17 Octobre 2026
Après un début de saison très centré sur les crises d'angoisse d'Alex face au temps qui passe, la comédie britannique signée Sharon Horgan passe la seconde. Ces épisodes 3 et 4 ouvrent enfin le champ aux personnages secondaires. Entre un voyage d'affaires à Francfort qui vire à la catastrophe, les galères de son fils Ruairi et un triangle amoureux ingérable, Alex se retrouve débordée. La série gagne clairement en profondeur, même si elle cherche encore un peu sa vitesse de croisière entre réparties cinglantes et vrais moments de drame.
Sur le papier, la foire du livre de Francfort devait être l'occasion idéale pour Alex d'étendre son réseau et de défendre son catalogue d'auteurs. Sauf que dans les faits, impossible de voyager tranquille. Faute de pouvoir laisser Ruairi seul à la maison, elle débarque sur place avec son fils sous le bras. Une situation qui résume parfaitement son quotidien : Alex passe son temps à éponger les fuites des autres, sans jamais réussir à poser ses propres limites. Évidemment, rien ne se passe comme prévu. Entre les éditeurs condescendants qui l'esquivent, un planning intenable et les gaffes de Ruairi, la mission pro prend des airs de course d'obstacles. Pour couronner le tout, le succès colossal de Goblin Seed vient lui râper la figure.
Ce roman fantasy, c'est elle qui l'avait refusé quelques mois plus tôt avant qu'il ne devienne un énorme phénomène de librairie. Autant dire que niveau timing pour prouver sa valeur à l'agence, on a connu mieux. C'est probablement ce portrait du milieu éditorial qui fonctionne le mieux ici. La série égratigne gentiment cet univers fermé, parfois un peu trop sûr de sa supériorité intellectuelle alors que le marché évolue à toute vitesse. Alex et son associée Sam en font les frais : avoir du métier ne garantit pas de sentir les coups venir. Leur incapacité à capter les attentes du grand public apporte un volet professionnel captivant. En parallèle, les dynamiques du duo évoluent. Sam prend de plus en plus de place au sommet de la boîte, pendant qu'Alex rumine sa frustration.
Elle a le sentiment de s'investir sans compter sans jamais récolter les lauriers. Derrière les vannes faciles et une vraie complicité, une forme de compétition toxique pointe le bout de son nez. Alex ne veut plus se contenter du rôle de bras droit exécutant, elle exige d'être traitée sur un pied d'égalité. L'escapade allemande permet surtout de faire la lumière sur le fameux départ précipité de Ruairi de la fac. Jusqu'ici, le gamin avait tout du stéréotype du jeune adulte capricieux et fuyant. En réalité, son comportement cachait un vrai traumatisme. Quand Alex finit par lui tirer les vers du nez, Ruairi déballe sa version de la fameuse nuit avec Bridget. Une soirée trop arrosée, des souvenirs flous et une relation intime mal gérée qui ont déboulé sur un engrenage incontrôlable.
Entre la rumeur qui a enflé sur le campus et le regard accusateur des autres, le jeune homme est ressorti complètement détruit de cette histoire. Cette séquence donne un sacré coup de fouet au personnage, jusqu'alors un peu fade. Ruairi n'est pas blanchi pour autant, mais ses réactions deviennent soudainement lisibles. Son agressivité permanente et son isolement traduisent simplement de la honte et une peur panique de l'avenir. La série aborde une thématique intéressante : la pression subie par les jeunes hommes d'aujourd'hui, paumés au milieu d'injonctions contradictoires sur la masculinité, le consentement et l'expression de leurs émotions.
Même si le propos manque parfois de finesse et sonne un peu trop démonstratif par moments, l'intention reste louable. Là où l'écriture touche juste, c'est dans le lien entre la mère et le fils. Alex veut jouer les boucliers, mais elle doit admettre qu'elle ne pourra pas panser toutes ses plaies. Le dialogue entre eux laisse apparaître une vraie mise à nu, d'un côté comme de l'autre. De retour en Angleterre, retour aux déboires sentimentaux. La romance naissante avec Patrick s'annonçait prometteuse, mais le soufflé retombe vite quand Alex découvre qu'elle n'est pas la seule sur le coup : un certain Cara gravite aussi dans le paysage. Au lieu de faire face ou de prendre de la hauteur, Alex s'enfonce.
