Critique Ciné : Speed Demon (2026, direct to SVOD)

Critique Ciné : Speed Demon (2026, direct to SVOD)

Speed Demon // De Jon Keeyes. Avec Katie Cassidy, William H. Macy et John Patrick Jordan.

 

Quand on lit le pitch de Speed Demon, on se dit qu'on va passer un moment mémorable. Pensez donc : une bonne sœur en pleine crise existentielle, un prêtre exorciste chevronné et un démon particulièrement vicieux qui décide de squatter le corps d'un passager dans un train à grande vitesse reliant Montréal à New York. Sur le papier, c'est le combo parfait pour une série B bien réjouissante, un mix improbable entre horreur pure, thriller claustrophobe et possession démoniaque. Le genre de film qu'on regarde avec un grand bol de pop-corn et un second degré bien aiguisé. 

 

À bord d'un train à grande vitesse, une religieuse qui a perdu la foi doit exécuter son premier exorcisme sur un passager possédé qui veut absolument faire s'écraser le train en fuite.

 

Malheureusement, le réalisateur Jon Keeyes réussit le tour de force de transformer cette idée ultra fun en un long-métrage désespérément plat, mou et ennuyeux. L'arnaque commence dès le titre. Speed Demon nous promet une course contre la montre haletante, de la tension à couper le souffle et un rythme effréné. La réalité est beaucoup plus cruelle. Rarement un voyage ferroviaire n'aura semblé aussi interminable et soporifique. Au lieu de nous offrir un huis clos oppressant, le film s'enlise dès les premières minutes dans une lenteur inexplicable. On attend que la machine s'emballe, que l'angoisse monte, mais rien ne vient. Le train avance, certes, mais l'intrigue reste totalement à quai.

 

Le principal coupable de ce naufrage, c'est un scénario qui tourne en rond et s'avère incapable de développer la moindre idée intéressante. Les personnages ne sont pas de simples archétypes, ce sont des coquilles vides. On nous balance une galerie de passagers dont on se contrefiche royalement : le businessman arrogant qu'on a envie de baffer, le petit couple en crise qui pleurniche, et même une gamine qui semble être là uniquement pour expliquer aux spectateurs ce qu'ils sont en train de voir à l'écran, au cas où la subtilité du script nous aurait échappé. Rien ne tient la route, et encore moins les rails. Même le personnage principal, Sister Lu, interprétée par Katie Cassidy, est un immense gâchis. 

 

On nous la présente comme une religieuse rebelle, torturée par un passé lourd, des addictions et des doutes profonds sur sa foi. Il y avait là une matière formidable pour construire une héroïne complexe et badass. Au lieu de ça, le film effleure à peine ces sujets. La culpabilité, la place des femmes dans l'Église, la crise spirituelle... Tout cela est jeté en pâture dans des dialogues d'une lourdeur incroyable, sans jamais être traité sérieusement. Katie Cassidy fait ce qu'elle peut, elle fronce les sourcils, elle prend des airs sombres, elle crie un peu, mais face à des répliques aussi mal écrites, le combat est perdu d'avance. À ses côtés, on retrouve le pauvre William H. Macy dans le rôle du père Novak. 

 

On se demande encore ce que cet excellent acteur est venu faire dans cette galère, si ce n'est pour payer ses impôts ou s'offrir des vacances à Montréal. Sa présence apporte un semblant de dignité au film, mais son personnage est tellement sous-exploité qu'il donne l'impression d'être un figurant de luxe venu cachetonner. Dès qu'il ouvre la bouche, on ressent toute la détresse d'un homme qui réalise trop tard qu'il a signé pour un projet catastrophique. Côté frissons, le bilan est encore plus dramatique. Pour un film d'horreur centré sur Asmodeus, un démon supposé terrifiant et destructeur, Speed Demon ne fait jamais peur. Les scènes de possession s'enchaînent sans aucune inventivité ni tension dramatique. 

 

Le démon passe son temps à faire de la figuration ou à hurler dans des wagons désespérément vides. Alors oui, les amateurs d'effets visuels sauveront peut-être une scène un peu graphique où des lucioles s'échappent d'un corps, ou deux ou trois maquillages corrects. Mais ces maigres éclairs de génie ne suffisent pas à sauver quatre-vingt-dix minutes de vide intersidéral. L'horreur reste d'une sagesse décourageante, le gore est aux abonnés absents et on ne sursaute pas une seule fois. Le plus impardonnable reste sans doute la gestion de l'espace. Un train lancé à toute allure est un décor en or pour un thriller. 

 

Cela devrait générer de la claustrophobie, de la promiscuité, une sensation de vitesse et un danger permanent. Ici, c'est tout l'inverse. Les wagons ont l'air aussi grands que des halls de gare, les personnages passent leur temps à faire des allers-retours répétitifs et fatigants d'une voiture à l'autre sans qu'on comprenne jamais la logique du déplacement. À aucun moment on ne ressent la vitesse ou le mouvement. On voit clairement que le film a été tourné dans des studios low-cost avec des fonds verts mal incrustés. L'ambiance visuelle, monochrome et désaturée, oscille entre le gris déprime et le marron fadasse, ce qui achève de rendre le spectacle visuellement pénible.

 

En fin de compte, Speed Demon est une immense occasion manquée. Ce qui aurait dû être un divertissement de série B totalement assumé, fun, gore et irrévérencieux devient un drame psychologique raté et un film d'exorcisme bas de gamme. Jon Keeyes refuse de choisir sa direction et livre une œuvre sans âme, sans énergie et sans intérêt. Si vous aimez le cinéma de genre qui déménage, fuyez ce train fantôme qui ne mène nulle part et laissez-le passer sans regrets.

 

Note : 0/10. En bref, une purge rythmée comme une panne de signalisation sur une ligne de banlieue un lundi matin. Speed Demon rate tout ce qu'il entreprend : pas de frousse, pas de fun, juste un ennui profond enveloppé dans des effets spéciaux d'un autre âge. Gardez votre argent et votre temps, ce voyage ne vaut absolument pas le détour.

Prochainement en France en SVOD

 

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