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Critique Ciné : The Search, guerre académique

7 Décembre 2014 , Rédigé par delromainzika Publié dans #Critique Ciné

Critique Ciné : The Search, guerre académique

The Search // De Michel Hazanavicius. Avec Bérénice Bejo, Annette Bening et Maxim Emelianov.


Après le succès de The Artist, Michel Hazanavicius revient sur un sujet terrible : la seconde guerre de Tchétchénie en 1999. L’occasion pour lui ici est de réaliser une histoire aux quatre destins croisés que la guerre va faire se rencontrer. Les images sont souvent choquantes, touchantes et réalisent une sorte de devoir de mémoire plutôt intelligent. Mais le problème c’est que Michel Hazanavicius tombe légèrement dans le film académique ce qui ne laisse pas forcément beaucoup d’espace à l’inspiration. Contrairement à ses précédentes oeuvres qui étaient truffées de petites trouvailles et d’une énergie créative intéressante, The Search est probablement son film le plus académique et donc le moins original. Ce revirement de registre pour le réalisateur n’est pas forcément une mauvaise idée, notamment car son film est à certains moments à la hauteur de ses ambitions. Mais en voulant toujours démontrer tout ce qu’il fait, en appuyant un peu trop, le film ne parvient pas complètement à nous immerger dans cette guerre. On a ici un oeil un peu trop documentaire et pas suffisamment ancré dans l’histoire des personnages. On est donc moins proche d’eux.

Le film se passe pendant la seconde guerre de Tchétchénie, en 1999. Il raconte, à échelle humaine, quatre destins que la guerre va amener à se croiser. Après l’assassinat de ses parents dans son village, un petit garçon fuit, rejoignant le flot des réfugiés. Il rencontre Carole, chargée de mission pour l’Union Européenne. Avec elle, il va doucement revenir à la vie. Parallèlement, Raïssa, sa grande sœur, le recherche activement parmi des civils en exode. De son côté, Kolia, jeune Russe de 20 ans, est enrôlé dans l’armée. Il va petit à petit basculer dans le quotidien de la guerre.

Mais s’il y a des défauts, notamment l’académisme de The Search et le scénario qui évolue de façon très classique, il y a tout de même des séquences qui valent le coup d’oeil. Je pense par exemple à l’introduction du film, intégralement filmée avec une caméra VHS de l’époque ou encore l’utilisation intelligente de la relation entre Carole et Hadji, ce jeune garçon qu’elle va recueillir. C’est d’ailleurs ce qu’il y a de plus réussi et de plus touchant dans The Search. A chaque fois que les séquences sont un poil émotionnelles dans ce film, cela fonctionne et j’ai tout simplement été touché comme il se doit. Ensuite nous avons les images très documentaires de cette guerre qui viennent démontrer la barbarie de ce qui s’est réellement passé. Mais voilà, Michel Hazanavicius veut démontrer alors que moi j’aurais potentiellement apprécié que le film ne cherche pas à démontrer mais à montrer quelque chose. Du coup, on sent que le problème vient du dosage que le réalisateur ne maîtrise pas complètement. L’un des vrais atouts de The Search c’est Bérénice Béjo, sensationnelle du début à la fin. Sa prestation me rappelle énormément ce qu’elle a pu faire dans Le Passé (de Asghar Farhadi, avec Tahar Rahim).

Je reconnais tout de même que Michel Hazanavicius a pris un risque en allant dans le registre du mélodrame après s’être illustré dans celui de la comédie. Ce n’est donc pas le choix de la facilité qui aurait probablement voulu qu’il continue dans ce registre là histoire de capitaliser à nouveau sur ses succès. Mais non, les lourdeurs du film ne gomment pas forcément l’audace qu’il y a derrière de nous proposer un film sur une guerre si récente et surtout presque oubliée par l’Histoire. The Search est donc un film qui a son intérêt, qui n’est pas raté mais qui aurait pu être bien mieux. Car si je ne me suis pas ennuyé, qu’il m’a appris le contexte de la guerre de l’époque, il ne faut pas grand chose d’autre car ce qu’il y a de plus important dans ce film, dans sa façon de traiter le contexte, du côté russe bien entendu, c’est ce soldat et la façon dont il va devenir complètement cinglé à cause du conditionnement que son propre pays et sa propre armée lui a fait subir. Pourquoi ? Car la Russie avait simplement besoin d’hommes pour aller au combat et que pour les rendre apte, il fallait les briser et les humilier pour leur donner la force de prouver qu’ils ne sont pas ce qu’on leur prête comme surnoms.

Note : 6/10. En bref, académique mais pas dénué d’intérêt.

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