Critique Ciné : Nightborn (2026)

Critique Ciné : Nightborn (2026)

Nightborn // De Hanna Bergholm. Avec Seidi Haarla, Rupert Grint et Pamela Tola.

 

Certains films de genre captivent instantanément par leur simple décor. Nightborn s'inscrit exactement dans cette lignée. Le pitch a de quoi donner envie : une bâtisse isolée dans les bois, un jeune couple confronté à la venue d'un nouveau-né et cette impression constante que l'environnement s'envenime. Hanna Bergholm, qui avait marqué les esprits avec Egō, tente ici d'entremêler plusieurs influences fantastiques. Elle peine malheureusement à leur insuffler une identité singulière. Le résultat offre de beaux éclairs visuels, notamment grâce à la prestation habitée de Seidi Haarla, mais l'intrigue se révèle trop convenue. 

 

Rêvant de construire une vie de famille paisible, Saga et son mari Jon s’installent dans la maison où elle a passé une grande partie de son enfance, au cœur de la forêt finlandaise. Mais dès la naissance de leur enfant, et malgré un entourage qui se veut rassurant, Saga perçoit chez son bébé quelque chose d’inexplicable et d’inquiétant…

 

Surtout, le film semble freiner des quatre fers dès qu'il s'agit de plonger franchement dans l'épouvante. Saga et Jon emménagent dans la demeure d'enfance de la jeune femme, noyée au milieu des arbres finlandais. La bâtisse n'a rien d'un havre rassurant. L'éloignement de tout, la végétation étouffante et le poids d'un passé familial opaque installent une tension constante. C'est dans cette atmosphère lourde qu'intervient la naissance de leur premier enfant. Très vite, Saga perçoit des manifestations étranges. Ce qu'elle traverse dépasse largement l'épuisement classique ou le baby blues. Le nourrisson affiche des réactions singulières, la forêt paraît s'animer autour de la propriété et les murs protecteurs du foyer deviennent oppressants.

 

Toute cette première étape fonctionne plutôt bien. La caméra tire un excellent parti du cadre naturel. Les ombres, le vent dans les branchages et le sentiment de claustrophobie contribuent à faire de la nature un protagoniste à part entière. La photographie sombre accentue cette lourdeur permanente. Quelques séquences s'aventurent du côté de la body horror, suggérant une symbiose dérangeante entre le corps humain et le végétal. Le projet dépasse la simple histoire de bébé possédée ou de lieu hanté. Il tente de creuser la complexité du lien maternel et le basculement psychologique qu'il peut provoquer. 

 

Saga s'enfonce dans une forme de solitude face à ce qu'elle vit. Ses inquiétudes se heurtent à la nonchalance de son entourage, tandis que son compagnon sous-estime constamment le danger. C'est sans doute le versant le plus réussi du récit. La maternité y apparaît sous un jour viscéral, presque organique et sauvage. Le lien entre l'anatomie, l'enfantement et les éléments naturels donne lieu à des images très fortes. Dommage que le scénario laisse plusieurs de ses pistes en friche. De nombreux éléments restent à l'état d'ébauches. Les secrets entourant la famille de Saga, pourtant prometteurs, sont balayés en cours de route. 

 

La narration introduit des enjeux captivants pour les abandonner brutalement au détour d'une scène, ce qui crée une vraie sensation de manque. La réussite visuelle du long-métrage doit beaucoup à Seidi Haarla. L'actrice traduit avec finesse la perte de repères, la fatigue physique et la terreur grandissante de son personnage. Elle évite l'écueil de la surenchère hystérique. Son évolution vers quelque chose de plus instinctif apporte une vraie densité dramatique. En face, Rupert Grint hérite d'une partition plus ingrate. Le rôle de Jon manque singulièrement de cohérence. Ses réactions à ce qui se déroule sous ses yeux semblent totalement en décalage avec la réalité de la situation. Le scénario le contraint à fermer les yeux sur des événements évidents pour maintenir le suspense. 

 

Ce manque d'implication narrative finit par créer de la frustration chez le spectateur. Accepter la naïveté des protagonistes fait partie des codes du genre, encore faut-il que leurs choix découlent d'une logique compréhensible. L'élément perturbateur reste ce fameux nourrisson autour duquel gravite l'angoisse. Là encore, le potentiel n'est qu'à moitié exploité. On saluera le parti pris des effets animatroniques et des prothèses physiques, bien plus immersifs que le tout-numérique. Cependant, la mise en scène garde constamment la création dans l'obscurité, ce qui amoindrit l'impact visuel des révélations. Les séquences où le corps du bébé semble fusionner avec la végétation fonctionnent pourtant très bien. 

 

Une dimension quasi animale s'en dégage, attirant peu à peu la mère vers cet état sauvage. Ce face-à-face entre monde sauvage et civilisation moderne aurait gagné à constituer la colonne vertébrale du projet, au lieu d'être simplement effleuré. Nightborn souffre d'un manque d'originalité dans sa structure. Les ficelles du folk horror sont très visibles : demeure reculée, folklore nordique, secrets d'enfance, fissure au sein du couple et présence malveillante. Utiliser ces figures imposées n'a rien de répréhensible en soi, mais l'enchaînement manque ici de nervosité et de surprises. La gestion du rythme pose aussi problème. Malgré un format plutôt resserré, le récit donne parfois l'impression de piétiner. 

 

Plusieurs séquences étirent l'attente sans véritablement nourrir la tension dramatique. S'il réserve deux ou trois véritables scènes d'effroi efficaces, le film semble préférer la contemplation stylisée au pur frisson. Toutes ces faiblesses créent un sentiment de rendez-vous manqué. Le paysage finlandais, l'imagerie mythologique et le traitement brut de l'accouchement proposaient un terrain de jeu captivant. La réalisation offre des fulgurances graphiques et l'engagement de Seidi Haarla force le respect. Malheureusement, la retenue du scénario empêche le film de passer un cap. Nightborn choisit la prudence là où il aurait fallu assumer une vraie radicalité. 

 

À force de privilégier la suggestion sans jamais trancher ses mystères, le récit perd en efficacité et en intensité. Nightborn avait de solides atouts pour marquer le cinéma de genre fantastique actuel. Son ancrage nordique, son ambiance lourde et sa vision troublante de la parentalité laissaient espérer une proposition marquante. Le résultat manque de poigne. L'horreur reste en surface, la créature manque de temps d'écran et la narration s'égare dans des détours dispensables. 

 

Note : 4.5/10. En bref, s’il reste le plaisir d'une esthétique soignée et d'une actrice principale remarquable, Nightborn s'apparente finalement à un coup d'essai prometteur mais trop timide pour pleinement convaincre.

Sorti le 22 juillet 2026 au cinéma

 

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