une attaque surnaturelle. Le cadre choisi avait tout pour amplifier cette sensation de malaise graduel. L'histoire prend place intégralement dans ce grand bâtiment coupé du monde, balayé par un orage d'une violence rare. Les éclairs découpent l'obscurité des pièces et redessinent l'architecture du lieu de manière inquiétante. Le travail sur le mixage sonore renforce cette claustrophobie ambiante.
Dommage que toute cette ambiance visuelle et auditive ne parvienne pas à maintenir la pression sur la durée. Ce qui saute aux yeux dans Bury the Devil, c'est avant tout son parti pris visuel. Adam O'Brien cherche à donner l'illusion d'un long plan unique, sans la moindre coupe apparente. La caméra colle aux basques de Julia à travers les couloirs et les chambres, sans jamais nous laisser reprendre notre souffle. Dans l'idée, le projet me plaisait bien. Appliquer la narration en temps réel à un film de possession permet en principe d'immerger le spectateur au plus près du danger. Sans montage pour sauter d'un endroit à un autre, chaque recoin sombre traversé devient une menace potentielle.
Le souci, c'est que ce choix de réalisation devient trop voyant et prend le pas sur la narration. À force de vouloir étirer sa prise de vue, la caméra erre avec les acteurs, s'attardant inutilement sur des détails sans importance juste pour combler le vide. On sent le remplissage pour meubler le temps réel. Certaines transitions censées cacher les racords se voient comme le nez au milieu du visage, et certains déplacements, notamment dans les escaliers, manquent cruellement de souplesse. Au lieu de trembler pour le sort des protagonistes, je me suis surpris à analyser la logistique du tournage et la position du caméraman. Là où le bas blesse le plus, c'est du côté du scénario.
Bury the Devil pose des graines prometteuses sur la table entre la démence d'Evelyn, la menace démoniaque, le passé mystérieux de la demeure et les traumatismes sous-jacents. Le problème, c'est que la majorité de ces éléments reste à l'état d'ébauche sans jamais trouver d'aboutissement satisfaisant. Le film meuble une grande partie de ses 85 minutes par des échanges verbaux répétitifs, des hésitations et des disputes secondaires qui repoussent sans cesse le moment où l'horreur doit enfin éclater. On nous annonce un danger imminent, on le suggère du bout des doigts, puis les personnages se remettent à palabrer. Un tel tempo aurait pu fonctionner dans une œuvre d'épouvante psychologique très atmosphérique.
Sauf qu'ici, cette stagnation casse net la montée en tension. Même si le format court évite le naufrage total, plusieurs séquences paraissent artificiellement étirées pour entrer dans le moule de la mise en scène. Du côté des comédiens, la prestation globale s'avère assez disparate. L'actrice dans le rôle de Julia fait ce qu'elle peut pour porter le long-métrage sur ses épaules. Comme la caméra ne la lâche pas d'une semelle, sa tâche relevait du parcours du combattant. On lui accorde d'ailleurs quelques répliques plus légères qui apportent un peu d'air frais au milieu d'une lourdeur parfois forcée. De son côté, le jeu autour du personnage d'Evelyn gagne en intérêt dès que le démon pointe le bout de son nez.
Les accès de démence possédée apportent enfin une vraie présence à l'écran, sortant le personnage de sa posture d'aînée sans défense. Ce qui coince vraiment, c'est le manque d'harmonie entre les comédiens. Certains acteurs jouent la carte du théâtre très appuyé tandis que d'autres tentent un registre beaucoup plus naturaliste. Ce grand écart constant m'a souvent sorti de l'expérience. On ne peut pas enlever à Bury the Devil quelques fulgurances visuelles bienvenues. L'introduction avec la bâtisse dévorée par les flammes fonctionne très bien et lance le film sur de bonnes bases. Côté effets spéciaux, le travail artisanal sur les scènes d'exorcisme fait son petit effet.
Une séquence gore centrée sur la gorge sort clairement du lot et rappelle que le réalisateur sait y faire quand il décide enfin d'appuyer sur le champignon. Malheureusement, ces accès de violence restent bien trop rares. La majorité des attaques décisives se déroulent hors champ, ce qui manque cruellement d'audace pour une proposition horrifique indépendante qui se voulait radicale. Le matériel est là, mais il est mal réparti le long du récit. Bury the Devil part d'un concept séduisant en opposant le diagnostic médical de la démence à l'éventualité d'une possession démoniaque. Son cadre d'isolement sous l'orage et son parti pris technique lui donnent une vraie signature visuelle sur le papier.
Seulement voilà, le résultat final manque cruellement d'efficacité. Je retiens surtout une grosse baisse de rythme et un sentiment de frustration face à des pistes scénaristiques abandonnées en cours de route. La technique du plan unique, amusante au départ, finit par devenir un piège qui alourdit chaque scène.
Note : 4/10. En bref, malgré l'implication des actrices et quelques visuels réussis, Bury the Devil reste une proposition mineure et assez vite oubliable. Les curieux du genre y trouveront peut-être un intérêt technique pour sa gestion de l'espace, mais le manque de choc et de tension risque de laisser la plupart des fans d'épouvante sur leur faim.
Sorti le 30 octobre 2026 directement en VOD - Sorti le 5 septembre 2026 en séance unique au Forum des Images (Paris 1er)
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