18 Août 2026
Feed // De Marco van Belle. Avec Grace Collender, Clinton Liberty et Flynn Gray.
Rien que sur le papier, le pitch de Feed donnait une petite lueur d’espoir. Prenez une légende irlandaise oubliée, la Dearg Due, jetez-la au milieu d’un groupe d’influenceurs idiots coincés dans une baraque paumée, et secouez le tout. L’idée d'opposer des vampires multicentenaires à des parasites obsédés par leurs statistiques TikTok avait un vrai potentiel cathartique. On pouvait espérer une satire piquante ou au moins un bon massacre sanglant. Au final, le réalisateur Marco van Belle signe surtout une purge molle qui réussit l'exploit d'être à la fois prévisible et terriblement ennuyeuse. Pourtant, le point de départ avait du bon.
Cinq influenceurs des réseaux sociaux passent un week-end dans une maison en forêt mais se réveillent par inadvertance et affrontent le premier vampire du monde.
Le cinéma d’horreur boucle en permanence sur les mêmes figures usées jusqu’à la corde, alors piocher dans le folklore local pour exhumer la Dearg Due relevait presque du génie. On nous vend une créature pas si classique que ça : au-delà de la boisson rouge vif, elle joue avec les nerfs, instille de la paranoia et transforme les traumatismes de ses victimes en cauchemars éveillés. Bref, il y avait matière à faire bosser le cerveau du spectateur au lieu de juste faire gicler du faux sang. Sauf que le film s'empresse de balancer toutes ses bonnes idées par la fenêtre dès le deuxième acte. On assiste à une évasion de tombeau tout à fait fortuite (parce qu’évidemment, il faut qu’une gamine se blesse exactement sur la sépulture) pour ensuite sombrer instantanément dans la routine.
La mythologie fascinante de la bête passe au second plan. On nous offre quelques pauvres scènes d'hallucinations sans grande conviction, puis l'histoire se met gentiment en mode automatique. Côté personnages, le niveau vole au-dessus des pâquerettes. On suit donc une bande d'énergumènes imbus de leur personne qui emmènent leur copine Orla en retraite à la campagne. La pauvre Orla traîne un deuil familial bien lourd, et ses amis, dans leur immense bonté, se disent qu’un week-end au vert est la solution parfaite pour relancer leur propre audience. La satire de la génération réseaux sociaux aurait pu être jouissive si elle n'était pas écrite avec de gros gros sabots.
Le film enfonce des portes ouvertes pendant une heure et demie : oui, les mecs obsédés par leur nombre d'abonnés sont creux, superficiels et insupportables. On repassera pour la subtilité. Le pire, c’est que le film essaie parfois d’être sérieux en traitant du deuil d’Orla, mais comme le personnage a la profondeur d’une flaque d'eau en été, ses crises d'angoisse laissent totalement marbre. L'actrice fait ce qu'elle peut pour sauver les meubles, tout comme sa camarade qui joue la copine insupportable avec une énergie presque salvatrice, mais face à un script aussi pauvre, même les meilleurs comédiens baissent les bras. Visuellement, on repérera deux ou trois plans pas trop mignons sur la campagne irlandaise et quelques mouvements de la créature qui font illusion durant dix secondes.
Mais la réalisation s'effondre très vite sous le poids des clichés du genre. On a droit au grand combo du film de sous-bois : le réseau téléphonique qui disparaît mystérieusement, les abrutis qui décident de se séparer pour mieux se faire cueillir, la fouille de la cave sombre à la lampe de poche et les séances de course-poursuite molles. C’est la fameuse scène où la victime sprinte comme si sa vie en dépendait alors que le monstre avance à deux kilomètres heure en marchant tranquillement, mais réussit quand même à se téléporter devant elle. C'est du vu, du revu, et c'est surtout exécuté sans la moindre tension. Même les amateurs de viande hachée resteront sur leur faim : le gore est tiède, distillé avec une timidité exaspérante.
A la fin du film, la frustration prend le dessus. Tout dans ce projet crie le rendez-vous manqué. La créature méritait un vrai film fantastique centré sur ses pouvoirs psychologiques. Le propos sur l'addiction aux écrans aurait pu devenir un vrai moteur scénaristique au lieu d'être un simple prétexte pour caser des dialogues débiles. Le lien entre la douleur du deuil et l'emprise du monstre ouvrait une porte vers l'horreur psychologique, mais l'équipe a préféré la refermer aussitôt pour enchaîner les jumpscares ratés dans le noir.
Si vous cherchez désespérément une petite production irlandaise à vous mettre sous la dent par un dimanche soir d'ennui profond, la présence de la Dearg Due vous arrachera peut-être un petit intérêt poli. Pour tous les autres, vous pouvez passer votre chemin sans le moindre regret. Il existe des dizaines de huit-clos horrifiques bien plus incisifs et mieux construits à se mettre sous la dent.
Note : 3/10. En bref, on ne peut même pas dire que Feed soit un désastre absolu, ce qui est presque pire. C'est juste un produit parfaitement banal, tiède, lissé, qui s'oublie dans la minute où le générique de fin commence à défiler.
Prochainement en France en SVOD
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