Elle orchestre une fausse rencontre fortuite et enchaîne les répliques embarrassantes pour masquer son dépit. La scène est réussie parce qu'elle fait mal pour elle. Elle tente de sauver les apparences, mais sa jalousie crève l'écran. Sam essaie tant bien que mal de la faire redescendre sur terre en lui rappelant qu'elle ne peut pas faire tourner sa vie autour d'un homme qui ne s'engage pas. Mais Alex est en panique. L'angoisse de passer à côté de sa vie la pousse à brusquer les choses, au risque de s'accrocher à la mauvaise personne. C'est là qu'entre en scène Michael. L'homme parfait sur le papier : attentionné, posé et prêt à construire quelque chose de solide. Sauf qu'il n'y a aucun déclic physique.
Alex aime l'idée d'être rassurée, mais elle n'est tout simplement pas amoureuse. Elle essaie de brûler les étapes pour sauter directement à la case « couple rangé ». Mais Michael n'est pas dupe et refuse de jouer les roues de secours. Sa gentillesse a des limites, et il exige un minimum de réciprocité. Une bonne piqûre de rappel pour Alex, qui ne peut pas exiger de la tendresse tout en restant constamment sur la défensive dès que l'intimité devient réelle. C'est finalement ce volet qui s'avère le plus stimulant. Alex n'est pas seulement une victime du temps qui passe ou du cynisme des hommes : elle est souvent la principale artisane de ses propres échecs sentimentaux.
L'autre grande réussite de ce milieu de saison réside dans la dégradation des rapports entre Alex et Sam. Si leur boîte tourne grâce à des années d'amitié, les rancœurs accumulées finissent par faire surface. Alex réclame plus de considération, tandis que Sam estime que c'est elle qui porte la boîte à bout de bras. Cette rivalité apporte un vrai plus à l'intrigue. Comme elles se connaissent par cœur, leurs attaques font particulièrement mal. Elles savent exactement sur quel point sensible appuyer pour faire dérailler l'autre. Pour autant, leur lien ne rompt pas. L'attachement est toujours là, sous forme d'habitudes partagées et de fous rires improvisés, ce qui rend leurs engueulades particulièrement réalistes.
En signant ces épisodes 3 et 4, Youth sort enfin du piège du monologue sur la cinquantaine. Les galères de boulot, le malaise de Ruairi et les tensions amicales s'articulent pour former un tableau vivant. Alex reste une héroïne imparfaite et agaçante, mais ses réactions font sens dans un quotidien qui ne lui laisse aucun répit. Tout n'est pas encore parfait. Le rythme pêche parfois, certains arcs secondaires sont expédiés et quelques répliques sonnent encore un peu trop comme des leçons de morale. Mais l'évolution de Ruairi fait du bien et la guerre d'egos entre Alex et Sam promet de belles étincelles pour la suite.
La série montre en tout cas une chose : Alex ne règlera pas ses problèmes en surchargeant son agenda ou en cherchant à tout prix à séduire. Il va falloir apprendre à poser les armes, assumer ses choix et enfin laisser les autres grandir. C'est tout ce qu'on lui souhaite pour la seconde moitié de saison.
Note : 6/10. En bref, avec ces épisodes, Youth sort enfin du piège du monologue sur la cinquantaine. Alex reste une héroïne imparfaite et agaçante, mais ses réactions font sens dans un quotidien qui ne lui laisse aucun répit. Tout n'est pas encore parfait. Le rythme pêche parfois, certains arcs secondaires sont expédiés et quelques répliques sonnent encore un peu trop comme des leçons de morale.
Disponible sur HBO max
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