Dark Matter (Saison 2, épisodes 4 et 5) : entre perte de repères et seconde chance

Dark Matter (Saison 2, épisodes 4 et 5) : entre perte de repères et seconde chance

Avec ces deux nouveaux épisodes, Dark Matter prend un virage vraiment intéressant. On laisse un peu de côté la frénésie du multivers pour se poser. Jusqu'ici, Jason Dessen courait surtout après sa sécurité et un retour à la normale. La série Apple TV ralentit le rythme pour regarder ce qui se passe une fois le choc passé. Les personnages ne sont plus en mode survie. Ils doivent apprendre à faire avec les pièces cassées de leur vie. C'est une orientation qui me plaît beaucoup. Rien de pire qu'une série de science-fiction qui s'enferme dans des nœuds de cerveau purement théoriques. L’épisode 4 met à nu le couple Jason et Daniela, pendant que l’épisode 5 s'offre une parenthèse inattendue sur un autre Jason. 

 

Deux visions qui se complètent bien et qui rappellent que sous le décor du multivers, la série parle de choses concrètes : les choix qu'on regrette, le deuil et la façon dont on se relève. Sur le papier, la famille Dessen semble tirée d'affaire dans cette nouvelle réalité. En pratique, tout sonne faux. Ils habitent un endroit qui ressemble à chez eux, mais le danger rôde à chaque coin de rue. Le moindre croisement dans la rue peut ruiner leur couverture. Jason veut déménager et quitter Chicago. C'est logique sur le plan de la sécurité, mais cette décision arrive un peu après la bataille. Daniela et leur fils Charlie commençaient tout juste à retrouver un semblant d'ancrage. On sent un vrai décalage dans leur façon d'avancer. 

 

Jason cherche des réponses matérielles, Daniela essaie d'éviter la noyade émotionnelle, et Charlie aimerait juste vivre sa vie d'ado sans être hanté par le passé. La culpabilité de Daniela est sans doute l'élément le plus fort. Elle a tué une version de son mari pour sauver les siens. Même avec une bonne raison, ça ne s'efface pas comme ça. La série a la bonne idée de rappeler que ces doubles ne sont pas juste des cibles, mais de vrais êtres humains. Forcément, ça brise quelque chose dans le couple. Daniela aime son mari, mais elle ne sait plus du tout qui elle est. Du côté de Jason 2, le tableau se nuance aussi. On aurait pu le ranger facilement dans la case du méchant de service. En réalité, son histoire est plus triste que ça. 

 

En croisant une autre version de sa vie, il a pris en pleine face tout ce qu'il avait raté. Ça n'excuse en rien ses actes, mais on comprend mieux comment l'amertume a fini par tout dévorer chez lui. Amanda en paye les pots cassés, révélant la solitude d'un homme qui détruit tout sans savoir ce qu'il cherche vraiment. L'épisode 5 prend le contre-pied total du reste de la saison. On suit un Jason abandonné après les événements de la première saison. Sans famille, sans repères, il doit répondre à une question terrifiante : que reste-t-il de nous quand la vie dont on rêvait est définitivement hors d'atteinte ? Sa rencontre avec la mère d'un Jason mort plus jeune forme le cœur de l'épisode. Cette femme pense d'abord retrouver son fils, puis la relation s'affine. 

 

Elle comprend que cet homme n'est pas le sien, mais ils trouvent un soutien mutuel assez bouleversant. Le voyage entre les mondes ne ramène pas les morts, mais il permet parfois de recréer du lien là où on ne l'attendait plus. Ce Jason-là arrête de courir après la boîte. Il apprend à fabriquer des objets, se façonne un quotidien, rencontre des gens. La boîte représentait une porte de sortie permanente. En la mettant de côté, il commence enfin à vivre. L'interprétation de Joel Edgerton fait des merveilles ici. Il fait passer le temps et la reconstruction par des gestes simples, sans repasser par de longs discours. On voit les années filer, les habitudes s'installer. Sa reconstruction ne vient pas d'un grand miracle, mais d'une somme de petites décisions quotidiennes. 

 

Quand il croise à nouveau une version de Daniela, il fait le choix de ne pas replonger. Il n'oublie rien, mais il accepte d'aller de l'avant. Ces deux chapitres font du bien à la saison 2. L'un creuse les failles d'un couple à bout de souffle, l'autre propose une réflexion douce-amère sur la reconstruction personnelle. C'est d'ailleurs l'histoire de cet autre Jason qui me reste le plus en tête. Elle prouve que nos doubles ne sont pas condamnés à refaire indéfiniment les mêmes erreurs. Dark Matter réussit à équilibrer son côté science-fiction avec un vrai cœur émotionnel. 

 

On comprend que le multivers n'est pas là pour offrir des options à l'infini, mais pour nous confronter à ce qu'on devient quand on accepte enfin de lâcher prise. Et c'est sans doute là que la série devient la plus touchante : quand elle montre qu'il faut parfois laisser certaines portes fermées pour réussir à se reconstruire.

 

Note : 7/10. En bref, Dark Matter réussit à équilibrer son côté science-fiction avec un vrai cœur émotionnel. On comprend que le multivers n'est pas là pour offrir des options à l'infini, mais pour nous confronter à ce qu'on devient quand on accepte enfin de lâcher prise. 

Disponible sur Apple TV

 

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