17 Octobre 2026
Après une première saison pleine de règlements de comptes mais un peu éparpillée, MobLand revient avec deux épisodes qui remettent directement Harry Da Souza dans le pétrin. La série de Ronan Bennett retrouve Tom Hardy dans la peau de ce nettoyeur repasseur de dégâts, toujours occupé à réparer les conneries d'une famille mafieuse incapable de rester tranquille deux heures de suite. Entre un Conrad totalement imprévisible, une Maeve plus manipulatrice que jamais et de nouvelles têtes prêtes à fondre sur le clan, ce début de saison 2 promet du sang et de la casse.
Le problème, c'est que la série garde aussi quelques mauvaises habitudes qui pourraient vite devenir lourdes. Dès la scène d'ouverture, Harry se retrouve exactement là où il refusait d'être à la fin de la saison 1. Son rôle reste le même : empêcher les Harrigan d'embraser toute la ville. Le souci, c'est que Conrad et Maeve ne retiennent jamais rien de leurs erreurs. Le couple enchaîne les choix débiles, convaincu que son nom suffit à tout effacer. Ça devient limite grotesque quand un simple rendez-vous avec des mafieux turcs autour d'une course de lévriers finit en carnage. Résultat, Harry doit encore ramasser les pots cassés alors que tout aurait pu être évité en réfléchissant deux minutes.
Ce début de saison résume parfaitement le charme et la limite de MobLand. Les personnages ont de la bouteille, ils connaissent le milieu, mais ils réagissent encore comme si un flingue et une menace allaient tout régler. Harry passe son temps à subir les décisions des autres. Tom Hardy fait du Tom Hardy, et ça marche toujours autant. Son jeu repose sur la retenue, les regards lourds et un humour grinçant qui détonne au milieu de la violence. Il n'a pas besoin de hurler pour imposer son autorité. On sent surtout un type épuisé, coincé dans un engrenage dont il connaît toutes les rouages mais dont il n'arrive pas à sortir.
La saison 1 montrait déjà les failles de Conrad Harrigan et son côté imprévisible. Ces nouveaux épisodes vont plus loin en révélant une fragilité bien plus flippante. Conrad garde son statut de patron, mais il perd clairement le fil. Même blessé après la fusillade, il reste persuadé qu'il contrôle tout. La scène de l'examen médical apporte une vraie bonne idée. On apprend que ses problèmes de santé touchent les zones de son cerveau liées au jugement et à la gestion des impulsions. Conrad n'est pas devenu amnésique, il a juste perdu son filtre et sa notion du danger. Ça relit complètement ses péages de plomb récents. Pierce Brosnan joue ça à merveille, entre charisme, déni et accès de rage. Il fait peine à voir tout en restant dangereux.
En face, Maeve continue de placer ses pions. Helen Mirren garde ce côté théâtral très particulier. Ses petites piques, ses sautes d'humeur et sa fausse naïveté donnent parfois un ton presque comique à la série. Mais ne vous y trompez pas : sous ses airs d'excentrique, elle voit très bien que son mari prend l'eau. Elle prépare déjà la suite, quitte à éliminer les éléments gênants comme Seraphina. Organiser des retrouvailles familiales tout en prévoyant d'empoisonner sa belle-fille, c'est du Maeve tout craché. Kat McAllister n'est plus juste une influenceuse de l'ombre. La saison 2 nous apprend qu'elle occupe désormais un poste diplomatique américain. Ce détail change tout.
Elle a maintenant du fric, du réseau et une immunité qui rend la riposte des Harrigan presque impossible. Janet McTeer joue le personnage avec une froideur glaciale. Elle ne cherche pas à faire de l'ombre à l'énergie explosive de Conrad. Kat préfère faire travailler les autres. Sa méthode ? Utiliser les querelles internes du clan pour les faire s'entretuer. La trahison de Gakbu, qui se rapproche de Kevin dans son dos, montre à quel point elle maîtrise son sujet. C'est plus clair, plus stratégique, et ça évite les guerres de gangs confuses qu'on se tapait en saison 1. L'arrivée de Frankie Cooper, joué par Johnny Flynn, fait du bien au récit. Jusqu'ici, Harry affrontait des mecs qui lui ressemblaient. Frankie, lui, n'a pas les mêmes codes.
Embauché par Colin Tattersall, c'est un exécutant froid qui n'a aucune loyauté envers qui que ce soit. Son duel à distance avec Harry risque d'être très intéressant. Toby Jones est de retour dans la peau de Tattersall, toujours aussi troublant. Il ne joue plus simplement les flics : il fait le pont entre le gouvernement et la pègre pour servir les intérêts de Kat. Sa façon d'analyser les faiblesses psychologiques de Harry montre qu'il a compris une chose : pour abattre le nettoyeur, il ne faut pas lui tirer dessus, il faut détruire ce qu'il essaie de protéger. C'est là que le bas blesse un peu. Le côté drame familial reste la partie la plus téléphonée de la série. Jan qui demande le divorce, on le voyait venir à des kilomètres.
Leur couple était déjà mort, et la voir vouloir tourner la page est logique. Le souci, c'est que ce motif du héros jamais présent et de l'épouse fatiguée est vu et revu dans le genre. La trajectoire de sa fille Gina est un peu plus intéressante. Elle s'éloigne de la vie tranquille que Harry voulait pour elle et s'associe à Eddie. Leurs petites affaires de racket sur des créateurs de contenu ont un côté absurde plutôt drôle. Voir des méthodes de voyous adaptées au monde des influenceurs donne un coup de jeune au scénario, même si c'est triste de voir la fille reproduire exactement les erreurs du père. Ces deux premiers épisodes redonnent une vraie trajectoire à MobLand. Les enjeux sont plus clairs et les scènes d'action font mouche.
La fusillade au cynodrome et la descente de Harry chez Gakbu prouvent que la série n'a pas perdu son efficacité. Il faut juste espérer que le scénario ne va pas s'éparpiller à nouveau. Entre le divorce de Harry, les crises de Gina, les complots de Maeve, l'état de santé de Conrad et l'arrivée de la diplomatie américaine, la table est très bien garnie. Il va falloir lier tout ça sans perdre le fil.
Note : 6/10. En bref, MobLand repart sur de très bonnes bases. Tom Hardy porte toujours la série sur ses épaules, magnifiquement épaulé par un duo Brosnan / Mirren en roue libre mais réjouissant. L'arrivée de nouveaux acteurs redistribue les cartes et donne enfin l'impression que la guerre monte d'un cran. Si la série réussit à canaliser toutes ses intrigues sans s'emmêler les pinceaux, cette saison 2 pourrait bien dépasser la première sur tous les tableaux.
Disponible sur Paramount+
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