Youth (Saison 1, épisodes 1 et 2) : une comédie sur la cinquantaine qui cherche encore son rythme

Youth (Saison 1, épisodes 1 et 2) : une comédie sur la cinquantaine qui cherche encore son rythme

Dans la catégorie des séries qui s'attaquent à la cinquantaine sans filtre, Youth pose ses valises avec une promesse forte. Sharon Horgan s'intéresse à ce moment charnière où les responsabilités se multiplient pendant que les heures filent à toute allure. Entre le corps qui envoie de nouveaux signaux, les enfants censés prendre leur envol et les envies persos mises de côté depuis trop longtemps, son personnage d'Alex cherche une façon de garder la tête hors de l'eau. Les deux premiers épisodes posent le cadre avec une héroïne imparfaite et drôle sans le vouloir. Cela dit, ses inquiétudes répétitives ne suffisent pas toujours à rendre son quotidien captivant de bout en bout.

 

Le parcours d’une divorcée de 50 ans en quête de sexe et d’amour, tiraillée entre ses désirs et ses responsabilités familiales, des parents malades à un fils qui peine à devenir adulte.

 

Alex travaille dans l'édition à Londres. Son quotidien tourne autour d'un boulot exigeant, de son fils Ruairi et de ses parents vieillissants qui demandent de plus en plus d'attention. Elle pensait enfin souffler avec le départ de son fils pour la fac, mais la réalité vient rapidement lui rappeler que la tranquillité attendra. Le premier épisode, intitulé Lockjaw, donne le ton avec une scène aussi absurde que révélatrice. En pleine réunion de boulot avec Damian Lewis, qui joue ici une version décalée de lui-même, Alex se retrouve physiquement incapable de desserrer la mâchoire. Le passage chez le médecin confirme un souci lié au stress et à l'âge, tout en mettant en lumière ses blocages sur sa vie intime.

 

Cette séquence résume bien ce que cherche à faire la série. Derrière le malaise et les répliques piquantes, on découvre une femme qui s'interroge franchement sur la suite. Alex n'a aucune envie de se ranger sagement. Elle veut continuer à séduire, aimer et sortir, sans devoir accepter l'idée que ses plus belles années sont derrière elle. J'aime beaucoup cette façon d'aborder les choses sans fard, sans transformer la cinquantaine en une phase de sagesse soudaine. Alex enchaîne les contradictions et réagit parfois de manière ridicule, mais ses doutes restent vrais. Le petit souci vient du fait que son obsession pour l'âge prend une place énorme dès le départ, ce qui rend certaines scènes un peu redondantes.

 

Ce démarrage montre aussi la galère d'Alex pour relancer sa vie amoureuse. Après plusieurs années de calme plat côté sexe, elle tente un rendez-vous qui tourne rapidement au moment de solitude. Derrière les blagues sur son âge, la scène montre surtout quelqu'un qui ne sait plus vraiment ce qu'il cherche. Les choses prennent une autre tournure quand Patrick, son ancien compagnon, réapparaît. Leur complicité saute aux yeux et tranche directement avec la lourdeur de son rencard précédent. Leurs échanges coulent naturellement, ils n'ont pas besoin de jouer un rôle et une vraie alchimie persiste entre eux. C'est probablement le point qui me plaît le plus dans ce début de saison. 

 

Alex ne cherche pas simplement à recaser quelqu'un dans son appartement pour combler le vide. Elle cherche à retrouver du désir et à vivre une histoire sans attendre un moment idéal qui n'arrivera jamais. Patrick apporte un vrai bol d'air frais, même si leur relation reste bancale. Alex analyse chaque détail à travers le filtre de ses propres doutes, alors que lui garde une approche beaucoup plus détendue. Ce décalage devrait créer des étincelles par la suite, si les scénaristes prennent le temps d'approfondir le sujet. Le départ de Ruairi devait donner de l'air à Alex. Manque de bol, le gamin revient squatter le foyer familial presque aussitôt, visiblement secoué par un pépin sur le campus.

 

Le deuxième épisode, Wagon Burner, commence à lever le voile sur l'affaire sans tout révéler. Des messages plutôt flous circulent sur lui à la fac, avec des histoires louches autour d'une étudiante nommée Bridget. Le problème, c'est que le fils reste complètement muet sur le sujet. Si cette intrigue apporte une touche un peu plus sombre au récit, elle peine encore à fonctionner pleinement parce que le personnage de Ruairi manque d'épaisseur. Son attitude gamine et son mutisme rendent ses échanges avec sa mère assez pénibles. De son côté, Alex n'arrange rien : elle se plaint de devoir tout gérer mais s'immisce dans la moindre de ses affaires pour lui éviter d'assumer ses choix.

 

Ce fonctionnement contradictoire génère quelques moments amusants, mais l'ensemble devient vite lassant. On aimerait comprendre rapidement ce qui s'est passé dans cette université au lieu d'assister à une énième dispute entre une mère débordée et un ado attardé. Le milieu professionnel apporte un contrepoids bienvenue. Alex gère une agence littéraire avec son associée Sam, mais leurs méthodes de travail commencent à dater sérieusement. L'arrivée de Liv, la fille de leur cliente Charlotte Arbor, vient secouer leurs habitudes. La jeune femme remet en cause le montant de leurs commissions et leur demande de prouver ce qu'elles apportent vraiment. Ce choc des générations fait mal, d'autant que l'agence semble complètement à la ramasse sur les nouveaux usages du secteur.

 

Le cas de Malcolm Hammond en est la preuve parfaite. Renvoyé par Alex un peu plus tôt, son bouquin devient un vrai phénomène sur les réseaux sociaux sans leur aide. Alex et Sam regardent le train passer sans comprendre comment fonctionne ce nouveau marché. Pour ne rien arranger, des tensions apparaissent entre les deux associées sur la stratégie à adopter. Alex doit donc se battre pour maintenir son agence à flot alors qu'elle essaie déjà de ne pas couler dans sa vie personnelle. En deux épisodes, la série installe des thématiques intéressantes sur le temps qui passe, la maternité et le besoin de se renouveler. Sharon Horgan insuffle à son personnage un cocktail d'orgueil, de fragilité et d'humour noir qui marche très bien quand elle se retrouve piégée par ses propres choix.

 

Le texte évite aussi l'écueil du simple récit romantique. Les soucis de boulot et la pression familiale apportent de la consistance au quotidien d'Alex, même si toutes les pistes ne se valent pas encore. L'équilibre général reste à trouver. Le fil rouge autour du fils manque d'accroche pour vraiment captiver, et les tirades d'Alex sur ses rides finissent par tourner en rond. En revanche, sa relation avec Patrick et la crise qui couve dans son agence ouvrent de vraies bonnes perspectives.

 

Note : 5.5/10. En bref, Youth propose une comédie mûre qui choisit le malaise plutôt que les grandes leçons morales. Le personnage principal a du potentiel, mais il va falloir lier ces différentes intrigues de façon plus fluide pour que cette histoire dépasse le simple constat des petits tracas du quotidien.

Disponible sur HBO max

 

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