31 Août 2025
Red Sonja // De M.J. Bassett. Avec Matilda Lutz, Martyn Ford et Robert Sheehan.
Découvrir un film sans connaître son histoire ou son héritage peut parfois être un avantage. Pas d’attentes démesurées, pas de comparaison avec d’éventuelles versions passées, seulement la curiosité de voir une aventure nouvelle. C’est dans cet état d’esprit que j’ai abordé Red Sonja (2025), mis en scène par M. J. Bassett, réalisatrice habituée aux univers sombres (Solomon Kane, Silent Hill: Revelation 3D). Tout semblait réuni pour plonger dans un récit d’heroic fantasy riche en batailles et en personnages marquants. Pourtant, ce qui s’annonçait comme une fresque épique se révèle vite limité, maladroit et bien loin de captiver.
Les aventures de la guerrière sexy Red Sonja.
Le rôle-titre revient à Matilda Lutz. L’actrice se donne à fond et porte le film sur ses épaules, mais son personnage reste fade. Sonja est censée être une guerrière redoutable, mais l’écran ne renvoie qu’une héroïne déterminée sans véritable éclat. Lutz dégage un certain sérieux et une énergie physique crédible, mais rien qui suffise à rendre son incarnation mémorable. Paradoxalement, ce sont les seconds rôles qui tirent davantage leur épingle du jeu. Wallis Day, qui incarne Annistja, une combattante imprévisible et troublée, insuffle une intensité qui manque à l’héroïne principale. Danica Davis, bien que cantonnée à une apparition brève, parvient à marquer par sa présence.
Robert Sheehan, en méchant principal, cabotine juste ce qu’il faut pour amuser, même si son personnage reste caricatural et jamais vraiment menaçant. Le problème, c’est que ces interprétations ne sont jamais soutenues par l’écriture. Les personnages existent sans véritable profondeur. Chacun reste enfermé dans un archétype : le vilain démesuré, l’alliée instable, la guerrière taciturne. Dès les premières scènes, le manque de moyens saute aux yeux. Les décors paraissent fragiles, les costumes manquent de cohérence et donnent l’impression d’avoir été empruntés à une convention cosplay, la lumière reste terne, et la mise en scène peine à masquer la pauvreté visuelle.
Ce défaut pourrait être compensé par de l’inventivité, mais ce n’est jamais le cas. La réalisation se contente d’aligner des plans fonctionnels, sans ampleur ni souffle. La musique, censée donner une dimension épique, se contente d’accompagner mollement, sans jamais élever les scènes. Les scènes d’action, pourtant au cœur du récit, souffrent du même problème. Les combats sont coupés en une multitude de plans hachés, comme pour dissimuler la faiblesse des chorégraphies. Résultat : impossible de ressentir le moindre danger ou la moindre intensité. Ce qui devrait être un atout se transforme en source de frustration.
L’histoire se déploie sans imagination. La trame repose sur des bases très classiques : une quête de vengeance, un parcours initiatique, un affrontement final. Rien de surprenant, et surtout rien qui permette de s’attacher aux personnages. Quelques répliques plus vives surgissent parfois au détour d’un dialogue, offrant un soupçon d’humour bienvenu, mais elles semblent isolées, presque accidentelles. La majorité du temps, les échanges se perdent dans un ton pseudo-médiéval forcé, qui accentue la lourdeur du récit. Il existe bien un rebondissement intéressant au milieu du film, mais il reste isolé et n’apporte pas de véritable souffle à l’ensemble.
Le reste déroule une succession de clichés vus mille fois, sans jamais chercher à en renouveler la forme. Plus que la pauvreté visuelle, c’est l’incapacité du film à choisir une direction claire qui le plombe. Parfois, l’ambition semble être celle d’une œuvre sombre et sérieuse, mais elle est contredite par des touches d’humour déplacées. À d’autres moments, la légèreté prend le dessus, mais elle est immédiatement contredite par une mise en scène qui se veut grave et solennelle. Ce manque de cohérence donne une impression de flottement constant. Le spectateur ne sait jamais s’il doit prendre l’histoire au sérieux ou la regarder comme un divertissement léger. Cette indécision finit par créer de la distance et empêche toute immersion.
Malgré tout, il serait injuste de dire que tout est à jeter. Matilda Lutz, même limitée par son rôle, garde une présence convaincante. Wallis Day offre une intensité bienvenue et Robert Sheehan amuse par son excès. Quelques scènes isolées parviennent à accrocher l’attention, notamment grâce à une alchimie imprévue entre certains personnages. Visuellement, un effort est fait pour conserver une certaine identité à l’héroïne, avec sa chevelure rouge et son armure caractéristique, adaptée de manière plus moderne et crédible. Quelques passages donnent aussi le sentiment que le film aurait pu offrir une expérience plus immersive si l’ensemble avait été traité avec plus de rigueur.
Regarder Red Sonja procure une étrange sensation. Par moments, l’univers semble pouvoir fonctionner, avec ses guerres, ses trahisons et son atmosphère de fantasy brute. Mais l’illusion retombe aussitôt, faute de vision d’ensemble. Ce qui aurait pu être un divertissement assumé se transforme en une succession de maladresses. Le film n’est pas désastreux au point de faire rire malgré lui, mais il n’est pas non plus assez solide pour captiver. Il reste coincé dans un entre-deux où tout paraît trop sage, trop limité, trop hésitant. Sans connaître les origines du personnage ni son histoire passée, Red Sonja apparaissait comme une promesse de découverte.
Malheureusement, la déception prend rapidement le dessus. Le film échoue à convaincre, aussi bien dans son récit que dans sa mise en scène. Matilda Lutz fait ce qu’elle peut, Wallis Day et Robert Sheehan apportent un peu d’énergie, mais cela ne compense ni la pauvreté des décors, ni la faiblesse des combats, ni la banalité du scénario. Ce qui devait être une fresque d’heroic fantasy devient une aventure terne et oubliable.
Note : 3/10. En bref, à défaut d’être épique, Red Sonja se résume à un essai manqué sans le sou. Une expérience frustrante qui laisse surtout une impression d’inachevé.
Prochainement en France en SVOD
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